Cameroun – Opération épervier : les curiosités de l’affaire Mendo Zé – 19/02/2015

Gervais Mendo Ze, ancien directeur général de la Cameroon Radio and Television (CRTV).
Gervais Mendo Ze, ancien directeur général de la Cameroon Radio and Television (CRTV).

Mettant en évidence des logiques et acteurs connus, les charges retenues contre l’ancien Dg de la CRTV ne résistent pas à des questionnements.

Le 12 novembre 2014, Gervais Mendo Zé a rejoint des dignitaires de la République à la prison centrale de Kondengui. Trois mois après, le brouillard sur le dossier judiciaire de l’ancien directeur général de la Cameroon radio television (Crtv) ne s’est pas dissipé. Cependant, de belles éclaircies sont enregistrées et des changements de température projetés. L’on sait par exemple que l’ancien patron de l’audiovisuel public est accusé de détournements de deniers publics d’un peu plus de 22 milliards Fcfa. Entre décembre 2014 et février 2015, il s’est présenté trois fois devant le juge d’instruction. Un ancien président du Conseil d’administration de la Crtv et ministre en fonction a déjà été auditionné dans cette affaire. On signale aussi, dans la même affaire, la remise en liberté d’un cadre de la Direction générale du Trésor, mis sous mandat de dépôt en novembre dernier.

L’on sait également que le dossier de l’accusation est essentiellement bâti sur des conclusions du rapport de la mission de contrôle du Contrôle supérieur de l’Etat (Consupe) et non sur celui du Conseil de discipline budgétaire et financière (Cdbf)- du Consupe- rendu public le 4 février 2009. En détricotant les chefs d’inculpation qui pèsent sur Gervais Mendo Zé, l’on constate d’emblée que la mission du Consupe a séjourné à la Crtv, 30 mois après le limogeage du concerné. L’enseignant de linguistique, au terme de la loi n°74/18 du 5 décembre 1974, n’avait plus la qualité et le statut d’ordonnateur, de gestionnaire, de gérant ou d’administrateur de crédits publics. N’étant plus aux affaires, il était difficile pour lui de réunir toutes les pièces nécessaires pour sa défense. Dans l’entourage de l’ancien Dg, l’on susurre même que le contrôle a été «unilatéral». Le principe du contradictoire n’ayant pas été respecté.

En tout état de cause, le cas Mendo Zé intrigue. Rarement l’on a vu un directeur général d’une société d’Etat contrôlé plus de deux ans après la perte de sa qualité de gestionnaire de fonds publics. La saisine de la justice sur ce cas délie bien des langues. Expertes pour la plupart. En effet, le décret portant organisation et fonctionnement du Cdbf donne le pouvoir au Consupe de porter plainte contre un agent mis en cause, au nom de l’Etat, si l’instruction laisse transparaître des faits susceptibles d’être qualifiés de crimes ou de délits.

Or, s’agissant de l’affaire Mendo Zé, ce sont plutôt des correspondances du ministre d’Etat, secrétaire général de la présidence de la République (Laurent Esso) et du vice-Premier ministre, ministre de la Justice (Amadou Ali) qui ont motivé l’ouverture de l’instruction judiciaire. Lesdites correspondances, qui datent d’août et septembre 2008 sont antérieures aux décisions et sanctions du Cdbf, rendues publiques en février 2009.

Par ailleurs, le fond du dossier Mendo Zé recèle de chefs d’accusation pour lesquels celui-ci a été mis hors de cause par le Cdbf. C’est le cas de l’inculpation pour le montant de près de 60 millions Fcfa relatifs aux travaux d’aménagement du bureau du ministre délégué à la Communication et au payement des primes de représentation. Le Cdbf, sur ces faits, n’avait pas engagé la responsabilité du mis en cause.

L’inculpation sur le «gonflement injustifié de la redevance audiovisuelle en 2004», ne manquera pas, elle aussi, de faire jaser. La mission de contrôle avait proposé, dans ses conclusions, «la décharge de la responsabilité du mis en cause [Mendo Zé, ndIr] et l’engagement de celle du Trésorier payeur général, Monsieur Etogo Mbezele [aujourd’hui décédé, ndlr [». Du reste, sur ce point, les limiers de la justice avait diagnostiqué que «la Crtv, destinataire des fonds collectés de la redevance audiovisuelle (Rav) n’a pas la maîtrise de toutes les données relatives au montant réellement collecté et révisé au compte Crtv-Rav à la Trésorerie générale de Yaoundé (…). D’autre part, la Crtv n’a aucun moyen de contrôle et de vérification sur les sorties de fonds effectués sur ce compte».

Les débats n’achopperont pas moins sur les inculpations de Mendo Zé et de «Dame X» (aujourd’hui identifiée et également incarcérée à la prison centrale de Kondengui, et qui a été nommée à la Cmca après le départ de Mendo Zé par son successeur), concernant la sortie du patrimoine de Crtv marketing and communication agency (Cmca), en 2005, des immobilisations d’une valeur de plus de 33 millions Fcfa, des dépenses injustifiées de plus de 150 millions en 2005, d’environ deux millions en 2006, des dépenses de plus de 184 millions sans certification de factures, etc. La question est de savoir si étant déjà ministre délégué au Mincom dès le 26 janvier 2005, ces accusations doivent être portées sur Mendo Zé ou sur l’actuelle administration de la Crtv? Ce d’autant plus que le rapport du Cdbf n’a pas interpellé l’ancien Dg de l’office au titre des exercices 2005 et 2006.

A l’analyse, le dossier Mendo Zé n’a pas encore révélé tous ses secrets. Coupable on non-coupable, il faudra produire des preuves à charge ou à décharge devant le juge. Une certitude tout de même : Tel un baobab qui ne tombe pas sans faire des ravages dans ses parages, la chute du «prof» pourrait entraîner d’autres, encore plus retentissantes, dans la haute administration camerounaise.

Source : © Mutations

Par Georges Alain BOYOMO

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