Cameroun – Plan directeur d’urbanisme : Douala dit STOP au désordre urbain

La CUD a présenté le Plan directeur d’urbanisme (Pdu) | Illustration/DR
La CUD a présenté le Plan directeur d’urbanisme (Pdu) | Illustration/DR

Maisons empilées, dessertes disparues, drains occupés, points de vente n’importe où, sont quelques-uns des défis à relever par le Pos.

Douala, jungle urbaine. Une métaphore qui n’a jamais été aussi à propos qu’aujourd’hui. Des individus venus de tous bords ou nés là. Qui crient leur droit à la terre ou revendiquent les étendues héritées des ancêtres de leurs ancêtres. Des citadins tous transformés en chasseurs… à la parcelle, à l’espace. Pour se mettre à l’abri des intempéries ou exercer un petit commerce. N’importe où, n’importe comment. Et aux quatre coins de la ville, aucun quartier n’est épargné par cette chasse tous azimuts. Bonapriso, Akwa, Village, Deido, Bonaberi, Logpom, et même Bonanjo, pour ne citer que ceux-là.

C’est donc dans cette capitale économique, à l’architecture désuète de la fin des années 50 et disparue sous la pression démographique, que la Communauté urbaine de Douala a présenté récemment le Plan directeur d’urbanisme (Pdu) et les nouveaux Plans d’occupation des sols (Pos) des cinq communes continentales du Wouri et de la municipalité insulaire de Manoka. Le Pos donc, ce document de planification urbaine fixant les règles de construction et d’affectation des sols, qui dessine le futur visage de la ville de Douala, sera désormais la boussole de l’attribution ou non d’un permis de bâtir. Boussole aussi pour le réaménagement des zones anarchiques. Et pour avoir une idée de la tâche qui attend le Pos dans son déploiement, petit tour d’horizon du désordre à Douala.

Différence de niveaux…

Boum !!! Alors que Pierre T. et sa petite famille regardent tranquillement la télé un vendredi soir, un bruit fait sursauter la maisonnée. Quelque chose vient de tomber sur le toit. Sûrement balancé quelque part depuis le haut de l’immeuble voisin. Après cinq années passées dans cette habitation au quartier Bonapriso, la famille a fini par s’y habituer. Surtout que, quand ce n’est pas un objet qui tombe, ce sont des techniciens qui marchent sur les tôles. Bien entendu, sans prévenir les résidents. En plus de cela, Pierre T. et Cie ont fini par s’accommoder de la faible luminosité dans certaines pièces du domicile. Autre pilule avalée, avec la hauteur du bâtiment d’à côté, le signal n’est pas top pour la connexion Internet et il faut parfois chercher le réseau dans tel ou tel autre coin. Cette situation de dénivellation entre un immeuble à 4 niveaux et une maison sans étage, on ne devrait en principe pas la revoir avec le Pos, qui lui impose désormais l’homogénéité dans les constructions.

Les pieds dans l’eau…

Rentrant un jour d’un voyage au Togo, Marlyse décide de jouer les paparazzis des airs et de filmer Douala vue du ciel pendant l’atterrissage. La photo sera saisissante… de laideur. Car tout en bas, les maisons sont des boîtes d’allumettes baignant au milieu de l’eau. Et une question vient à l’esprit de la photographe amateur, où est la terre ferme qui mène à ces habitations ? Ces habitations, elles se trouvent au Bois des singes. Cette zone, en grande partie inondable, a pourtant été soumise à un afflux d’importantes populations à la quête d’un lopin de terre à vil prix ou gratuitement, remplis de l’ambitieux rêve d’être propriétaire terrien à Douala. Une masse humaine dont la pression menace la mangrove. Les habitants du Bois des singes ont choisi de défier les limites du Wouri. Et le chemin qui mène aux maisons, véritables ilôts, est très souvent constitué de sacs de sable empilés les uns sur les autres, servant de pontons.

Mais où sont les dessertes ?

Bonadibong, au lieu-dit Ancien 3e, pas loin de l’hôtel Le Relais, une des entrées du quartier a disparu derrière les étals des commerçants et une église. Cette dernière construction ne peut faire passer que des motos sur ses côtés. Jacqueline, ancienne habitante du quartier, née et élevée de ce côté, révèle qu’il y avait bien une route à cet endroit, assez grande pour laisser circuler des véhicules à quatre roues. Même son de cloche à Bessengue, à Ngodi, Bonaloka, Logbaba. Ou encore dans les environs du lieu-dit Scierie Ndogbat, où pour connaître par cœur la route qui mène chez ses cousins, Aline E., a dû leur rendre visite à de nombreuses reprises. En effet, ces derniers habitent au bout d’un véritable labyrinthe de maisons, dans un coin où on ignore tout du mot alignement.

Divers…

Les tableaux sont tellement nombreux, les cas de figure variés, qu’on pourrait écrire des tomes sur les visages de l’occupation anarchique à Douala. Entre cette femme à Bali qui grille tranquillement son maïs et ses safous, adossée à la barrière d’une usine, ces espaces de commerce sur les rails à Nkongmondo… A Bonabéri ancienne route, un stade de foot, espace de respiration et de convivialité du coin, a disparu pour laisser la place à un projet immobilier. Le nouveau terrain de jeu, c’est sur le bitume d’une route secondaire.

Source : © Cameroon Tribune

Par Rita DIBA