Cameroun – Yaoundé : Capitale nationale ou capitale tribale ?

Yaoundé, capitale nationale ou capitale tribale ?
Yaoundé, capitale nationale ou capitale tribale ?

Poème patriotique en réponse aux divers

Mémorandums du Mfoundi et à la mémoire des morts sur nos routes et sur nos chemins de fer

Yaoundé, que fais-tu des milliards que tu puises des puits de pétrole de Limbé ?

As-tu laissé à Limbé des routes, des bâtiments et des institutions modernes ?

Que fais-tu de l’or vert tropical que tu tranches dans la forêt de Mbalmayo ?

Qu’as-tu fait de Mbalmayo, d’Akono, de Ngomezap et d’Akonolinga ? Rien.

Que fais-tu de ce trop d’impôt des commerçants de Bafoussam et de Garoua ?

Regarde Bafoussam et Garoua aujourd’hui, et fait ton mea culpa.

Et pourtant, on annonce le budget de la SNH, notre caisse des dépôts pétroliers

Frauduleusement déficitaire : Un cas unique de vol dans le monde.

Que fais-tu, Yaoundé, des milliards, que tu détournes des fonds publics ?

Des millions de billets de banque que tes mange-mille, policiers et gendarmes,

Volent aux transporteurs pour nourrir ta hiérarchie administrative ?

Des multiples billets de dix mille, que tes universitaires arrachent aux étudiants

Pour leur fabriquer de simples relevés de notes ?

Et pourtant, le simple fax et le téléphone,

Manquent dans tous les bureaux administratifs de tes universités.

Ne parlons pas de l’absence de l’Internet, et de l’archaïsme de ta poste,

Que tu considères naïvement comme une fatalité.

Est-ce parce que tu es Bantou ?

Non, le Bantou, le vrai, est un homme d’honneur, comme Martin Paul Samba.

Le Bantou, le vrai, est un anti-tribaliste, comme Mongo Beti.

Le Bantou, le vrai, est un Patriote, comme Ossendé Afana.

Le Bantou, le vrai, ne corrompt pas et ne se laisse pas corrompre.

Tu as donc tout simplement retourné ta veste,

Pour danser la danse du ventre et du bas-ventre.

Et tes malheurs sont devenus les malheurs de toute une nation

Ta haine celle de tout un peuple.

En trente-quatre années du Renouveau, tu as semé la désolation,

Occasionné la fuite de tous tes cerveaux.

À cause de toi, le Cameroun n’est pas seulement tombé par terre,

Il est entré sous terre.

Sais-tu, Yaoundé, qu’ailleurs, hors du Cameroun,

Même les écoles primaires ont l’Internet et le téléphone

Dans chacune de leurs classes ?

Sais-tu, Yaoundé, qu’ailleurs, hors du Cameroun,

Les services rendus dans l’administration publique

Ne suivent pas la logique de la corruption et de l’arnaque ?

Sais-tu qu’ailleurs, la brutalité policière relève du temps de la barbarie ?

Sais-tu, Yaoundé, qu’ailleurs, hors du Cameroun,

Vivre dans la boue, la poussière, les cases et les taudis

Relève d’une mentalité de sauvage ?

Qu’ailleurs, Boire de l’eau des rivières et des puits, vivre sans électricité

Relève du temps des primates ?

Non ! non ! non ! Ne cite plus jamais la Corée du Sud dans tes discours creux.

Partie du même pied en 1960, elle est, en 2016, à des années-lumière de toi.

L’exemple de ce petit pays d’Asie est devenu une honte nationale,

Car de l’électronique LG et Samsung aux marques de voiture Kia et Hyundai,

La Corée du Sud, que tu aidas jadis, a su conquérir la planète entière.

Pendant ce temps, tu organises encore et encore la chasse barbare aux tribus.

Avec d’année en année les déclarations des forces vives du Mfoundi,

Et les Mémorandums des élites du même Mfoundi.

Hier tu étais l’espoir, aujourd’hui tu incarnes le pessimisme.

Hier tu rassemblais les enfants du Cameroun, aujourd’hui, tu les divises.

Tu aurais fait notre fierté à nous tous, mais tu es notre honte et notre misère.

Car, en plus de la division, la corruption, c’est toi qui l’as institutionnalisée,

Dans les hôpitaux, les morgues, en justice, dans les nos écoles et nos cités.

Le rejet des enfants du Cameroun, c’est toi,

Le harcèlement, le viol des étudiantes, le vol des bébés, c’est toi,

Les détournements et l’arnaque, c’est toi,

Le tribalisme d’État et l’ethno-phobie, c’est toujours toi.

Hier nous chantions « Je vais à Yaoundé, la Capitale ».

Aujourd’hui, nous chantons déjà « Je quitte Yaoundé, la tribaliste ».

Oui, toute ta jeunesse a envie de te fuir comme on fuit la peste.

Car sur la terre de la bravoure et du mérite que nos aïeux cultivèrent,

Tu as semé la délinquance, la paresse et le vol en trente-quatre ans.

Et Douala la flamboyante est devenue Douala la moisissure ;

Bafoussam la rayonnante est devenue Bafoussam la poussiéreuse ;

Bamenda la coquette est devenue Bamenda l’enclavée ;

Garoua Sahel vert est devenue Garoua la désertique ;

Et lorsqu’il t’arrive d’utiliser les bulldozers

Pour démolir les taudis de la Carrière et de Tsinga,

Ce n’est point dans le but d’avoir un visage différent des ghettos de Bépanda,

Jamais pour participer à la construction générale de la nation entière,

Mais pour tordre le cou à ceux que tu détestes.

Tu vois ? Tu nous as assez offensés comme ça.

Ne dis donc pas que je chante ton nom à l’envers,

Car le Cameroun est fatigué de se sentir humilié.

Ne le dis pas, car si tu ne mérites pas les marécages de Melen et de Tsinga,

Et ces huttes et cases qui s’inclinent mortellement sur les collines de la Carrière,

− Parce que du Feicom et de la Sic tu as volé tous les fonds −

Les autres villes du Cameroun ne méritent pas non plus ce traitement macabre,

Cette paupérisation voulue et entretenue au nom de laquelle

Aucun bureau administratif en province n’a été repeint depuis trente ans.

Yaaa ! Tu m’entends ? La simple peinture des services de l’État t’a dépassé,

Et nos villes sont vieilles, sans plan d’urbanisation, abandonnées à elles-mêmes.

Nos écoles primaires et secondaires malpropres à pleurer, à cause de toi.

Nos hôpitaux poussiéreux et boueux, à cause de toi.

Même nos commissariats et nos palais de justice sont dégueulasses à voir.

N’essaie alors pas de dire que je chante ton nom à l’envers.

Car nous ne méritons, nulle part dans ce pays,

Nulle part en ville et en campagne,

Ces eaux souillées des rivières que tu nous as si longtemps obligés à boire,

Cet air poussiéreux que tu nous as pendant trente ans obligés à respirer,

Cet espace boueux dans lequel tu nous as condamnés à vivre,

Ces nuits noires sans électricité comme du temps de nos aïeux,

Cette pauvreté financière, matérielle et spirituelle qui te procure du plaisir.

N’essaie jamais de le dire, de dire que je chante ton nom à l’envers,

Car au fond, je t’aime, je t’aime même trop. Mais seulement voilà :

Tes enfants sont morts sur les côtes de Guinée,

Fuyant l’arbitraire que tu as semé sans pudeur.

D’autres se sont établis en clandestins, dans le désert d’Algérie

Devant ta maladive indifférence.

Les ambassades et les consulats des pays étrangers

Sont débordés par tes enfants devenus quémandeurs d’asile,

Et cela te laisse à 37°, puisque tu y envoies tes corrupteurs faire les affaires,

Et un passeport finit par coûter 200.000 francs.

Ton sport favori, loin d’être le football, est devenu le viol.

Tu es devenu le violeur de notre constitution, au lieu d’en être le protecteur.

Si au moins tu violais plutôt l’article sur l’allogénie et l’autochtonie,

Tu nous aurais épargné les élans xénophobes devenus si nombreux,

Tu nous aurais épargnés la transformation de la CRTV en RTLM,

Tu nous aurais empêché le tribalisme dans nos rues et notre administration,

Tu aurais évité aux Camerounais, rois, universitaires et fonctionnaires,

De tomber dans le piège des déclarations génocidaires

À l’occasion des événements de Deido.

Oui, tu aurais empêché que la confrontation ethnique règle notre quotidien :

Maintenant, on entend partout, dans tous les coins et recoins de ce pays

« Vous, les Bassa, votre problème c’est quoi ! », « vous, les Bamis, vous êtes chiches ! », « les Bamenda, les Anglos-bamis qui voulez le pouvoir !», « les Yaoundés comme ça, les Kwa’, mangeurs de poissons braisés ! », « les haoussas, Kaï !» Voilà la haine devenue le fondement de notre culture nationale !

Maintenant que nous sommes coincés, et toi en premier,

Comment vas-tu nous ramener aux valeurs de la citoyenneté ?

Maintenant que nous sommes coincés, et toi en premier,

Vas-tu arrêter tes Déclarations et tes Mémorandums à l’emporte-pièce

 Afin de nous éviter un génocide ?

J’ai dit génocide ? Oui.

Le Génocide, le Cameroun en a déjà connu un, sous ta direction.

C’était il y a cinquante ans. En ce temps-là, il est vrai, tu étais un acteur passif.

Mais aujourd’hui, tu en es la tête pensante,

Car tes fils s’y essayent dans tous les sens,

Les uns à la communauté urbaine de Yaoundé,

Avec les casses sans réparations et sans indemnisation,

Les autres à l’Assemblée Nationale,

Avec les concepts d’allo-génie et d’autochtonie,

D’autres encore dans les universités et les grandes écoles de formation,

Excluant arbitrairement jusqu’aux étudiants les plus méritants – Oh les quotas ! –

Même dans les stades de football certains se sont essayés,

Utilisant les médias d’État, impunément, sans crainte,

Tant et si bien qu’un simple match de football

Dans ce pays des Lions Indomptables

T’a donné l’occasion de transformer la CRTV en RTLM.

Encouragé par la fameuse « Déclaration des forces vives du Mfoundi »,

Dont les « Déclareurs » n’ont jamais été ni arrêtés ni jugés,

Tu as ainsi ramené à l’ordre du jour la version B de l’hymne national :

« Autrefois tu vécus dans la barbarie »,

Et Akonolinga a fini, lui aussi, par compter ses premiers morts.

Retiens ceci, Yaoundé :

Quand nous t’acceptâmes jadis comme capitale nationale,

Ce n’était point pour que tu te transformes en capitale tribale.

Nous te donnions LE MANDAT de protéger notre CONSTITUTION,

Et non la force pour la malmener, la constiper, la violer.

Quand nous t’acceptâmes jadis comme capitale

Nous te donnions LA RESPONSABILITÉ

De protéger nos provinces et leurs populations,

Et de faire de nos ethnies des sources de développement endogène,

Et non la force pour répandre la haine, le tribalisme et les appels au crime.

Quand nous t’acceptâmes jadis comme troisième capitale du Cameroun,

Après Douala de Rudolph D. Manga Bell et Buéa,

Nous te donnions LA CHANCE de prouver que tu peux mériter l’estime

De l’homme de paix Charles Atangana et du libérateur Martin Paul Samba.

Et cette chance-là, tu peux la perdre. Oui, sache-le, tu peux la perdre

Au profit de Douala, de Buéa, de Bafoussam, de Bamenda, de Ngaoundéré,

De Garoua ou de toute autre ville prête à accueillir les enfants du Cameroun.

Oui, cette chance-là, tu peux la perdre,

Pour avoir finalement rompu le contrat d’entente entre les tribus du pays.

Pourtant, tu as de très bons enfants :

Les Atangana, les Ondoua, les Essomba, les,

Les Abel Eyinga, les Séverin Cécile Abega, les Enoh Meyomesse et les Ateba,

Qui ont été réduits au silence, que tu as réduits au silence.

Mais n’oublie jamais, Yaoundé,

Que c’est le hasard de l’histoire qui a fait de toi une capitale,

Et que tu ne mérites pas ce rôle mieux que toutes les autres villes de ce pays.

N’oublie non plus, Yaoundé,

Que le destin de toute capitale est d’être prise d’assaut,

Par le peuple souverain,

Chaque fois qu’une dictature y fait son lit.

Ainsi Paris et la Bastille furent pris.

Et parlant de Paris, je te fais une confidence :

Pendant très longtemps, je m’étais plaint du colonisateur venu d’Occident.

Aujourd’hui, à cause de toi, je me suis ravisé,

Et je sais que le problème du Cameroun ne vient pas de l’Occident.

Le problème du Cameroun, c’est toi, c’est ton manque de vision républicaine, C’est ta vision ethnocentrique et ethnocidaire, c’est ton manque d’universalisme, Ton incapacité à t’élever au-dessus de ton village pour penser le développement,

Le développement structurel et infrastructurel qui nous manque tant,

Le manque qui cause tant de morts dans nos hôpitaux et sur nos routes.

Depuis 1914, tu n’as jamais posé un chemin de fer autre

Que celui de l’époque coloniale allemande.

Les trains de la mort, c’est ton invention

C’est ainsi que vendredi 21 octobre 2016

L’un d’eux a fait 75 morts et 600 blessés

Faisant entrer Éséka dans ton histoire lugubre

Encore et toujours devant ton indifférence devenue légendaire.

Continue donc à rédiger tes Déclarations et tes Mémorandums ethnocidaires,

Continue dans ta turpitude devenue légendaire,

Et nous changerons bientôt de ville capitale à défaut de te prendre d’assaut.

Par Julienne TAKPA,

Camerounaise engagée

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