Cameroun – Prison : La mort ou l’Epervier, il faut choisir… – 12/05/2014

Pingouins et Vip même combat ? En tout cas même destination à partir de la prison. Dormant à la belle étoile, nus comme des vers, les uns meurent de dénuement dans l’anonymat.

Quelques victimes de l'opération épervier.
Quelques victimes de l’opération épervier.

Placés dans des cellules Vip payantes, les autres décèdent dans l’indifférence. Le patriarche de Bafia est finalement mort, loin des honneurs, dans la chambre 317 de l’hôpital général de Yaoundé, placée sous bonne garde. C’est depuis novembre 2008 que l’ex-président du Conseil d’administration du Crédit foncier du Cameroun (Cfc) y était interné, en unité de cancérologie. André Booto à Ngon souffrait en effet d’un cancer au niveau de la gorge et un autre au postérieur. En plus des œdèmes aux pieds. Son décès est survenu alors qu’il purgeait à l’âge de 71 ans, une peine de 40 ans de prison ferme à la prison centrale de Yaoundé depuis le 18 juillet 2008. Le tribunal de grande instance (Tgi) du Mfoundi l’avait déclaré coupable de détournement de deniers publics pour un montant de 3,5 milliards Fcfa perpétré en coaction avec Joseph Edou, ex-directeur général du Cfc, lui aussi incarcéré. Condamné, il s’était spontanément présenté chez le procureur de la République qui l’avait renvoyé chez lui. Mais, au moment où il s’y attendait le moins, André Booto à Ngon est finalement interpellé le 18 juillet 2008 chez lui à Bafia, devant les siens.

Dieudonné Angoula, ancien directeur des Télécommunications est mort le 17 décembre 2009 à l’hôpital central de Yaoundé après qu’il soit évacué de la prison centrale de Yaoundé quelques jours plus tôt, attaqué par un malaise cardiaque. Lui aussi était en prison depuis 1999 dans le cadre de l’affaire de détournements de deniers publics baptisée «Mouchipougate»

Selon un avocat. «La prison est une voie pour l’élimination des adversaires politiques. Ici au Cameroun, la façon dont les procédures judiciaires sont menées, ils peuvent vous mettre en prison sans aucune preuve, et pendant que vous y êtes, c’est alors qu’on va chercher la preuve pour vous inculper. Mais à l’avance il n’y a rien dans le dossier de l’accusation.»

Grève de la faim

Eyenga Abena Marie Catherine a été arrachée à la vie mercredi 19 mars 2014, suite à une maladie qui l’a continuellement affaiblie, depuis sa sortie de prison. L’ex-secrétaire d’Etat aux Enseignements secondaires, est arrêtée un matin du 08 janvier 2010, puis conduite à la prison de Kondengui. Pour n’avoir jamais compris les mobiles de son incarcération, le 15 janvier, soit une semaine après son arrestation, Catherine Abena avait entamé une grève de la faim, au point d’être amenée à passer l’essentiel de son séjour carcéral, sur le lit de malade à l’hôpital central de Yaoundé. Intégrée au gouvernement en juin 2009, elle a été arrêtée en janvier 2010, accusée de complicité de détournement et de coaction de détournements de fonds publics.

Après avoir purgé 3 ans de prison, le chanteur activiste Lapiro de Mbanga a rendu l’âme aux Etats-Unis, où il s’était exilé, remettant au goût du jour les conditions exécrables et inhumaines que le Cameroun offre dans ses prisons.

Droits de l’Homme

Le département d’Etat américain, dans son rapport sur les droits de l’homme de 2009 au Cameroun, faisait remarquer que «les prisonniers étaient gardés dans des prisons dilapidées, de l’époque coloniale, où le nombre de détenus était quatre à cinq fois plus élevé que la capacité initiale. L’encombrement est exacerbé par le nombre élevé de détentions avant le jugement».

L’ancien ministre délégué aux Finances, chargé du budget, Henri Engoulou est décédé jeudi 8 mai 2014 à l’hôpital central de Yaoundé où il venait d’être évacué d’urgence. Il était détenu à la prison centrale de Kondengui depuis janvier 2010. Un décès qui alourdit le nombre de détenus arrêtés dans le cadre de l’opération épervier qui trouvent la mort en prison, où les accusés croupissent sans avoir été jugés pour la plupart.

Me Michel Mékiage, conseil en propriété industrielle & mandataire agréé à l’Oapi, est récemment décédé alors qu’il était lui aussi détenu dans la même prison de Yaoundé. Il avait été interpellé et placé sous mandat de dépôt à la prison centrale de Yaoundé depuis le 16 avril 2012. Peu avant sa mort, il aurait ressenti un malaise dans la nuit précédant son décès mais le garde-prisonnier n’étant pas outillé a attendu que sa hiérarchie prenne le service dans la matinée pour l’évacuer à l’hôpital où il a rendu l’âme à peine l’entrée franchie.

On se rappelle aussi le décès du directeur de publication du Journal « Cameroun Express » Bibi Ngota, décédé en janvier 2009 dans les conditions troubles à la prison centrale de Yaoundé- Kondengui. Alors qu’on le disait malade, le journaliste était privé de soins. Le Comité pour la protection des journalistes (Cpj) avait tenu «les autorités camerounaises comme directement responsables du décès de M. Ngota, à qui on a refusé un traitement médical approprié pendant sa détention».

A qui le tour ? Tandis que l’Epervier relâche progressivement ses serres du fait des pressions internationales, la mort, elle, frappe sans rémission dans le tas. C’est l’histoire chaotique du Cameroun en marche…

Source : © Le Messager
Par Marlyse Sibatcheu

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