Cameroun – Théâtre : Intrusion au cœur de ce (triste) pays – 28/08/2014

La pièce a été présentée à l’Institut Français de Douala dans le cadre du Festival Scène d’Ebène. Elle met en exergue la revanche de la jeune Magda longtemps esclave de son père.

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Ce n’est pas la première fois qu’elle monte sur scène pour la jouer. C’est la quatrième. Non. Plutôt, la cinquième représentation faite par la comédienne camerounaise Norma. Et pour ceux qui ont eux la chance de regarder les précédentes, elle semble nouvelle à chaque fois. Surtout par son jeu d’acteur. « Elle est étonnante sur la scène cette fille. On dirait une actrice de film américain qui joue sans faute », extériorise une spectatrice dans la salle. Ce n’est que logique. Norma Icha a beaucoup travaillé pour cette pièce. La preuve, « elle a personnellement payé son billet d’avion pour venir travailler avec moi à Brazzaville et préparer ce spectacle. C’est la première fois que je vivais ça avec un artiste de sa trame », explique tout satisfait le congolais Abdon Fortuné Koumbha, le metteur en scène.

Plongeons « Au cœur de ce pays ». Triste ? Probablement, oui. A juger le décor de la scène. Cinq lampes tempêtes (bien que modernes) suspendues à un pagne décoré de pailles. Sur le plancher, une épaisse couche de déchets de planches communément appelés la sue. Assise dessus et se grattant comme atteinte de démangeaison, Norma, dans la peau de Magda, égraine le chapelet de ses plaintes de femme : sa mère soumisse pendant des années à des violences sexuelles atroces parce que ne pouvant pas donner à son père un héritier virile tant désiré ; la domestique de la maison devenue la maîtresse de la maison… Magda a peur de devenir celle qui servira, au lit, le petit déjeuner aux deux tourtereaux. Des atrocités subies qui ont fini par opter la vie à plusieurs (femme et enfants). Bref, c’est une scène de revanche d’une fille devenue esclave de son propre géniteur. Entre frustration, rancune, haine et amour, Magda y surfe sans gêne afin de servir un spectacle de qualité. Surtout qu’elle reconnaît être « seule au cœur de ce pays d’où viendra mon salut ». Un monologue de clôture qui lui a valu un standing ovation de la part du public, malheureusement peu nombreux dans la salle. Pas étonnant, le théâtre est encore le parent pauvre de la culture camerounaise.

La régie son et lumière n’a pas été en reste pour la qualité de cette représentation théâtrale assurée par Alvares Dissakè. Pointilleuse dans le travail, cette régie à bosser dur pour éviter, fort heureusement, tous les erreurs qui pouvaient survenir. Idem pour la scénographie gérée par Ludovic Louppé. Un aspect à saluer, c’est l’association du sérieux de la comédienne dont le texte était emprunt de beaucoup d’humour. Quelques hésitations ont été relevées. Normal, ce n’est pas toujours facile de tenir plus d’une heure sur la scène toute seule sans pause. Néanmoins, c’était appréciable et mérite d’être revu ; ce spectacle.

© Camer Post – Frank William BATCHOU