Cameroun – Pr. Manassé Aboya Endong : « Les transfuges sont intéressés par les gains politiques spécifiques »

Pr. Manassé Aboya Endong, Professeur de science politique à l’Université de Douala. | DR
Pr. Manassé Aboya Endong, Professeur de science politique à l’Université de Douala. | DR

Le Professeur de science politique à l’Université de Douala explique le phénomène de transfuges et de transumances de plus en plus répendus sur la scène politique camerounaise ces dernières années.

Comment comprendre la croissance du phénomène de la transhumance sur la scène politique camerounaise aujourd’hui ?

La croissance du phénomène de la transhumance sur la scène politique camerounaise va de pair avec la rareté manifeste des abris politiques confortables pour les militants exigeants ou insatisfaits. Par désenchantement ou par calculs politiciens, les militants sont ainsi tentés de quitter les formations politiques périphériques – ou d’importance relative – pour les formations aux abris politiques plus rassurants.

Auprès de ceux-ci, ils peuvent s’épanouir idéologiquement, tout en bénéficiant du confort psychologique d’appartenir à une organisation politique plus compétitive en matière électorale, en l’occurrence une organisation politique capable de conquérir ou de conserver le pouvoir. En clair, les militants sont de plus en plus tentés d’appartenir à une formation politique compétitive, voire plus visible, que de rester confinés dans le sillage des partis aux ambitions politiques à la baisse ou inexistantes.

Que recherchent ces transfuges politiques ?

Les transfuges sont intéressés par les gains politiques spécifiques. Ces gains peuvent être idéels, notamment pour les partis politiques qui entendent essentiellement s’assumer comme des forces de propositions. Ces gains peuvent être psychologiques, avec notamment le désir pour certains militants d’appartenir à un parti correspondant à leur positionnement idéologique. Mais ces gains peuvent également être recherchés dans les retombées politiques au projet alternatif mis en compétition et susceptible de l’emporter.

En effet, sous la bannière des partis politiques, les militants nourrissent naturellement des ambitions et aspirent à devenir conseillers municipaux, députés, sénateurs, Président de la République. Mieux, ils aspirent à appartenir à des formations politiques capables d’héberger leurs calculs politiques, voire à bénéficier des retombées conséquentes en cas de victoire.

Quels pourraient alors être les probables causes de changement de chapelle politique ?

De manière générale, l’annonce des résultats aux consultations électorales est un indicateur de la représentativité ou non des différents partis sur l’échiquier politique. A partir de ce tamis post-électoral, les faiblesses des différentes formations politiques sont traditionnellement mises en évidence, justifiant la décision de partir ou non pour certains militants vers d’autres chapelles politiques.

Par ailleurs, on peut également considérer le rapt politique comme un moyen de persuasion au changement de chapelle politique. Ce d’autant plus que les partis politiques s’exercent au quotidien à la séduction des potentiels adhérents.

Et les conséquences sur le jeu politique ? Comment les percevoir ?

Les conséquences sur le jeu politique sont perceptibles selon que le poids politique des transhumants est capable d’influencer ou non les choix politiques des électeurs. Dans tous les cas, il y a des transhumants figuratifs permettant au minimum la mise en scène de la déstabilisation des partis concurrents et les transhumants de capitalisation permettant le renforcement de la base des partis politiques bénéficiaires.

Comment éviter la transhumance dans un parti politique ?

La transhumance politique est très difficile à prévenir dans un environnement regorgeant près de 360 partis politiques d’inégale importance, à défaut d’être pour la plupart des contenants sans contenus. Pour l’éviter, il faut au minimum que le jeu politique soit consolidé au fil des consultations électorales, et dans le temps, autour des partis politiques bien structurés idéologiquement et reposant sur un autofinancement conséquent. D’ici là, la transhumance politique s’illustrera pendant longtemps encore comme un invité surprise dans le système partisan camerounais.

Source : © Cameroon Tribune

Propos recueillis par George MBELLA

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