Cameroun – Port négrier de Bimbia : l’histoire en restauration

Des touristes au Port négrier de Bimbia | DR
Des visiteurs au Port négrier de Bimbia | DR

L’ancien port négrier est un peu plus sorti de l’oubli par le biais du programme « Les Circuits de la mémoire ».

Bimbia. Un coin perdu (comme tant d’autres) quelque part sur la façade Atlantique du Cameroun, dans le Sud-ouest du pays. Il y a encore dix ans, cette description aurait sans nul doute été fort à propos pour évoquer ce que des Camerounais et le monde ont découvert comme un port négrier, une route du non-retour au même titre que des destinations plus célèbres comme Ouidah au Bénin, Cape Coast au Ghana et bien entendu l’incontournable Gorée au Sénégal.

Mais aujourd’hui, Bimbia, désormais classé au patrimoine historique national, c’est plutôt le passé qui se réveille et demande à être entendu. Et il l’est de plus en plus. Ainsi, le 26 mars 2016, plus d’une centaine de jeunes gens, élèves, étudiants, travailleurs, sont allés marcher sur les traces de leur histoire, traversant le miroir du temps et refaisant le chemin du désespoir de leurs ancêtres, qui laissaient derrière eux leur patrie, leur famille, leur liberté. Une forte caravane conduite par la fondation Yes Africa, dans le cadre de son programme « Les Circuits de la mémoire ». Après « Remember Um Nyobe » en septembre dernier, qui avait replongé les participants dans le destin tragique et particulier du héros nationaliste, « Remember Bimbia » marquait donc la deuxième étape de ce parcours du souvenir.

Pour parvenir à cette localité située dans la commune de Limbe III, vaut mieux avoir le cœur bien accroché. Ne dit-on pas qu’il est étroit et tortueux, le chemin qui mène au paradis ? Celui qui mène à Bimbia est en plus perché tout en haut d’une falaise. C’est périlleux, mais on trouve encore le courage de blaguer quand la voiture se retrouve dangereusement penchée du côté du précipice : « Mettons tout notre poids du côté opposé pour rééquilibrer la voiture », lance quelqu’un entre les éclats de rire. » On grimpera, et puis on redescendra, longeant l’interminable barrière construite par les pouvoirs publics pour sécuriser le site et ses vestiges. Pour enfin arriver à l’entrée où l’on peut lire sur une plaque : « bienvenue à Bimbia site historique de la traite des esclaves ».

Et on empruntera donc la route du souvenir. Les feuilles mortes aujourd’hui ont certainement effacé les traces de nos ancêtres, comme le temps a lui effacé les larmes et les souffrances. A la place, ce sont des visiteurs pleins de bonne humeur, qui disent être prêts à embarquer pour les Etats-Unis. Sur place, au milieu des vestiges, on aura droit grâce à la municipalité de Limbe III, à un reenactment de cette traite transatlantique, à l’époque de King William, quand Bimbia était encore un empire qui englobait même la ville de Limbé. Les guides atypiques du site vont donc se glisser dans des peaux d’antan, pour jouer qui un souverain cruel qui échangeait 10 individus contre une bouteille de whisky, qui un être humain devenu bétail. Bétail car on va découvrir une mangeoire, comme à l’étable où se nourrissaient les esclaves enchainés.

Cet endroit et plusieurs autres (la prison, la raffinerie, le poste de vigie, etc.) seront montrés aux touristes du jour par le Dr Lisa Aubrey, chercheuse afro-américaine aux origines camerounaises qui est arrivée à Bimbia grâce au projet de reconnection des Ark Jammers, entrée en transe lors d’une cérémonie au bord de l’eau et désormais fille de Bimbia. Elle réside aujourd’hui dans la capitale économique camerounaise, où elle est enseignante à l’université de Yaoundé I. Son sujet de prédilection : Bimbia bien entendu et le souci de replacer la localité au cœur de la traite négrière, car Bimbia aurait été une plaque tournante de ce commerce avec pas moins de 200 navires répertoriés, qui auraient quitté les côtes camerounaises. Et surtout, au milieu de ses explications, elle sera plus qu’heureuse de voir une aussi forte délégation sur ce lieu historique. Elle n’en a jamais vu autant, dira-t-elle. L’histoire est en marche.

Source : © Cameroon Tribune

Par Rita DIBA

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