Cameroun : pourquoi Boko Haram va intensifier ses attaques- 28/10/2014

Lieutenant-colonel Didier Badjeck, chef de la division de la communication au Ministère de la Défense du Cameroun.
Lieutenant-colonel Didier Badjeck, chef de la division de la communication au Ministère de la Défense du Cameroun.

Alors que la nébuleuse annonce un cessez-le-feu avec l’armée nigériane, les attaques s’intensifient en territoire camerounais. Les analystes s’accordent pour affirmer les choses ne vont pas s’arranger.

La récente information relative à la secte Boko Haram est donnée par un communiqué signé de la main du lieutenant-colonel Didier Badjeck par ailleurs, chef de la division de la communication au Ministère de la Défense du Cameroun. La substance de ce communiqué est la suivante : « dans l’après midi de vendredi 24 octobre, des membres de la secte Boko Haram lourdement armés ont effectués une incursion dans le village de Glawi, par Fotokol au cours de cette incursion, 4 refugiés nigérians ont été tués par les éléments de cette secte et un camerounais a été blessé, avant que les assaillants ne soient repoussés par nos forces de défense, tuant 12 membres de la nébuleuse…au même moment, deux importantes colonnes des membres de Boko Haram, lourdement armées et équipées entre autres de véhicules, se sont infiltrés sur deux point de notre frontière en direction d’Amchidé et Kolofata. Ces colonnes ont été immédiatement interceptées et neutralisées par nos forces de défense ». Cette double attaque qui fait suite à bien d’autres dans un intervalle réduit (moins d’un mois),  traduit la volonté de la secte de s’installer durablement au Cameroun.

Pourquoi les Combats s’intensifient

C’est un secret de polichinelle, certaines zones camerounaises frontalières au Nigéria ont longtemps servi de base arrière à la secte islamiste. Au plus fort des combats avec l’armée Nigériane de nombreux combattants de Boko Haram ont trouvé refuge au Cameroun. L’approvisionnement logistique de la secte transitait également par le Cameroun. L’entrée en guerre du pays de Paul Biya, avec un contrôle plus stricte au niveau des frontières, et la présence permanente de l’armée dans la région de l’Extrême-Nord,  est venue rompre les pratiques et les habitudes de la secte. Celle-ci s’est vite trouvée en difficulté et a été obligée dans un premier temps de durcir le ton face à l’armée Nigériane. C’est ainsi que la débandade de certaines unités de l’armée nigériane a laissée le champ libre à la secte qui en a profité pour se ravitailler dans les stocks de l’armée. Dans les villes occupées, les combattants de la secte récupèrent l’arsenal laissé par les soldats dans leur fuite. C’est l’explication des colonnes de militaires nigérians refugiés au Cameroun puis escortés au Nigéria par l’armée camerounaise. La recherche de ravitaillement en armes et munitions a justifié les premières attaques de Boko Haram au Cameroun. Ces attaques ont essentiellement visé des postes de gendarmerie et des postes de police. Plus tard la prise d’otages est devenue pour la secte islamique une source de financement non négligeable.

Le Rôle trouble du Tchad et du Nigéria

L’armée Nigériane est l’une des mieux équipées du continent africain. Certes elle fait face à des problèmes internes et la lutte contre Boka Haram est asymétrique, mais ces problèmes peuvent’ils justifier le fait que toute une ville, notamment Ngambarou Ngala soit abandonnée entre les mains de Boko Haram ? l’Etat Major nigérian a récemment annoncé la signature d’un cessez-le-feu avec la secte. Une annonce qui intervient dans un contexte de campagne électorale au Nigéria. Les négociations pour aboutir à ce cessez-le-feu se sont déroulées au Tchad avec à la baguette le Président Idris Déby Itno. Certaines sources soutiennent que l’une des résolutions de cette rencontre, en guise bonne volonté, est la récente libération des otages chinois et camerounais détenus par la secte. Au Nigéria on annonce la libération des lycéennes de Chibok. Logiquement si le Tchad et le Nigéria font les yeux doux à la secte, il ne reste que le Cameroun comme ennemi déclaré. En plus l’installation de la secte dans la localité nigériane Ngambarou Ngala tout juste à quelque kilomètre des villages camerounais de Fotokol et de Glawi lui donne la possibilité de faire des incursions en territoire camerounais et de se replier sans aucune crainte. Les combattants de Boko Haram font montre depuis un certain temps d’une audace sans pareil. Le quotidien le Messager nous révèle dans l’une de ces récentes éditions que « Parti apporter, le 23 octobre 2014, son message de réconfort aux soldats de l’opération ‘’Alpha’’,  le chef d’Etat-major des armées a dû battre en retraite du côté de Kousséri. ‘’Tout s’est passé comme si la visite du général est venue exciter Boko Haram à pilonner davantage l’armée camerounaise. Ils continuent de lancer des roquettes sur les positions camerounaises à Fotokol’’, l’avion militaire transportant notamment le chef d’Etat-major des armées a atterri dans la zone aux environ de 15h. Au regard de la fureur des combats, la visite (prévue) des postes de l’armée le long de la frontière entre Fotokol et Ngambarou Ngala n’a pas eu lieu. L’avion du général a précipitamment redécollé pour Kousséri ». Au regard de tous ces faits, il y a lieu de craindre que le Cameroun soit devenu une cible prioritaire pour la secte Boko Haram.

© CamerPost – Hakim ABDELKADER

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