Cameroun : Proposition de reforme du système de santé

Cameroun : Proposition de reforme du système de santé
Cameroun : Proposition de reforme du système de santé

Les malades meurent par erreur dans tous les hôpitaux du monde, souvent suite à des moments d’inattention stupides. Aux Etats-Unis par exemple, les erreurs médicales sont la troisième cause de décès. Ce qui a créé un tollé dans le cas des hôpitaux camerounais, c’est la récurrence et la facilité avec laquelle certains patients perdent leur vie. Un médecin qui meurt dans un hôpital de son pays ou une patiente morte qui se fait éventrer devant la maternité, par une connaissance sans formation médicale dans une tentative de sauver des fétus, nous devons le reconnaitre sont des situations troublantes.

Ces divers incidents relatés abondamment par la presse nationale et internationale, ne sont que la manifestation du mal profond dont souffre le système de santé du Cameroun. Et les nominations comme celles du professeur Louis Richard Njock ne vont pas entièrement régler ce problème.

Le Pr Njock est un médecin compétent qui a déjà manifesté son intention de se mettre à la hauteur du défi que lui présente sa nomination comme Directeur de l’hôpital Laquintinie de Douala. Mais que pourra faire le Pr Njock face à des médecins qu’il n’a pas choisis et sur lesquels  il n’a naturellement une autorité limitée ? Que va-t-il répondre à ceux qui expriment la nécessité de travailler en privé pour arrondir leurs fins de mois ? Que fera-il avec des moyens financiers somme toute limités, pour les patients démunis mais nécessitant des soins couteux ? À lui seul, il ne peut vraiment pas répondre, dans les circonstances actuelles, aux attentes du public, tout comme le Dr Jean Dissongo II, un médecin compétent et compatissant, sacrifié pour la circonstance, ne pouvait le faire. Profitons-en pour dire que le Dr. Dissongo que nous connaissons n’est certainement pas le monstre que certains groupes ont décrit.

Si nous voulons résoudre le problème du système de santé du Cameroun et par extension celui des autres pays africains, nous devons avoir le courage, l’humilité et l’intégrité morale  d’attaquer le mal à sa véritable source après avoir posé un diagnostic précis. Et cela, pour le bien de tous, y compris celui de ceux qui ont les moyens d’aller se faire soigner à l’étranger. Il ya des situations d’urgence comme nous en avons vus, dans lesquelles le patient n’a pu survivre l’attente de la procédure d’évacuation sanitaire.

Quels devraient être les objectifs de la reforme? Que tous les patients qui se rendent dans les hôpitaux soient pris en charge à temps, de façon adéquate et complète, indépendamment de leur capacité à payer individuellement leurs soins.  Pour y parvenir, le système de santé camerounais doit, avec pour objectif l’excellence, régler dans une approche intégrée les problèmes que rencontrent ses composantes, à savoir le malade, les infrastructures et équipements médicaux, le personnel de santé.

Ramener les frais de santé au niveau des faibles moyens financiers du Camerounais moyen

On ne peut résoudre le problème de santé du Cameroun sans intégrer le fait que le malade camerounais n’a simplement pas les moyens financiers de s’offrir les soins de santé dont il a besoin. Et le camerounais moyen, ce n’est pas le professeur de lycée ou l’assistante sociale qui ne constitue que la petite portion de ceux qui s’en sortent un temps soit peu. Cet aspect du problème doit être abordé au niveau du malade sans emploi de Kousseri ou du paysan de Pouma, sans revenus substantiels. C’est lorsque le système sera capable de les prendre en charge qu’il pourra se targuer de traiter convenablement les camerounais. C’est au-delà des ambitions de l’émergence, une question de justice sociale dans un pays béni par Dieu en ressources naturelles.

La récente directive du Ministre de la santé qui instruit aux responsables d’hôpitaux de donner les soins d’urgence aux malades avant payement est une initiative qui va dans ce sens. Mais l’Etat camerounais doit se donner la capacité d’offrir des soins jusqu’au rétablissement du patient.

L’idéal pour le faire serait d’augmenter le pouvoir d’achat des Camerounais. Mais c’est un paramètre qui ne dépend pas du Ministère de la Santé et qu’il faut intégrer dans cette situation. Il nous semble que la seule chose à faire dans les circonstances actuelles est de ramener le coût des soins de santé au niveau de leurs moyens.

La solution comme beaucoup l’ont déjà signalé passe par deux choses :

1.     La création d’un système d’assurance maladie universel

2.     La mise sur pied d’une intense politique de prévention.

Cette prévention serait basée sur l’éducation de masse et des visites médicales mensuelles, trimestrielles ou annuelles selon les cas. Pour motiver tous les camerounais à y souscrire,  le gouvernement pourrait soumettre l’inscription dans les établissements scolaires ou l’obtention de certains papiers officiels à la présentation d’un bulletin de santé. Sur ce point, nous n’avons pas à inventer. Il suffit d’aller observer ce qui se fait dans des pays tels que Cuba duquel nous pouvons beaucoup apprendre.

Cuba, un pays pratiquement sans ressources naturelles, soumis depuis un demi-siècle à un embargo américain, a des ressources financières et matérielles très limitées. Il dépense cependant 10 à 20 fois moins per capita que les Etats-Unis dans le domaine de la santé et a un taux de mortalité infantile plus faible que le pays le plus riche du monde. Il a une espérance de vie de 78 ans, similaire à celui des Etats-Unis, avec 90.000 médecins pour une population d’environ 11 millions d’habitants en 2012. Ces chiffres lui confèrent le ratio de 8 médecins pour 1000 habitants, plus du double du taux des Etats-Unis (2.5 pour 1000 habitants) et celui de la Grande Bretagne (2.7 pour 1000 personnes), selon les chiffres de la Banque Mondiale.

La santé y est totalement gratuite et considérée comme un droit de l’homme protégé par la constitution. Chaque personne y a un médecin traitant et une infirmière attitrés et  un accès facile à un spécialiste qui rend des visites régulières aux cliniques de quartier.

Le système de prévention est fondé sur une équipe médecin-infirmière, chargée de la santé d’une communauté/quartier dont elle connait les membres parce qu’y vivant ou à proximité. Cette proximité permet à cette équipe de suivre minutieusement chaque patient et de répondre aux urgences de façon appropriée.

Le manque d’argent, comme on peut le constater, n’est donc pas un problème insurmontable. Si Cuba a pu le surmonter, pourquoi le Cameroun ne le ferait-il pas avec l’ouverture qu’il a sur le monde ? D’ailleurs, une politique intensive de prévention baisserait les coûts de santé par le traitement des maladies à leur stade initial. Elle facilitera aussi les choses pour tous. Il est en effet plus  aisé pour un patient de payer un scanner à 30.000 FCFA, et plus rentable pour un hôpital d’en faire 30 par jour à ce prix que d’en faire 5 à 80.000 FCFA chacun.

Le problème des infrastructures et des équipements médicaux

Le problème qu’ils posent c’est celui de leur disponibilité et de leur fonctionnement optimal. Pour le résoudre, il faut y instaurer la rigueur dans la gestion des équipements et de l’argent. Une partie de celui-ci pourrait venir des énormes fonds consacrés aux évacuations sanitaires à l’étranger.

A cette solution, on pourrait greffer la participation active des milliers de médecins, infirmiers et autre personnels soignants camerounais qui travaillent dans les pays médicalement avancés. Une quantité énorme de médicaments, d’appareils médicaux et d’outils de soins de bonne qualité sont mis hors du système au Japon, en Allemagne, France, Australie, Etats-Unis, Canada, Grande Bretagne, Russie etc. Ces Camerounais peuvent par le biais d’ONG et à travers un système bien huilé, collecter puis expédier vers un centre national de redistribution le matériel qu’on leur donnerait gratuitement.

De nombreux Camerounais le font déjà pour des hôpitaux au Cameroun. D’autres ont essayé et ont rencontré des complications dans les procédures administratives et douanières qui ont contribué à refroidir leurs enthousiasmes.

Inspirer à nouveau le personnel soignant

Il est la composante-clé du système et manque pour le moment  de motivation. Un personnel médical mal dans sa peau ne peut donner le meilleur de lui-même dans le traitement des autres. Et s’il n’a pas le cœur à la tache, les problèmes du système de santé ne connaîtront pas de solution quels que soient le nombre et la qualité des hôpitaux construits. Ceci suggère fortement la correction de certaines anomalies:

Changer l’état d’esprit du personnel soignant : Les conditions de travail actuel ont favorisé le développement d’un esprit de mercenaire. Il est important de créer chez le personnel soignant une approche des soins de santé qui replace le bien-être des patients au centre des préoccupations. En bref, il faut recréer dans l’esprit de certains, les valeurs morales d’intégrité, d’humanisme et de responsabilité ainsi que le caractère sacré de la vocation de soignant.

Amélioration des conditions de vie et de travail : Il ne s’agit pas de rendre le personnel soignant riche mais de lui donner des revenus décents.  Il est vrai que d’autres corps de métier ont la même légitime requête et que le gouvernement a peur d’être submergé en répondant favorablement à une requête pareille. Il faut néanmoins reconnaître que la santé occupe une place a part dans la viabilité et la vitalité mêmes d’un pays. Et si l’on veut que les hôpitaux fonctionnent convenablement, il faut trouver une solution au problème de salaire du personnel soignant. Pour des raisons de sécurité, l’Etat a bien consenti à des sacrifices en revoyant les conditions de travail des militaires et policiers ! Ce n’est qu’après avoir fait de même pour les médecins et autres que l’Etat pourrait légitimement leur demander un certain rendement.

Faire un usage ciblé et proportionné du personnel soignant: Il s’agit d’établir une cartographie des communautés (les communes telles qu’elles existent présentement pourraient faire l’affaire), de leur densité et des maladies prévalentes, dans le but de définir les compétences et la quantité du personnel soignant requises par quartier ou village. Cette carte devrait inclure une description détaillée des objectifs et obligations de chaque poste de médecin,  d’infirmier ou de technicien par formation sanitaire ainsi que les avantages spécifiques qui y sont attachés. Ceux-ci pourraient être liés au salaire, logement, moyen de locomotion, opportunités de stage etc.…Une carte pareille permettrait de désengorger certaines communautés et formations sanitaires et de suppléer au manque d’autres.

Laisser chacun définir sa carrière : Les règles du jeu doivent être écrites pour que chacun, soit-il un médecin, un infirmier, ou un technicien de santé sache clairement quelles sont les conditions à remplir pour atteindre ses objectifs. L’application de ce concept suppose la fin des nominations et l’attribution des postes par postulation sur la base des compétences et des centres d’intérêt de chacun. De cette façon, chaque médecin, infirmier ou technicien choisira consciemment son poste par motivation, en assumant les responsabilités qui y sont attachées. Le Sphinx Hebdo a publié à ce sujet un article intitulé Fonction Publique : L’Excellence Passe Par La Compétitivité qui explique plus en détail ce concept.

Donner aux responsables une véritable autorité : On ne peut pas, en toute justice, tenir responsable un directeur d’hôpital de mauvais résultats s’il n’a pas choisi lui-même le personnel clé avec lequel il veut travailler. Le directeur de l’Hôpital Laquintinie par exemple devrait avoir l’autorité de choisir ou de renvoyer son personnel. Cette autorité lui donnerait la capacité de créer la dynamique de travail lui permettant d’atteindre les objectifs que lui assignent ses supérieurs. Ainsi, le personnel soignant désirant travailler dans une formation hospitalière précise fera l’effort d’impressionner son directeur par sa performance passée.

Créer une dynamique de l’excellence

C’est une chose que d’avoir des bâtiments, des équipements, des médecins et infirmiers, c’en est une autre de les faire fonctionner dans une dynamique d’excellence. Pour y parvenir il faudrait :

Entretenir un esprit de compétitivité : La compétitivité pousse à l’excellence, nous le savons. Dans un autre article publié par le Sphinx Hebdo et intitulé, Pour un Rééquilibrage Public-Privé dans l’Education et au-delà Ou l’appel à un changement complet de paradigme, Paul Daniel Bekima suggérait l’ouverture des postes dans les organismes d’Etat aux diplômés des institutions privées. Dans le cas des services de santé, les postes dans les hôpitaux publics devraient être ouverts à la compétition de tout diplômé issu d’une institution privée ou publique, formé à l’étranger ou au Cameroun. La compétition issue de ce mode de recrutement pousserait le personnel de santé à donner le meilleur de lui-même. Il donnerait aussi un vaste choix des compétences.

Mise en place d’un comité d’éthique : L’une des raisons pour lesquelles les médecins américains ou allemands sont performants est le coût élevé des actes de négligence. Si dans ce pays, il se traduit par des procès et des compensations exorbitantes, il peut dans notre pays prendre la forme d’un comité d’éthique placé sous la supervision du Ministère de la santé. L’Ordre des Médecins assume déjà ce rôle, mais il faudrait y intégrer, pour assurer son objectivité, une composante n’appartenant pas au corps médical, un avocat ou magistrat par exemple. Ce comité aurait pour responsabilité d’examiner minutieusement tous les cas suspects de négligence médicale et de prendre les mesures conséquentes.

Evidemment, l’on ne peut prétendre résoudre un problème aussi sérieux et complexe que celui des dysfonctionnements du système de santé camerounais par le biais d’un article de quelques pages. Celui-ci n’a d’ailleurs pour objectif que de lancer le débat. La véritable solution pour notre système de santé ne pourrait trouvée qu’à l’issue de journées médicales de réflexion mettant ensemble des professionnels de la santé de l’étranger et du terroir.

Ces journées seraient l’occasion de revoir entre autres, les conditions d’exercice de la profession au Cameroun, la formation du personnel, les protocoles de traitement et de définir les standards d’excellence. Il permettrait aussi d’acquérir notre indépendance dans la pensée dans le domaine médical. Pendant longtemps nous nous sommes abstenus de chercher nos propres repères, avons négligé la richesse de notre médecine naturelle et avons pris pour vérité des concepts dont l’efficacité est mise en doute aujourd’hui.

A titre d’exemple, Ty Bollinger a réalisé un documentaire sur le traitement du Cancer intitulé The Truth About Cancer : A Global Quest For a Cure qui remet en doute l’efficacité des traitements conventionnels et suggère des approches utilisées avec succès par de nombreux médecins à travers le monde. Ces traitements qui ont prouvé leur efficacité en guérissant de nombreux cas condamnés à mort par la médecine conventionnelle, sont proches de notre médecine traditionnelle (dans son aspect physique). René Caisse, une infirmière canadienne ou le Biomedical Center à Tijuana au Mexique guérissent de nombreux malades du cancer en utilisant des potions d’herbes. Le Dr Roger Tappa, médecin et fondateur du Wellness Concept au Cameroun, utilise les traitements à base de produits naturels pour guérir de nombreuses maladies.

En conclusion, il sera difficile pour les dirigeants de notre pays de se discipliner à faire les changements contraignants qui s’imposent tant qu’ils gardent ouverte l’option aisée d’aller se traiter dans d’autres pays. S’ils s’imposaient le devoir de se faire traiter au Cameroun, si leur vie dépendait vraiment d’un fonctionnement adéquat des hôpitaux camerounais ils feraient bien marcher les choses, comme ils font fonctionner le Bataillon d’Intervention Rapide.

S’ils le voulaient vraiment, ils créeraient sur place un hôpital ou deux capables d’offrir des soins équivalents à un hôpital ou britannique ou allemand. Cet hôpital desservirait la sous-région africaine et ils n’auraient plus à aller se traiter à l’étranger. Le Cameroun possède à l’intérieur et à l’extérieur des compétences qu’il faut pour cela. Il ne manque que la volonté politique, l’ambition ou la foi en l’intelligence d’un brave peuple de plus de 25 millions de personnes.

Nous ne voulons pas que cet exposé succinct et simplifié d’un problème complexe fasse croire qu’il soit facile à résoudre. L’exécution d’une reforme sur la santé demandera beaucoup d’énergie car au-delà d’un travail d’organisation elle exige un profond changement de comportements. Mais, nous ne pouvons espérer des résultats différents si nous continuons de faire les choses comme nous le faisons.

Dr. Kleber Mbenoun

Le Sphinx Hebdo

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