Cameroun – Société : Le danger permanent de l’alcool artisanal

L’ « odontol » a encore frappé. Cette fois-ci à Dirim-Viri, petit village de l’arrondissement de Wina, région de l’Extrême-Nord. Réunis dans le cadre des obsèques d’un des leurs, décédé à Douala,

des villageois se sont fait servir la boisson en provenance de la capitale économique. Six personnes y ont immédiatement laissé la vie, après un léger malaise. Au regard des résultats de l’autopsie, le responsable du Centre médical d’arrondissement de Wina, Sirina Tangui, est formel : la consommation massive d’une boisson phosphorée est à l’origine de ces décès en cascade. « Même si nous n’avons pas vu le produit en question, nous avons cependant constaté que les victimes avaient l’estomac et le foie noirs comme si on les avait brûlés. Ça c’est un signe pour toute intoxication au produit phosphoré », a-t-il assuré.

source image nkul-beti-camer.com
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Odontol, arki, afofo, bili-bili, sha… Les boissons alcoolisées de fabrication artisanale sont connues de tous au Cameroun. Interdits de production et de consommation depuis des décennies, leur commerce prospère étrangement. Malgré les ravages sur la santé, les familles, la force de travail et les capacités de production des zones agricoles les plus affectées. Dans un village au Nord de Yaoundé, des consommateurs y ont récemment perdu la vie, tandis que les plus chanceux s’en tiraient avec une cécité définitive. A Olam, petite bourgade de la Mefou et Afamba, non loin d’Awae, la situation est dramatique. Selon les autorités administratives, traditionnelles, religieuses et sanitaires, l’addiction à l’ « odontol », « arki » et autres « ha’a » a détruit la jeunesse. « Tout visiteur peut constater qu’il n’y a presque pas d’enfant dans le village, les plantations sont à l’abandon : les jeunes sont devenus impuissants tant pour travailler dans les champs que pour procréer », dénonce le chef du village. Conséquence, une forte colonie de ressortissants d’un pays voisin s’est installée dans le village, entretenant les cacaoyères et les… femmes.

A des kilomètres de là dans la Lékié, Linus A. semble avoir sacrifié son honneur à l’hôtel de cet alcool qui lui a endommagé les papilles gustatives, voire le cerveau. Le fonctionnaire retraité passe ses journées à la distillerie du coin. Il en revient généralement transporté par quelques « associés » qui le balancent dans la cour où il passe la nuit. « Cette situation me désespère. Il a déjà perdu ses dents et ne s’alimente plus à cause de cet alcool. Ses compagnons m’ont même dit qu’il ajoute maintenant de l’alcool à brûler à son alambic pour réveiller son goût anesthésié. Même quand il daigne manger, il faut mettre un piment fort et cru dans sa nourriture. Je crains qu’on ne le retrouve mort un de ces matins », se plaint le frère cadet du septuagénaire. C’est que deux cures de désintoxication dans une formation sanitaire à l’étranger n’ont pas pu le sortir de cette dépendance.

La fabrication et la consommation de l’alcool artisanal constituent donc un véritable problème dans la société camerounaise. Les distilleries clandestines prolifèrent dans les broussailles, à l’abri des regards. Dans le même temps, les produits qui en sortent se vendent sans complexe sur le marché. Hommes et femmes, jeunes, adultes et vieillards lèvent le coude allègrement. Des bambins qui viennent à passer sont amenés à trinquer, sans sourciller. D’une région à une autre, les ingrédients varient : canne à sucre, vin de palme, maïs et mil germés, banane, oseille ou manioc fermentés… Au gré des voyages, de nouvelles matières premières et techniques de distillerie sont découvertes. Un habitant du village Obang dans la Lékié assure : « C’est une cousine installée à Mbalmayo qui a introduit l’odontol ici. Elle venait d’abord en vendre, puis elle a monté une distillerie sur place ». Pour le plus grand malheur de certains.

Source: Cameroon Tribune par Yvette MBASSI-BIKELE

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