Cameroun – Philippe Nanga : « Ce n’est pas la première fois qu’un ministre fasse ce rappel aux chefs d’établissements »

Philippe Nanga, coordonnateur de l’Ong Un Monde Avenir 7 © CAMERPOST / Linda Mbiapa
Philippe Nanga, coordonnateur de l’Ong Un Monde Avenir 7 © CAMERPOST / Linda Mbiapa

Le coordonnateur de l’Ong Un Monde Avenir (basée à Douala) interrogé par CAMERPOST se prononce sur la récente circulaire 09/16 relative à la préparation de la rentrée scolaire 2016/2017 signée par le Ministre des Enseignements secondaires en date du 13 juillet 2016. Un texte dans lequel Jean Ernest Ngalle Bibehe interdit formellement tout recrutement d’élèves avant le 15 août 2016, tout paiement des frais exigibles avant cette même date.

En outre, il ordonne également le respect strict des effectifs canoniques : soit soixante (60) élèves maximum en classe de 6eme et 1ère année et au plus quatre-vingt (80) élèves dans les autres classes ;   impose la perception des frais exigibles conformément au calendrier préétabli, du 16 août au 31 septembre 2016, afin d’éviter les engorgements au niveau de l’agent financier de l’établissement.

Monsieur le Coordonnateur, que pensez-vous de ces instructions du Minesec ?

En ma connaissance, ce n’est pas la première fois qu’un ministre fasse ce rappel aux chefs d’établissements. On pourrait avoir espoir du fait qu’il s’agit d’un nouveau ministre. Mais quand on voit que ce dernier n’ait pas fait allusion à l’arnaque et l’escroquerie dont font objet les parents d’élève sous le couvert de l’APE, l’espoir se volatilise. On ne peut pas comprendre que le ministre chargé de faire les lois et décret de la République en ce qui concerne son département ministériel, fasse fi de cela. Le décret n° 2001/ 041 du 19 février 2001 en son article 46 alinéa 2 précise bien que les contributions  de l’APEE sont volontaires. Pourtant, à toutes les rentrées nous voyons bien les chefs d’établissements du primaire comme du secondaire imposer le paiement d’énormes sommes d’argent aux parents à titre d’APEE. En plus de ce que ces montants varient d’un établissement à un autre, ils sont très souvent au-dessus des frais qui sont reversés au trésor public.

Vous dites que le Trésor public est spolié chaque année…

Tenez par exemple le lycée d’Akwa, l’année dernière, les parents avaient à débourser 40 000f pour les élèves du second cycle. Quand vous regardez les reçus, vous constatez que ce sont seulement 10 000 f qui sont destinés au trésor public. 30 000f sont gérés par les responsables de l’établissement. Vous verrez là-dedans 17 000f représentant la contribution de l’APEE, 10 000f pour le matériel de travail et autres et 7 000f comme contribution pour la réhabilitation des bâtiments. Voilà comment les parents et le trésor public sont spoliés chaque année. Nous attendons du ministre qu’il sévisse les auteurs de tous ces voleurs à col blanc qui font obstacle à l’accès à l’éducation des milliers d’enfants.

Pourquoi doutez-vous de l’application de la circulaire ministérielle ?

Revenant sur la note du ministre, je crains que celle-ci ne soit pas opérationnelle du fait qu’elle arrive sans doute tardivement, du fait que les proviseurs qui n’ont pas tenu compte des effectifs prescrits par le ministre et qui en ont pris un peu plus après les concours d’entrée en 6e, comment vont-ils régler cela. Vu que les résultats sont déjà publiés. Ceci renforce le doute que j’ai sur la bonne foi de cette note. Nous rappelons au ministre que l’école étant obligatoire au Cameroun selon notre Constitution, il revient de droit à tous les Camerounais d’y accéder.

© CAMERPOST – Propos recueillis par Linda Mbiapa