Cameroun : Polémiques autour du drame d’Eséka

Polémiques autour du drame d’Eséka | Ph. Facebook
Polémiques autour du drame d’Eséka | Ph. Facebook

Entre complot terroriste et problèmes techniques, les spéculations vont dans tous les sens sur les causes réelles de l’accident, le nombre de personnes à bord du train accidenté et de morts. Les avis sont également partagés sur la communication de certains acteurs.

Sur la communication du ministre des Transports
Dans le journal parlé de 13h sur la Crtv, vendredi Edgar Alain Mebe Ngo’o dément l’information selon laquelle, un déraillement s’est produit ce jour-là, avec à l’appui des photos du déraillement de 2009. Mais par une coïncidence fortuite et malheureuse de circonstances, aux environs de 13 heures, le train 152 a effectivement déraillé à Eséka. Les photos du vrai déraillement circulent alors sur la toile, donnant l’impression que le ministre a voulu dissimuler l’information. Par ailleurs, le ministre est pris au piège sur les mesures prises pour décanter l’afflux de passagers causé par l’effondrement d’une buse aux environs de Matomb provoquant une rupture de la circulation routière entre les deux métropoles du pays. Dans un premier temps, Edgar Alain Mebe Ngo’o dit avoir prescrit à la Camrail, compte tenu de la gravité de la situation de mettre en œuvre des mesures spéciales additionnelles pour accroître la capacité de ce train. Le ministre a laissé entendre que suite à ses instructions, Camrail a équipé le train de 8 voitures supplémentaires, soit une capacité additionnelle de 680 places. Sauf que le même Mebe Ngo’o revient après le drame dire que c’est Camrail qui a pris cette décision en interne et compte tenu de leurs contraintes.

Sur les causes de l’accident
L’enquête prescrite par le chef de l’Etat n’a pas encore livré son verdict. Mais certains ont déjà trouvé les explications à ce qui s’est passé « en réalité » ce vendredi. L’on évoque notamment des wagons surchargés et le système de freinage en mauvais état. Le train de Ngaoundéré s’est fait raccorder à celui de Yaoundé de 8 wagons en plus des 8 prévus, compte tenu de l’affluence, avance un tweetos qui dit tenir l’information de source sûre. Il poursuit : le conducteur du train a souhaité avoir une autorisation spéciale, « car d’après lui, les wagons chinois ajoutés ne freinaient pas, et ceci était connu de tous les agents de la Camrail, puisque cela avait provoqué le licenciement de certains employés qui avaient contesté cet achat ».

Par la suite, il affirme que les sabots de freins n’existant pas  sur les wagons chinois, les 8 autres wagons servaient de sabots, sauf qu’à la descente de la colline après Makak, le train a augmenté de vitesse et a laissé les quatre wagons chinois derrière lui. Des hypothèses sur les fautes techniques à exclure, selon Hamadou Sali, le PCA de Camrail, qui demande d’attendre les résultats de l’enquête instruite par les autorités. Les raisons mystiques ne  sont pas à exclure, selon certains. L’Association pour la défense des intérêts socio-économiques du Nyong et Kellé (Adisnyk) vient d’adresser une lettre ouverte dans laquelle, elle déplore un malheur qui vient en rajouter aux « traumatismes mémoriels provoqués par la colonisation et le travail forcé pour la construction du chemin de fer dont le peuple du Nyong et Kellé souffre encore ». L’Adisnyk demande à Camrail de réhabiliter les zones endommagées de la gare centenaire et vestige d’Eséka aux fins de conservation intacte de ce patrimoine et de réaliser dans la ville d’Eséka sinistrée et dans l’ensemble des villages qui longent le chemin de fer, des actions sociales d’envergure afin d’atténuer le préjudice moral causé et de consolider sa qualité d’entreprise citoyenne.

Dans la même veine, Jean Blaise Gwet, leader d’un parti politique de l’opposition et originaire de ce département avance l’hypothèse selon laquelle, les ancêtres Bassas peuvent à travers des signes, manifester leur colère et le droit de revendiquer par des signes, le pouvoir. Car selon ce dernier, d’après les accords et prémonitions historiques et ancestrales, le troisième président de la République du Cameroun doit être un Bassa. Il n’exclut pas par ailleurs l’hypothèse d’un complot contre la nation, au regard du contexte d’agression et d’insécurité que traverse la nation.

Sur le nombre de places

Le concessionnaire du chemin de fer précise que le train 152 est parti de Yaoundé avec plus de 1402 passagers. Sur les 16 wagons que contenait ce train, 11 ont déraillé. Alors que certains parlent de 20 wagons au total, soit un nombre supérieur à la capacité requise de la locomotive. Pour 656 places assises, la compagnie a embarqué 1306 passagers environ dont quelques-uns seulement étaient enregistrés. D’aucuns évoquent des wagons transportant même 200 personnes.

Sur le nombre de morts
Le nombre de morts ne fait pas non plus l’unanimité. Le même poste avance que le nombre de morts est de plus de 300, en attendant que la grue vienne soulever les wagons. Certains évoquent plus de 100 morts et une centaine de blessés. L’opérateur du chemin de fer à travers son PCA parle de 70 morts et environ 600 blessés. Alors que du côté du gouvernement, le chiffre est évolutif. Selon le ministre de la Santé publique, André Mama Fouda dans le Cameroon tribune d’hier, le bilan officiel provisoire fait état de 75 morts et près de 600 blessés. Au soir de vendredi, l’on était rendu à 55 décès et 14 corps coincés.

Sur le couple présidentiel
Le couple présidentiel de retour deux jours après la catastrophe n’est pas à l’abri des polémiques. Certains s’interrogent sur les raisons de son absence prolongée hors du pays. En évoquant le retour du chef de l’Etat dimanche dernier, un internaute poste : « Le président Biya sera en visite au Cameroun ce dimanche et s’adressera à la nation », comme pour souligner son absence au moment où la tragédie s’était produite. La couleur de la tenue de la première dame … certains estiment qu’elle devait s’habiller en noir, synonyme de deuil. Alors que pour d’autres, la douleur est interne et non externe.

Source : © LE QUOTIDIEN DE L’ECONOMIE

Par Ruben Tchounyabe

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