Cameroun – Visite technique : Quand le fric règle tout – 01/10/2014

Plusieurs véhicules roulent avec le document attestant avoir subi cette visite. Pourtant, leur état est critique. L’argent règle la situation lors d’un éventuel contrôle policier. Les passagers sont en danger !

Photo d'illustration.
Photo d’illustration.

Rien qu’à voir ce véhicule, un frisson vous envahit. C’est un amas de ferraille roulant. Faut voir pour y croire. Cette « voiture » exerce sur la ligne Douala-Njombe depuis plusieurs années. Elle assure le transport des bananes, plantains et même des personnes. Ces passagers fidèles se recrutent parmi les revendeuses. « Barthélemy roule très bien sur la route. Quand il nous conduit, on n’a pas peur. C’est vrai que sa voiture est déjà vieille mais on l’aime. Même quand on n’a pas d’argent, on peut régler ça à Douala », avoue une bayam-sellam à Bonaberi. Les non-habitués sont habités d’une peur à regarder cette carcasse. Très souvent, en surcharge (huit passagers). « Nul ne peut m’empêcher de rouler. J’avais déjà fait la visite technique de ma voiture qui roule bien et sans problème. La visite technique concerne d’ailleurs les voitures neuves et non les veilles voitures », dixit le chauffeur. Plusieurs voitures du genre font le transport urbain ou interurbain sans gène. Elles ont un ou aucun phare, des pneus usés, la carrosserie rouillée et le moteur pouvant réveiller un mort.

Des « cercueils roulants » qui ne devraient pas rouler. Car, « ils devaient être interdits de circulation par les autorités administratives : préfet, le délégué du gouvernement auprès de communauté urbaine et les maires. Ensuite, aux policiers de s’assurer de sa mise en pratique et être studieux lors des contrôles. Malheureusement, les policiers préfèrent prendre de l’argent et laisser ces voitures rouler avec des gens. D’où les multiples accidents enregistrés. La visite technique fait partie de la sécurité routière et elle doit être minutieuse », réaffirme Wedjou, expert en sécurité routière. Comment de tels engins peuvent circuler sans soucis devant des hommes en tenue ? « Notre mission n’est pas regarder si une voiture a fait sa visite technique où pas. Nous régulons la circulation ici. Les contrôles ont été interdits dans les villes. On ne devrait pas accuser les policiers n’importe comment et à tout moment », souligne la policière rencontrée au lieu dit Feu rouge Bessengue.

9.500 Fcfa exigés

Autre bouc-émissaire dans cette faillite, ce sont les centres de contrôle technique des voitures dans nos villes. Plusieurs personnes les accusent de délivrer des vignettes sans inspecter le véhicule. Dans ces centres, nul n’ose se prononcer sur la question. Au centre de Ndog-bong (au niveau du supermarché Bonus), le reporter est refoulé : « Si c’est pour une interview, ce n’est que Yaoundé qui peut vous répondre. On n’a rien à vous dire ici. Même le chef n’est pas là », rétorque la secrétaire. Selon les chauffeurs rencontrés au niveau du Tribunal de première instance de Ndokoti, il y a plusieurs moyens de contourner les refus. « Quand tu sais personnellement que ta voiture ne tient pas. Avant d’aller à la visite technique, tu peux prendre des pneus neufs ou des pots de phare. Après la visite, tu reviens remettre au propriétaire », lance Epèsse, taximan à Douala. Son acolyte de nous dire qu’avec « 2500 Fcfa au lieu de 9.500 Fcfa comme on nous demande, j’établis une visite technique au bureau des transports ou dans un centre. C’est le réseau ». Le résultat produit : des accidents mortels à l’instar de celui de Ndokoti ce 30 septembre 2014 avec plus d’une huitaine de morts sur le camp. Le mal est profond. Il faut le soigner.

© Camer Post – Frank William BATCHOU

Que dit la loi ?

La loi n°96/07 du 08 Avril 1997, Art. 6, portant organisation du patrimoine routier dispose : « Au cours des visites techniques, sont vérifiés l’état, le fonctionnement et la conformité aux dispositions du Code de la Route, des différents organes des véhicules. Notamment : l’état de châssis et éléments de châssis. L’état de suspension essieu, la direction, le freinage, la transmission, l’éclairage et la signalisation. Les roues et les pneus, la carrosserie, l’équipement et tous autres contrôles jugés nécessaires au bon fonctionnement du véhicule ». Seulement, elle demeure administrative dans la mesure où, des agents du ministère des Transports délivrent toujours des certificats de visite technique sur la base des déclarations des usagers. Il faut dire que le contrôle technique des voitures est obligatoire conformément à l’arrêté du 23 février 1998. Et les prix homologués par le ministère de tutelle est de 9.540 Fcfa pour les voitures dits « personnels » et 4.800 Fcfa pour les taxis et autres voitures utilitaires.

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