Cameroun – Opération Epervier: Le cas Yves Michel Fotso inquiète – 14/05/2014

Sous soins intensifs à l’hôpital de la gendarmerie nationale depuis le 04 mai 2014, l’homme d’affaires emprisonné au Sed a cessé de s’alimenter.

Yves Michel Fotso au tribunal (Archives) - Photo: © J-B. T.
Yves Michel Fotso au tribunal (Archives) – Photo: © J-B. T.

Echaudées par l’actualité macabre autour des prisonniers de l’Opération Epervier, les autorités compétentes ont géré l’affaire comme «un secret défense». Mais elles n’ont pu empêcher des fuites. A ce sujet, des sources sécuritaires sont péremptoires: «M. Yves Michel Fotso a été victime d’un malaise le dimanche 04 mai 2014 dans sa cellule». Alertée par ses geôliers, le médecin de la gendarmerie nationale dépêchée à son chevet a aussitôt mis l’homme d’affaires en observation.

A l’issue de multiples consultations, le lieutenant-colonel Annie Gambala décide, mardi 6 mai, de son transfèrement au centre hospitalier de la gendarmerie nationale sis au camp Yeyap à Yaoundé pour une prise en charge plus efficiente. Selon des sources de Repères, l’homme d’affaires, condamné à 25 ans de prison par le tribunal de grande instance du Mfoundi dans le cadre de l’affaire liée à l’acquisition d’un avion présidentiel (BBJ-II), souffrirait d’une insuffisance rénale et de troubles somatiques.

Mis sous soins intensifs, son état de santé, à en croire les mêmes sources, se serait graduellement amélioré au fil des jours durant son hospitalisation. Le médecin de la gendarmerie envisageait même déjà son retour en cellule pour le début de cette semaine. C’était compter sans l’incident qui allait survenir dans la soirée du samedi 10 mai.

Ce jour-là en effet, le chauffeur de M. Yves Michel Fotso, commis pour lui porter ses repas, se voit interdire l’accès de l’hôpital, et est même brutalement refoulé après avoir été molesté. Des sources au sein de la gendarmerie attribuent ces actes de violence à des éléments en faction. S’il se réserve de dévoiler l’identité des agresseurs du chauffeur de M. Fotso, un haut gradé se veut cependant plus précis en indiquant sous anonymat qu’«il s’agit de deux éléments zélés, un gendarme major et un sous-lieutenant, et non un coup monté par les responsables de la gendarmerie comme voudraient le faire croire certaines langues».

Cet officier supérieur en veut pour preuve le fait que, «redoutant les sanctions à venir, l’un des gendarmes en cause s’est rendu dans la nuit de samedi à dimanche après leur forfait dans un centre hospitalier pour simuler des soins et obtenir un certificat médical. Il aurait bien pu se faire soigner sur place dans notre hôpital».

Un homme seul

Suite à cet incident, la réaction des autorités se fait encore attendre. Même si une source souffle que le général de brigade Daniel Elokobi Ndjock, directeur central de la coordination (Dcc), s’est personnellement rendu au chevet de M. Fotso dimanche 11 mai s’enquérir de la situation.

Mais depuis cet incident, M. Fotso ne reçoit plus de visites. Il n’avait pour seul visiteur depuis son hospitalisation que ce chauffeur, la seule personne habilitée à lui porter ses repas, sa literie et s’occuper d’autres besoins primaires. En guise de protestation, il a décidé de ne plus s’alimenter. Des gendarmes en service au centre hospitalier du camp Yeyap soutiennent également que «depuis près d’une semaine que M. Fotso est hospitalisé ici, il ne recevait pratiquement pas de visites en dehors de son chauffeur. Aucun membre de sa famille n’a été vu sur place». Les rares membres de sa famille (son épouse, ses fils et une tante) qui avaient l’habitude de lui rendre visite au Sed sont actuellement hors du pays depuis près de deux mois déjà. En leur absence, M. Fotso apparait comme un homme seul, malmené par la maladie, livré aux exactions de ses geôliers.

Source : © Repères

Par Dominique Mbassi