Cameroun – Pollution : Du poisson en baisse de production à Youpwe

Retour de pêche | Illustration/DR
Retour de pêche | Illustration/DR

Pêcheurs, piroguiers, sableurs, transporteurs et commerçants peinent désormais à joindre les deux bouts. La Nouvelle Expression est allée à leur rencontre ce mercredi 16 décembre 2015.

Situé à l’interface entre la mer et la terre, livré à la convoitise foncière, Youpwe, jadis une forêt de mangroves abritant une multitude de crustacés, de poissons, d’oiseaux et de mammifères, a, aujourd’hui perdu de sa valeur. Ce bout de terrain de l’estuaire du Wouri réputé pour sa pêche, est de nos jours la cible de nombreux navires qui y déversent des eaux usées et des huiles. Polluant ainsi la mer. Un phénomène devenu récurrent au point d’impacter sur la production du poisson. Un reportage effectué ce mercredi 16 décembre 2015 en dit long sur les misères des pêcheurs, commerçants, acteurs du transport fluvial, etc. « La pêche se porte très mal. Le célèbre marché de poissons n’est plus le même. Ce fait cause d’énormes désagréments sur tous les autres secteurs d’activités. Il est dorénavant difficile de nourrir nos familles. La pêche est hypothéquée à cause de la pollution. Rien n’est fait au niveau du gouvernement en général et du Ministère de l’élevage, des pêches et des industries animales (Minepia) », déplorent les usagers rencontrés sur les lieux.

L’usage à tort des produits phytosanitaires, l’absence du contrôle des navires, la recherche pétrolière effectuée voilà deux années à Manoka (avec en prime l’explosion des dynamites dans la mer) sont des arguments avancés par les acteurs du secteur informel à Youpwe, ayant causé la pollution fortement décriée. « Or, cette recherche scientifique devrait être faite sous le contrôle des spécialistes camerounais. Des câbles avaient été mis dans l’eau. Des dynamites explosées ont détruit la faune. Par conséquent, non seulement le poisson est en baisse de production mais ceux qui sont vendus sont impropres et propices à provoquer l’intoxication alimentaire chez les consommateurs. C’est grave », soulignent les membres du Syndicat des transporteurs maritimes et artisanaux de Douala VI (Syntramaar).

Haro sur la mauvaise pêche

Autre problème relevé concerne la mauvaise pêche qui a fait son lit à Youpwe. Nous apprenons ainsi que « l’inexistence de contrôle concernant la lutte contre cette forme de pêche, l’usage abusif des filets qui maillent, la destruction des alevins (jeunes poissons destinés au peuplement des rivières et des étangs, à l’aquaculture) contribuent malheureusement à l’essor de la mauvaise pêche et à la destruction de la faune et la flore maritimes », indique les pêcheurs qui ne savent plus à quel Saint se vouer. « …Environ 40% des pêcheries proviennent de la pêche à l’explosif », soutiennent les interlocuteurs.

Les Chinois sur la sellette

Selon le Syndicat des transporteurs maritimes et artisanaux de Douala VI, les Chinois ont une part de responsabilité dans la destruction de la faune et la flore maritimes : « Dans la mesure où bien qu’interdite ici à Youpwé, la vente des « pèpès » ou petits bossus prospère au Port autonome grâce aux Chinois. Ils commercialisent ainsi ce produit au vu et au su de l’administration complice… »

Le Minepia au banc des accusés

Aux dires des pêcheurs de Youpwe, si la pollution menace fortement la pêche, c’est aussi parce que le Ministère de l’Elevage, des Pêches et des Industries animales ne remplit véritablement pas ses missions régaliennes : « Tout cela à cause de la corruption. En principe, il devrait avoir des descentes régulières sur le terrain et des sanctions… » Et pourtant le Minepia est chargé entre autres : de l’élaboration, de la mise en œuvre et de l’évaluation de la politique de l’Etat en matière d’élevage, de pêches et du développement harmonieux des industries animales. Dans le cadre de ses attributions, il est chargé, en liaison avec les autres départements ministériels intéressés : de l’application de toutes mesures visant à la conservation, au développement et à l’exploitation des animaux domestiques et de leurs produits ; de la salubrité des denrées alimentaires d’origine animales ; de la formation et de l’encadrement technique en matière d’élevage ; de la formation des pêcheurs, de la protection des ressources maritimes et fluviales, de l’amélioration de la production et du contrôle Sanitaire et statistique en matière de pêche maritime, fluviale et piscicole ; des études et recherches en vue du renouvellement des ressources halieutiques et piscicoles en liaison avec le ministère chargé de la recherche scientifique. Il assure la tutelle de la Société de Développement et d’exploitation des Productions Animales, de la Mission de Développement de la Pêche, Maritime Artisanale et du Laboratoire National Vétérinaire.

Source : © La Nouvelle Expression

Par Linda Mbiapa, stg

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