Cameroun : Les romances télévisées ravissent de plus en plus le public masculin

Ils sont de plus plus nombreux à s'intéresser aux romances télévisées | © CAMERPOST / Olivier Ndema Epo
Ils sont de plus plus nombreux à s’intéresser aux romances télévisées | © CAMERPOST / Olivier Ndema Epo

Les films dits d’amour arrivent en tête sur l’échelle des préférences télévisuelles. Les hommes s’y intéressent de plus en plus dans la ville de Yaoundé.

Chéri ou es-tu ? tu vas manquer le feuilletonje me dépêche de rentrer chérie. Ceci est un échange téléphonique entre Laurent N, Fonctionnaire camerounais, et son épouse. Il est 17heures 30. Le cinquantenaire qui s’est attardé à son lieu de service, est un inconditionnel des série roses. Il en consomme sans modération. Il presse le pas et prend le chemin du retour.

Laurent effectue le trajet à pied. Il doit parcourir cinq kilomètres environ. Il avale cette distance et rejoint rapidement sa demeure. Arrivé à destination il a refait son retard, et dispose même d’une marge de cinq minutes avant le début de la série. Son épouse est heureuse de le voir arriver à temps. Elle ne perdra donc aucune seconde du précieux programme, en lui narrant les scènes manquées. Laurent la rejoint sur le divan. Le feuilleton débute peu après. Le couple semble à présent transporté sur une autre planète, indifférent aux va et vient des sept enfants. Laurent N est outre son statut d’Agent de l’Etat, Pasteur des églises réveillées. Lui qui ne s’intéresse qu’aux activités saines et bibliques, trouve son compte dans la diffusion des romances télévisées.

Emmanuel A. dirige un Complexe scolaire maternel et primaire. Le jeune homme âgé de 35 ans a changé ses habitudes. Il est aujourd’hui plus présent à son domicile. Grand amateur des séries à l’eau de rose, il est au fait de leur programmation. Plusieurs Chaines de Télévision en proposent d’ailleurs. Il les connait presque toutes. Magloire N, l’un des ses collaborateurs, va plus loin. Il révèle à Camerpost que son supérieur hiérarchique n’hésiterait pas à sacrifier une rencontre de football, au profit d’un film d’amour. Magloire est également un grand amateur de ces feuilletons. Il affirme toutefois ne pas en faire une fixation à l’exemple d’Emmanuel.

Dany A accordait par le passé une place de choix aux éditions d’information. Le zapping était l’activité favorite de cet Enseignant d’Education physique et sportive. Il passait allègrement d’une Chaine de Télévision à l’autre, à la recherche de Journaux télévisés. Cela lui permettait de monopoliser le téléviseur. Dans son esprit les choses étaient simples. Pas de place pour des films d’amour inutiles dans la famille. Ses nombreuses sœurs n’avaient que leurs yeux pour pleurer. Aujourd’hui la donne a changé. Il est assidu à de nombreuses diffusions à l’eau de rose. Outre le fait de consommer sans modération ces programmes, Emmanuel, Magloire et Dany ont d’autres points communs. Leurs compagnes respectives sont à l’origine de ce changement radical dans leurs habitudes télévisuelles. Elles passent une partie importante de leurs journées devant un écran de télévision.

La situation change du tout au tout et vire même au comique dans la ville de Yaoundé. Des débits de boissons offrent désormais à leurs clients un cadre idéal pour la relaxation. Les consommateurs d’alcool peuvent siroter leur breuvage, en regardant une ou plusieurs séries d’amour. Hommes, femmes, jeunes et personnes âgées se prennent à cette addiction au film d’amour.

Les cablo distributeurs sont formels. Les feuilletons télévisés sont comptés parmi les productions les plus demandées par les téléspectateurs. Les mêmes feuilletons sont proposés tous les jours à des heures régulières par des Chaines nationales et étrangères. C’est la technique du stripping. Des plaintes sont formulées à longueur de journée dans les agences de cablo distribution. Selon André A, les consommateurs exigent la présence des Chaines diffusant des romances. A ce jeu les hommes ne sont pas en reste, même si plusieurs prétendent le faire au nom de leur épouse ou de leurs filles.

© CAMERPOST par Olivier Ndema Epo