Cameroun – Opinion: Pourquoi tant d’évêques à l’enterrement de la belle-mère du président Biya? – 20/10/2014

Père Ludovic Lado
Père Ludovic Lado. Photo d’archives

Les obsèques de la belle-mère du Président Paul Biya ont fait couler beaucoup d’encre et de salive aussi bien en ce qui concerne le lieu de l’enterrement que l’hypermédiatisation de cet événement familial qui aurait dû être une affaire privée des familles concernées. Les obsèques de la belle-mère du chef de l’Etat n’ont pas à être diffusées en direct à la CRTV, cette chaine publique qui fonctionne avec l’argent du contribuable. Cette manière de faire illustre encore une fois de plus la confusion entre le bien public et la vie privée des gouvernants qu’on ne tolérera plus dans la nouveau Cameroun que nous devons tous nous apprêter à reconstruire. La distinction entre le bien public et le bien privé est au fondement de toute république qui aspire à la justice.

Mais en tant que prêtre, j’ai surtout été frappé par le nombre d’évêques qui ont fait le déplacement pour accompagner la famille du chef de l’Etat en cette circonstance douloureuse. Je me suis demandé à quelle logique pastorale obéissait une telle ruée épiscopale vers Mvomeka.  Est-ce parce que c’est la belle-mère du chef de l’Etat ou parce que cette dernière était chrétienne.  Les deux ne s’excluent pas, mais je m’interroge. En effet, j’aimerais comprendre pourquoi la belle-mère d’un chef d’Etat doit bénéficier d’une telle attention épiscopale.  Y aurait-il des chrétiens extraordinaires ?  On me dira que « le chef de l’Etat n’est quand même pas n’importe qui ». Mais y a-t-il des «n’importe qui » dans l’Eglise de Jésus Christ ?  Et à supposer que le chef de l’Etat doive bénéficier d’un traitement pastoral particulier, qu’en est-il de sa belle-mère ?  Ne sommes-nous pas dans une logique mondaine qui veuille que les femmes, mères, pères, belles-mères, cousins, oncles, etc. des gouvernants bénéficient des traitements de faveur ?  Nos républiques en ont été ruinées et les pauvres en sont les premières victimes. L’Eglise de Jésus Christ ne doit pas participer au culte de personnalité.

Mais surtout, rappelons-nous ce beau passage de Jacques dans les écritures : «Mes frères, dans votre foi en Jésus Christ, notre Seigneur de gloire, n’ayez aucune partialité envers les personnes. Imaginons que, dans votre assemblée, arrivent en même temps un homme au vêtement rutilant, portant une bague en or, et un pauvre au vêtement sale. Vous tournez vos regards vers celui qui porte le vêtement rutilant et vous lui dites : « Assieds-toi ici, en bonne place » ; et vous dites au pauvre : « Toi, reste là debout », ou bien : « Assieds-toi au bas de mon marchepied ». Cela, n’est-ce pas faire des différences entre vous, et juger selon de faux critères ? Écoutez donc, mes frères bien-aimés ! Dieu, lui, n’a-t-il pas choisi ceux qui sont pauvres aux yeux du monde pour en faire des riches dans la foi, et des héritiers du Royaume promis par lui à ceux qui l’auront aimé ? Mais vous, vous avez privé le pauvre de sa dignité. Or n’est-ce pas les riches qui vous oppriment, et vous traînent devant les tribunaux ?  Ce sont eux qui blasphèment le beau nom du Seigneur qui a été invoqué sur vous. Certes, si vous accomplissez la loi du Royaume selon l’Écriture : Tu aimeras ton prochain comme toi-même, vous faites bien. Mais si vous montrez de la partialité envers les personnes, vous commettez un péché, et cette loi vous convainc de transgression. » (Jc 2, 1-9)

Habituellement, un chrétien est enterré par le curé du secteur dans lequel se déroulent les obsèques. Il doit bien avoir à Mvomeka une paroisse et un curé de paroisse. Son rituel d’enterrement aurait eu exactement la même valeur spirituelle aux yeux de Dieu. « Laissez les morts enterrer les morts, toi va annoncer le royaume de Dieu » (Lc 9, 60) disait Jésus à l’un de ses interlocuteurs qui lui avait demandé la permission d’aller d’abord enterrer son père avant de le suivre.  Que tous nos morts, les anonymes comme les médiatisés, les riches comme les pauvres, reposent en paix. Heureusement que « Dieu ne fait pas de différence entre les hommes » (Rm2, 11).

Correspondance – Ludovic Lado, Prêtre

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