Cameroun : Plus de 700 personnes sont otages de Boko Haram – 06/07/2015

Abubakar Shekau, le leader de Boko Haram. Capture d'écran de la vidéo publiée par Boko Haram le 17 février 2015 | © AFP PHOTO/BOKO HARAM
Abubakar Shekau, le leader de Boko Haram. Capture d’écran de la vidéo publiée par Boko Haram le 17 février 2015 | © AFP PHOTO/BOKO HARAM

Hommes, femmes et enfants parmi les captifs de la secte islamiste.

La lutte contre Boko Haram est bien loin d’être achevée. Si les efforts menés jusqu’ici par les différentes armées engagées dans les combats portent des fruits, il reste que le groupe islamiste fait de la résistance dans son bastion historique de l’Etat de Borno, adossé au lac Tchad et à la région de l’Extrême-Nord. C’est là, et principalement dans les alentours de la forêt de Sambissa que l’armée nigériane a lancé début mai, une offensive qui a permis de libérer plus d’un demi-millier d’otages. Certains y étaient detenus depuis plus de 48 mois.

Le monde découvrait alors, effaré, la capacité du groupe à tenir en respect des milliers de personnes, femmes et enfants notamment. Traumatisés et souffrant de sous-nutrition pour certains, les ex-otages ont été confiés à l’Agence nationale de gestion des urgences (Nema) pour un soutien post-traumatique et une réinsertion sociale. A ce stade, les autorités nigérianes ne sont pas pour l’heure, en mesure de préciser si, parmi les captives libérées, il n’y a pas des ressortissants d’autres pays.

Il reste cependant, de l’avis même des autorités nigérianes, encore de nombreuses personnes détenues par la secte. Parmi celles-ci, pas moins de 700 Camerounais selon diverses sources. Ils  avaient été pris lors des différents raids de Boko Haram. «Les éléments islamistes ont pris  l’habitude de prendre comme butin des femmes, et tuaient systématiquement leurs maris», témoigne un habitant du village Biribai dans l’arrondissement de Waza, où quatre femmes avaient été enlevées fin décembre 2014. «On ne sait toujours pas si elles sont encore vivantes», ajoute-t-il.

Comme dans le cas de l’attaque du village Biribai, les prises d’otages de civils camerounais bénéficient rarement d’une publicité dans les médias. Resultat, femmes, hommes et enfants sont captifs sur le sol nigérian, dans l’anonymat total et dans la plus plus grande indifference des autorités. L’armée, elle, se contente du strict minimum. «Dès qu’une incursion est signalée, nous mettons sur pieds un mécanisme qui permet de détruire l’ennemi, en prenant évidemment le soin de ne pas blesser les otages. C’est ce que nous avons fait le 18 janvier 2015 à Mabass où 24 otages avaient été libérés avant qu’ils n’aient foulé le sol nigérian», confie toutefois un officier sur zone.

Beaucoup se demandent comment les frappes de l’armée parviennent à faire le tri entre les membres de la secte et les otages ? Assez souvent, les otages n’ont que leur courage pour tenter de recouvrer la liberté. Dans la nuit du 19 au 20 février 2015 par exemple, 5 femmes et 20 enfants ont réussi à échapper aux combattants de Boko Haram. Retenus otages dans la bourgade nigériane de Koumché à 40 km environ de Waza, ils avaient été enlevés dans la journée du 30 janvier 2015 dans le village camerounais de Gnam-Gnam situé à trois kilomètres de Waza. Hepsata Malloum, Goubdo Ibet, Helimata Ndjidda, Abissoya Tom, Hewa Ndjidda et les 20 autres otages s’étaient échappés en perforant le mur de la maison dans laquelle ils étaient faits prisonniers.

De leur séjour à Koumché, les otages se souviennent de la vie quotidienne. «Nos ravisseurs nous donnaient à manger, mais par la suite, ils s’interrogeaient devant nous à haute voix sur ce qu’ils allaient faire de nous, s’ils allaient continuer à nous nourrir indéfiniment ?», indique une des otages. D’autres encore parlent de sévices sexuels dont elles étaient l’objet. «Ils se servent de nous pour assouvir leurs besoins. Certaines d’entre nous étaient chanceuses, parce qu’elles étaient enceinte ou allaitaient encore leur nourrisson», témoigne une otage libérée le 29 mars 2015 après un assaut de l’armée à Kohom, à 30 km de Mozogo. En outre, celles-ci servaient aussi à effectuer des tâches ménagères. Les enfants, eux, subissent d’un autre sort. Avant d’être utilisés comme chair à canon, ils sont d’abord endoctrinés dans des écoles coraniques. C’est de l’une de ces Madrassa que se sont échappés, en août 2014, 11 jeunes gens âgés de 10 à 17 ans. Lesquels avaient été pris en otage en même temps que la famille d’Amadou Ali, le 27 juillet de la même année. Sauf que, eux, n’avaient pas beneficié de la même attention.

Source : © L’Oeil du Sahel

Par YVONNE SALAMATOU

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