Cameroun : Près de 280.000 tonnes de coton en attente de commercialisation – 01/04/2015

Abdou Namba, directeur général de la SODECOTON.
Abdou Namba, directeur général de la SODECOTON.

A quelques jours de la fin de la campagne 2014-2015 attendue comme de tradition à la mi-avril, le marché camerounais du coton est loin de faire ses comptes, une énorme quantité d’environ 150.000 tonnes, sur une production projetée en accroissement à 280.000 tonnes, restant encore non commercialisée, une situation inédite mal vécue dans la filière, rapporte-t-on.

Cinquième au classement des pays africains producteurs de coton dominé par le Burkina Faso, suivi du Mali, de la Côte d’Ivoire et du Bénin, le Cameroun pratique une politique commerciale qui incite par une offre de prix rémunérateurs ses planteurs à récolter leur produit dans les premiers mois de la saison des achats généralement ouverte au mois de novembre de chaque année.

Répartis dans environ 220.000 hectares cultivés dans les trois régions septentrionales du pays (Nord, Extrême-Nord et Adamaoua), ces paysans estimés à 250.000 sont placés sous les auspices d’un interlocuteur unique : la Société de développement du coton (SODECOTON), propriété de l’Etat ayant son siège à Garoua dans le Nord, où se trouve le principal bassin de production.

“Depuis toujours, la SODECOTON, pour avoir du bon coton fibres, demande aux paysans de récolter le coton avant le 31 décembre. La valeur du prix du coton est excellent jusqu’à cette date et elle chute après, parce qu’on suppose que le coton n’est plus de première qualité», a expliqué à Xinhua, Ousmane Oumaté, président de la Confédération nationale des producteurs de coton du Cameroun (CNPC-C).

“Pour cette raison, les paysans ont été habitués à récolter principalement le coton avant le 31 décembre et le vendre. Malheureusement pour cette campagne qui s’achève, ils l’ont fait, mais au moment où nous parlons, ils ont encore leur coton entre les mains», a ajouté celui, estimant à 150.000 tonnes la quantité de coton encore commercialisée, sur une production portée à 280. 000 tonnes.

Depuis le chiffre record de 360.000 tonnes de production réalisé en 2006-2007, le Cameroun n’avait plus atteint un tel niveau de performance. Secoué par la baisse des cours due à la crise économique de 2008-2009, il avait chuté à 110.000 tonnes au cours de cette période, avant de rebondir à 249.300 tonnes lors de la campagne 2013-2014 après une reprise progressive amorcée en 2010-2011.

Pour la présente campagne, l’objectif initial était de 265.000 tonnes de production annuelle. “Nous les producteurs, on a gagné le pari. On a dépassé les prévisions. Mais, c’est seulement la moitié de notre production qui a peut-être été vendue. Même les 10% ne sont pas payés. C’est la première fois que nous vivons une telle situation. C’est une catastrophe, les paysans risquent de rester avec leur coton jusqu’à l’année prochaine”, s’alarme le président de la CNPC-C.

En tant qu’unique centrale d’achat pour les producteurs, la SODECOTON exerce un monopole sur cette culture. Jugées préjudiciables pour une filière d’exportation prioritaire à l’instar du cacao, du café, de la banane ou encore du caoutchouc, les exportations frauduleuses, surtout vers le Nigeria voisin où les prix apparaissent plus attractifs, sont interdites.

De tous les grands pays producteurs de coton, le Cameroun est cependant présenté comme celui offrant les meilleurs prix aux producteurs. “On fixe les prix avant même de semer le coton, généralement au mois d’avril. Pour cette année, le prix normal est de 255 francs (CFA, 0,51 dollar) le kilo”, renseigne Ousmane Oumaté.

En accord avec les producteurs eux-mêmes, la SODECOTON a mis en place à la Banque des Etats de l’Afrique centrale (BEAC) un fonds de soutien à la filière, d’un montant de 12 milliards de francs CFA (20 millions de dollars). “C’est par rapport à ce fonds que le prix d’achat du coton a été augmenté cette année de 10 francs, pour s’établir à 265 francs le kilo”, précise en outre M. Oumaté.

Mais à cause de l’impasse observée dans la commercialisation de leur produit, le moral des producteurs est en berne, de sorte que des inquiétudes sont exprimées pour la poursuite des efforts de redynamisation du secteur sous-tendus par un objectif d’accroissement continu de la production. Pour la prochaine campagne 2015-2016, il est prévu 300.000 tonnes et le double à l’horizon 2020.

“Si le coton produit par les paysans n’est pas acheté par la SODECOTON, vous comprenez bien que la motivation n’y est plus. C’est à pareille heure que la SODECOTON commence à gérer ses estimations.Donc, si on demande aux paysans d’entrer dans la saison de 2016, il est évident que ce sera un peu difficile”, prévient Ousmane Oumaté.

Selon lui, “les paysans ont cette volonté de faire la culture du coton. C’est la seule culture qui leur donne de l’argent frais. C’est à la SODECOTON de voir comment les accompagner”.

Ces agriculteurs camerounais sont confrontés à un autre problème majeur d’ordre logistique qui se traduit par des difficultés de collecter le coton dans les champs pour le transporter vers les centres de commercialisation à cause du mauvais état des camions, auquel s’ajoute aussi l’enclavement des zones de production.

Plus préoccupant aussi, les aides à la production connaissent une cure d’austérité sans précédent : entre 300 et 350 millions de francs CFA (600 à 700.000 dollars), c’est un niveau insignifiant comparé aux dotations antérieures, de l’avis du président de la Confédération nationale des producteurs de coton du Cameroun.

“Les années antérieures, rappelle-t-il, la subvention s’élevait à 4 milliard. Elle a même été de 8 milliard au départ, après 2 milliards pendant un certain temps, ensuite 1 milliard et puis 9 millions.”

Depuis quatre ans environ, la filière apprend à se familiariser avec le coton OGM. “Il y a deux qualités qui sont mises en expérimentation. Il y a une qualité qui est bien fournie en graines, c’est-à-dire pour les huileries et les savonneries. Il y a une autre qualité qui est bonne pour la filature, qui est très riche en coton fibre, pais faible en graines”, informe M. Oumaté.

“Pour le paysan, puisque le coton est vendu en kilos, il est beaucoup plus à l’aise avec le coton expérimenté qui possède 9 ou 10 graines que le coton fibres qui possède généralement 4 ou 5 graines et qui pèse moins. Si la SODECOTON opte pour le coton fibre, il faut bien revoir le prix du kilo pour pouvoir rattraper le coton qui a plus de graines et qui pèse plus que le coton fibre “, suggère-t-il.

Source : © Agence de presse Xinhua