Cameroun – Polycarpe Abah Abah: « Je suis comme un cheveux dans la soupe» – 29/05/2014

L’ex ministre de l’Economie et des finances a souligné lundi dernier, au cours d’une audience de l’affaire Lydienne Eyoum dans laquelle il est impliqué, avoir suivi, de loin, les faits qui lui sont reprochés.

Abah Abah Polycarpe, ex ministre de l’Economie et des finances.
Abah Abah Polycarpe, ex ministre de l’Economie et des finances.

Le 26 mai dernier, l’on a assisté à une autre audience particulière au tribunal criminel spécial (Tcs), s’agissant de l’affaire Lydienne Eyoum, avocat au Barreau du Cameroun, accusée d’avoir trop perçu dans les caisses de l’Etat, en termes d’honoraires. Coaccusés de détournement des derniers publics en coaction, Henri Engoulou, anciennement ministre délégué au budget ; Polycarpe Abah Abah, l’ex-ministre de l’Economie et des finances et Me Baleng Maah, huissier de justice ont été également convoqués devant la barre. Le ministère public a constaté l’absence des témoins cités devant la barre par Me Lydienne Eyoum Yen. Une absence qui a frustré l’avocate qui ne comprend pas que le tribunal ne fasse rien pour obliger ces témoins précieux à une comparution légale ; d’autant qu’on les a vus défiler à l’audience lorsque convoqués au tribunal comme des témoins à charge ; mais qui une fois cités comme des témoins de la défense, ils se débinent et répondent aux abonnés absents.

En l’absence du ministre Henri Engoulou qui ne pouvait plus répondre devant la barre, ni même se prêter à la justice des hommes car au même moment, se tenait, à la morgue de l’hôpital gynéco-obstétrique, sa levée de corps et le commencement du rituel marquant son dernier voyage, l’ex-Minefi Polycarpe Abah Abah a, dans la phase de l’examination in chief, indiqué son éloignement du dossier. Au cours de sa déposition, il affirme qu’il ne savait rien du dossier qu’on lui a soumis, alors qu’il allait à l’Assemblée nationale, défendre la loi des finances. Porté au prestigieux poste de ministre de l’Economie et des finances. Après l’élection présidentielle d’octobre 2004, Polycarpe Abah Abah, affirme s’être retrouvé dans le dossier, tel un cheveu dans la soupe.

Accablement

Dans un premier pourvoir spécial qu’il adresse à la Beac, à l’effet d’autoriser Me Lydienne Eyoum Yen de recouvrer les sommes dues, l’institution monétaire et financière (Beac) émet des réserves, dit-il. Elle recommande un nouveau pourvoir spécial et en propose les indications sur le plan rédactionnel. Dans le nouveau pourvoir spécial, les pouvoirs de l’avocate sont très étendus ; il ne s’agit plus pour elle seulement de recouvrer, mais elle est également habilitée à recevoir les sommes dues et à mener toute formes de diligences. Bénéficiant des facilités à recouvrer et recevoir les 2,155 milliards Fcfa, Me Lydienne Eyoum Yen qui avait toutes les cartes en main, avait choisi non pas comme le lui avait demandé Polycarpe Abah Abah, de virer l’argent dans les caisses du trésor public ; ou dans le compte de l’Etat, mais elle opte pour le choix de faire transiter les dividendes dans son propre compte.

Par ailleurs, après avoir sollicité une remise en cause qui lui sera refusée, Me Baleng Maah, huissier de justice convoqué devant la barre, avoue avoir exécuté les décisions de justice, en faisant saisir les fonds de la Sgbc logés à la Beac. A le croire, il a été perdant dans cette affaire ; d’autant plus qu’il détenait l’ordre de recettes de 170 millions qui n’ont pas été payés. Des auditions du 26 mai dernier, il appert que ni l’Etat, ni la Sgbc, personne n’a rien perdu dans cette affaire. Il y a eu comme le souligne le Sg du Minjustice, un arrangement amiable dans cette affaire et que l’arrêt de la Cour d’appel du Littoral donne acte aux deux parties de leur transaction.

Source : © Le Messager

Par Souley ONOHIOLO

 

Abus: Le rôle trouble d’Amadou Ali

Deux mois après la mise aux arrêts le 30 mars 2008, de Polycarpe Abah Abah, Amadou Ali présidait une réunion au sujet de l’affaire Etat du Cameroun et Ex-Oncpb contre la Sgbc (saisie attribution de de 2,155 milliards de fcfa).

Ont assisté à la fameuse réunion, Essimi Menye, ministre des finances, Georges Gwanmessia, Sg du Minjustice, Juliette Essomba, Ig des services judicaires, Solange Ngono, chef de la cellule du contentieux à la divisions des affaires juridiques au ministère des finances ; Jean Paul Kouam Tekam, directeur des affaires répressives et du Sceau (Minjustice), Nsoga Emile Zéphirin, directeur des affaires pénales et des grâces, Schlick Gilbert, chef de la cellule du suivi au secrétariat général (Minjustice), aujourd’hui, président du Tgi du Mfoundi.

Du compte rendu produit au Tcs, par Solange Ngono, chef de la cellule du contentieux à la division des affaires juridiques au ministère des finances, il appert que les parties prenantes, ont agi dans le sens de la protection des intérêts de l’Etat, dans les procédures judiciaires. En dépit des débats contradictoires et surtout de l’intervention du ministre Essimi Menye qui a demandé de s’appuyer sur la chronologie des évènements. « La décision du chef de l’Etat de rétrocéder les sommes à la Sgbc, intervient longtemps après les opérations de saisie et il pense qu’il y a un problème de chronologie. Il constate qu’entre le ministre Akame Mfoumou et le ministre qui ordonne le recouvrement, il y a un autre ministre. La saisie attribution s’est faite sous le ministre Meva’a M’Eboutou le 15 juillet 2004 et qu’au cours de cette période les procédures judiciaires ont continué » lit-on dans le compte rendu. Solange Ngono, avoue aussi, que le titre de créance était déjà à plus de 5 milliards en 2000. La banque ayant payé 3,6 milliards, Me Eyoum a procédé au recouvrement du reliquat, soit 2,155.971.808,27 fcfa. Mutisme total sur le refus de l’Etat du Cameroun, à clarifier et à statuer sur les honoraires de l’avocate.

En lisant entre les lignes de la réunion que préside le vice premier ministre, ministre de la justice et Garde des Sceaux dans son cabinet le 30 mai 2008, les proches d’Abah Abah estiment qu’il s’est agi d’une manœuvre bien orchestrée, à l’effet d’envoyer certaines têtes à la guillotine. La preuve ? « Le Garde des Sceaux a rappelé que les procédures judiciaires ont donné lieu aux décisions de justice contestées par la Sgbc et que cela a fait l’objet de l’arbitrage de la hiérarchie ; qu’une enquête a été ouverte à cet effet, et qu’il détient les résultats de cette enquête » lit-on dans le rapport du chef de la cellule du contentieux à la divisions des affaires juridiques au ministère des finances.

Sans toutefois présenter lesdits résultats, au lieu d’attendre la justice faire son travail, Amadou Ali aura alors indiqué de façon à peine voilée, l’option prise par sa hiérarchie. « Le Garde des Sceaux a rappelé qu’il a reçu des instructions de la hiérarchie d’agir dans le cadre de la lutte contre la corruption. Il précise en outre que des réunions ont eu lieu dans les services du premier ministre et à la présidence de la République et qu’en principe l’affaire est terminée ; qu’il a instruit le procureur général de Douala de sommer Me Eyoum de restituer la somme qu’elle détenait indument (1 milliard) » lit-on. Le Sg du Minjustice enfonce à son tour le clou en relevant que l’arrêt de 2008 est la conséquence logique de l’arrêt de 2001. Que c’est le ministre de la justice qui a donné des instructions dans ce sens pour que cet arrêt soit rendu tel qu’il l’a été.

S. O.