Cameroun – Terreur de Boko Haram : Le silence étrange de l’élite nordiste – 23/05/2014

Habitués à proférer les déclarations et menaces incendiaires contre les pauvres opposants politiques de leurs régions, les dignitaires politiques du septentrion sont étrangement aphones face aux exactions lâches de la secte islamique Boko Haram.

Présence très remarquée d‘Amadou Ali, le vice Premier Ministre, ministre délégué chargé des relations avec les Assemblées auprès de Paul Biya à Paris, lors du sommet du 17 mai sur la sécurité au Nigéria et dans son voisinage. Le VPM Ali y était-il en tant qu’ancien ministre de la défense, ou alors comme élite politique de l’extrême nord, issu de l’ethnie Kanuri au sein de laquelle Boko Haram recrute l’essentiel de ses troupes ? On ne le saura probablement pas (on notera que le ministre de la défense en titre, Alain Edgar Mebe Ngo’o, a été exclu de la délégation présidentielle, alors que la question en débat le concernait au premier chef. Disgrâce ?).

Toujours est-il que sur la question des méfaits de la secte islamique dans plusieurs départements de la région de l’extrême nord, le vice Premier Ministre, Amadou Ali, comme d’autres responsables politiques du septentrion camerounais, est étrangement aphone.

Pour moins que ça, l’élite politique du Nord Cameroun avait habitué l’opinion aux caravanes, meetings, motions de soutiens et discours enflammés contre les fauteurs de troubles. Il faut dire que le grand nord compte quand même de nombreux hauts responsables de l’establishment dont un des plus en vue est Amadou Ali, aux affaires depuis trois décennies, ancien Secrétaire général de la présidence, un temps considéré comme dauphin putatif de Biya. Mais surtout l’inamovible président de l’Assemblée nationale, Cavaye Yéguié Djibril, que Paul Biya nomme affectueusement «cher ami». Ce dernier, du fait de son rang protocolaire (le plus ancien au grade le plus élevé), est bien souvent l’instigateur de ces manifestations qui, pour un rien, déclenchait le déferlement des élites du grand nord dans diverse contrées, afin de prêcher la résistance patriotique face aux fauteurs de troubles.

Lors de la campagne présidentielle de 2011, le président de l’Assemblée nationale, dans son discours d’accueil au président Biya dans la région de l’Extrême nord, se faisait fort de pouvoir en découdre avec tous les fauteurs de troubles, promettant même de verser jusqu’à sa dernière goutte de sang pour barrer la voie à quiconque troublerait la quiétude du régime. Aujourd’hui que la menace est réelle et les fauteurs de troubles connus, on n’entend plus le président de l’Assemblée.

Qui ne se souvient pas des nombreux rassemblements organisés en son temps pour mettre en déroute les rédacteurs du réputé mémorandum du grand nord en 2002 ? Ou plus récemment des meetings organisés pour, disait-on à l’époque, gommer les traces de l’ancien ministre Marafa dans le Nord ? Aujourd’hui que cette population est soumise à la terreur de bandits armés, aucune caravane ni meeting en vue, pour inciter les jeunes désœuvrés à se détacher des extrémistes qui sèment la désolation, de villes en campagnes.

Difficile, cependant, de reprocher au Très Honorable Cavaye et à ses compagnons politiques du septentrion leur silence assourdissant sur la montée en régime de Boko Haram. Tous les jours, les nouvelles venues du Nigéria viennent dicter la loi de la raison à ces dignitaires, généralement prompts à casser de l’opposant à mains nues.

Au Nigeria où le mouvement islamiste a déjà suffisamment montré sa capacité de nuisance, sa stratégie de terreur a consisté dans le Nord du pays, à terroriser l’élite politique et administrative. Sénateurs, gouverneurs, hauts gradés de l’armée ou autres ministres se terrent, surprotégés. Certains vivent depuis des mois dans de bunkers, voire hors de leurs zones, tenues en siège par Boko Haram. Là-bas, il suffit d’une phrase hostile pour être la cible des actions de représailles de l’organisation terroriste. Même les riches hommes d’affaires ne sont pas à l’abri, car si l’argent est le nerf de la guerre, Boko Haram en a de plus en plus besoin pour entretenir et équiper ses hommes, et renforcer son organisation et son système de renseignement.

Certes, le 10 avril dernier Cavaye Yeguié Djibril a réuni à Yaoundé, ministres, députés, sénateurs et autres hauts fonctionnaires originaires des régions septentrionales, pour réfléchir à l’attitude à adopter face à la menace. Mais cette rencontre, prévue pour être stérile, a bel et bien tenu ses promesses : ni communiqué final, ni descente de mobilisation sur le terrain en vue. “Cette mise en scène dans la capitale est d’abord et avant tout une opération marketing en direction du reste du pays, analysait alors le bi-hebdomadaire, ‘’L’Oeil du Sahel’’. Accusée à tort, comme du temps de la splendeur des coupeurs de route de tirer avantage de cette situation trouble, l’élite nordiste a d’abord eu à cœur d’afficher sa détermination à combattre les errements d’une secte qui gangrène sérieusement la quiétude des populations”.

Si la loyauté des cadres politiques du grand-nord envers la République ne peut être remise en cause, leur atonie est loin de contribuer à gonfler le moral de la République, aujourd’hui menacée par cette horde qui ne s’interdit aucune lâcheté contre les hommes, les biens et les symboles de la République. Au contraire, ce silence, signe de peur, entretient la terreur voulue par la secte terroriste, Boko Haram.

Au sein de l’élite nordiste au Cameroun, c’est donc la panique. Les représailles sans merci de l’organisation terroriste contre ses adversaires idéologiques ont fait mouche. Ces dignitaires du Nord Cameroun sont terrorisés et n’osent plus montrer ouvertement leur parti pris pour la République. Ils sont en quelque sorte obligés de montrer leur neutralité à Boko Haram. Un comble pour des hommes d’Etat de ce rang. Leurs gestes sont épiés, leurs déclarations et leurs fréquentations aussi. Chacun est tétanisé à l’idée que la moindre phrase équivoque sera payée cher et cash. D’autant que jusqu’ici, la secte semble se mouvoir et agir à sa guise contre qui il veut.

Sachant que la secte dont la notoriété se construit sur des coups d’éclats destructeurs, comme la capture d’otages étrangers, ne cracherait pas sur de grosses prises. Pourtant, il est difficile de croire que la bande à Abubakar Shekau puise se permettre, sauf à vouloir déclencher la foudre, de porter atteinte à des dignitaires du rang de Cavaye Yéguié Djibril. Il faut bien, pourtant, que le cycle de terreur s’arrête et que quelqu’un en prenne la responsabilité. En attendant, il s’agira de renforcer de manière visible la protection de ces dignitaires et partant celles des populations, les faires aller aussi souvent que possible dans leurs zones, pour bien montrer que la terreur Boko Haram ne prend pas.

Source : © La Nouvelle Expression

Par François Bambou

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