Cameroun – Presse: le quotidien Le Messager se retrouve avec deux directeurs de publication

Dans l’édition de jeudi dernier, 19 décembre 2013, les lecteurs du quotidien Le Messager ont appris que le nouveau directeur de publication s’appelle Fréderic Boungou, ancien rédacteur en chef. Une surprise pour plus d’un lecteur, car le précédent directeur de publication Jean Vincent Tchienehom avait été nommé en septembre 2013, par Amanda Njawe, fille du défunt Pius Njawe, fondateur du Messager. Jean Vincent Tchienehom n’avait pas encore effectivement pris fonction.

Pius Njawe
Pius Njawe

La nomination de Frédéric Boungou jeudi dernier a été annoncée dans un communiqué publié dans le journal par Michael Njawe Musima, présenté comme le « chef de la famille ». Celui-ci serait de connivence avec Jules Njawe, l’autre fils du fondateur qui conteste la précédente décision de sa sœur Amanda. Les deux enfants se disputent le contrôle et l’administration des biens de leur défunt père. Et l’affaire est pendante devant les tribunaux.

Cette nomination a immédiatement suscité l’ire de sa sœur qui a envoyé aux employés du journal une lettre contestant cette nomination. La lettre, non publiée dans le journal de ce matin, a également été publiée hier sur le réseau social Facebook. « J’ai constaté avec une stupéfaction immense la publication dans l’édition du Messager N°3887 du 19 décembre 2013 en page 3 d’un communiqué soi-disant de la grande famille Miaffeu et signé du ‘’’chef de la famille ‘’ Miaffeu Kwenkam, Michael Njawe Musima. Ledit communiqué nomme un directeur de publication du quotidien Le Messager dont le nom a immédiatement été porté à la première page du journal. Chers collaborateurs, je voudrais dire à tous qu’il s’agit là d’un acte de gangstérisme dont les conséquences de droit seront prises par la succession légale de feu Puis M. Njawe. Le Sieur Michael Njawe et tous ses affidés cités dans ce communiqué illégalement publié dans le quotidien Le Messager avec la complicité de certains membres du personnel, n’ont pas qualité à nommer un directeur de publication du quotidien Le Messager », écrit-elle.

Guerre de succession

Amanda Njawe rappelle que le 22 décembre 2011, la justice camerounaise saisie par les ayants droits légaux de la succession Puis Njawe, l’avait désignée comme administratrice des biens de la succession. Et que le 11 septembre 2013, après concertation avec les ayants droits légaux, elle avait désigné Messieurs Jean Vincent Tchienehom et Jean-François Denwo Channon, respectivement directeur de publication et directeur de publication adjoint du quotidien Le Messager.

Mais, dit-elle, certains employés, « manipulés par les forces centrifuges et des imposteurs invétérés », s’opposent avec violence, non seulement à la prise de fonction effective du directeur de la publication et de son adjoint, mais aussi à l’indication du nom du directeur de publication « régulièrement nommé par l’administratrice des biens » à la première page du journal comme le recommande la loi.

Sur les réseaux, Jules Njawe explique qu’ « en l’absence d’une co-administration des biens de la succession, seul le conseil de famille a le droit de prendre des mesures conservatoires pour que les entreprises continuent de tourner. (…) La jeunesse est au commande dorénavant et c’est la preuve que le Njawisme fait son chemin », écrit-il sur Facebook. Il précise être administrateur de toutes les structures de Puis Njawé.

Au sujet des querelles qui l’opposent à sa sœur, il répond : « Sachez que Jules Njawe ne se bat avec personne. Ce sont les gens qui se battent contre moi. Le Messager est toujours debout comme le disait le président fondateur. Il ne mourra pas tant que je serais vivant. »

Les DP déterminés

Les deux directeurs de publication nommés se considèrent chacun comme patron désigné du journal, semble-t-il. Contacté par l’agence Ecofin, Jean Vincent Tchienehom reste optimiste. «Je me considère comme DP désigné qui n’a pas encore pris ses fonctions. Je ne suis pas tout à fait en retrait. J’attends de voir ce qui va se passer. Amanda a fait valoir ses arguments auprès de la justice. Que va décider la justice ? Je n’en sais rien. Mais, je pense fort logiquement que la justice devrait lui donner raison. Car, ce n’est pas un oncle d’enfant majeur qui doit venir décider de leurs affaires. On n’a pas besoin de sortir de la faculté de Droit pour voir que c’est de l’ineptie », explique-t-il.

Visiblement, il se désole de la tournure des événements. «  J’aurais aimé être le DP consensuel de toute la famille (Njawe, ndlr). Maintenant, j’assiste en observateur à ces querelles entre les enfants de mon ami. J’attends que la justice dise qui a raison ou pas. Je reste intéressé par l’offre que m’a faite Amanda. Si j’ai le sentiment que la justice lui donne raison, eh bien, j’irais avec elle », dit-il.

Contacté par l’agence Ecofin, Frédéric Boungou, lui, n’a pas souhaité s’exprimer sur ce sujet. Plus encore, il se garde de commenter la lettre d’Amanda Njawe contestant sa nomination comme directeur de publication.

Amanda Njawe, elle, a décidé de la suspension du journal du 19 décembre au 06 janvier 2014. Le journal était néanmoins dans les kiosques ce jour, mais des journalistes du Messager qui ne souhaitent pas commenter les querelles familiales affirment que la parution va s’arrêter pour reprendre effectivement le 6 janvier.

La fille de Njawe demande aux employés de soutenir et de travailler avec Jean Vincent Tchienehom, issue de la seule nomination « légalement valable ».

Journal emblématique

Le journal Le Messager reste l’emblématique quotidien camerounais réputé pour ses prises de position critiques contre le régime en place à Yaoundé. Certains analystes et observateurs pensent que la querelle actuelle au sein de la famille Njawe est bien organisée et vise à faire perdre au journal son âme et sa ligne éditoriale. Car, soutiennent-ils, la proximité actuelle entre Jules Njawe et le directeur du cabinet civil de la Présidence de la République, Martin Belinga Eboutou, inquiète.

Sur Facebook, Jules Njawe s’en défend : « Depuis plus de trois ans, la ligne éditoriale du Messager n’a pas changé. Certains te diront qu’elle est même encore plus critique. Ceci grâce à une équipe. Celle qui vient d’être confirmée », répond-il à un internaute qui craint le changement de la ligne éditoriale du journal. Pour Jules, Frédéric Boungou devrait nommer un nouveau rédacteur en chef.

Le feuilleton est en tout cas loin d’être terminé. Les lecteurs attendent de voir si les problèmes dans la famille vont s’estomper en 2014 et qui sera le directeur de publication consensuel du Messager l’année prochaine.

Par Beaugas-Orain Djoyum – Agence Ecofin

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