Cameroun : Nouvelle piste pour la libération des trois religieux de Tchéré – 08/05/2014

Extrême-nord. Des membres présumés de la secte réclament la libération de leurs compagnons.

Soeur Gilberte Bussière, originaire d’Asbestos et membre de la Congrégation Notre-Dame, basée à Montréal et enlevée par Boko Haram au Cameroun le 4 avril 2014 (Congrégation Notre-Dame).
Soeur Gilberte Bussière, originaire d’Asbestos et membre de la Congrégation Notre-Dame, basée à Montréal et enlevée par Boko Haram au Cameroun le 4 avril 2014 (Congrégation Notre-Dame).

Le 3 mai 2014 vers 18 h, deux individus suspectés d’appartenir à la secte islamiste Boko Haram ont été interpellés au niveau du poste de contrôle mixte de Dabanga, dans le Logone et Chari. Les suspects qui venaient de Kousseri se rendaient au Nigeria à bord d’un véhicule de marque Peugeot 504 de couleur blanche, immatriculé EN 084 AI. Après la fouille minutieuse du véhicule, les forces de maintien de l’ordre ont saisi 1449 munitions cachées dans la roue de secours.

Sur ces entrefaites, le chauffeur réussit à prendre la clé des champs, en dépit de la réaction des forces de l’ordre. Le chef de la bande, un certain Alhadji Moustapha et un autre suspect sont quant à eux conduits à Kousseri où une enquête a été immédiatement ouverte à la compagnie de gendarmerie. Si les saisies d’armes et de munitions sont désormais le lot quotidien des forces de l’ordre opérant dans les départements du Mayo-Sava et du Logone et Chari, celle-ci est particulière en ce sens que quelques heures seulement après la prise des forces de l’ordre, des individus se passant pour des personnes proches de la secte ont proposé un deal à de nombreuses autorités et personnalités locales: l’élargissement immédiat d’Aladji Moustapha et de son comparse contre la libération des trois religieux enlevés au début du mois d’avril 2014 à Tchéré.

L’information est parvenue jusqu’aux oreilles du président de l’Assemblée nationale qui séjourne en ce moment dans son village, Mada. L’intéressé, selon son entourage qui confirme ces démarches, a répondu aux diverses propositions en rappelant que le traitement du dossier des otages relevait des autorités de Yaoundé. Et que c’était vers elles qu’il fallait se tourner. Toutefois, selon de nombreux observateurs, la précipitation des membres ou sympathisants de la secte à poser fébrilement sur la table ce deal laisse dubitatif. A considérer que cette proposition est sérieuse, cela signifie que le suspect Alhadji Moustapha est un élément précieux du dispositif de ceux qui ont mis la main sur les religieux et qu’il vaut un prix au-dessus de trois otages occidentaux.

La proposition soulève aussi de nombreuses questions dont la moindre n’est pas le lieu de détention des otages, car elle laisse sous-entendre que les otages seraient à portée de main. D’où la question fondamentale : sont-ils détenus au Cameroun ou au Nigeria ?

L’autre questionnement porte sur les véritables kidnappeurs des religieux. Habituellement, lors des discussions pour la libération des otages, la secte obtient toujours en contrepartie l’élargissement de quelques-uns de ses membres. En plus du versement d’une rançon. Que Alhadji Moustapha soit arrêté et emprisonné au Cameroun aurait certes été une grosse perte pour la secte à supposer qu’il y jouait un rôle de premier plan, mais de là à vouloir l’échanger illico presto paraît surprenant à plus d’un égard.

Soldats sur les lieux d'enlèvement des religieux occidentaux.
Soldats sur les lieux d’enlèvement des religieux occidentaux.

Si cette piste est avérée, l’idée répandue dans certains milieux nordistes selon laquelle ce sont des membres locaux de la secte installés au Cameroun et coupés de la hiérarchie de Boko Haram qui détiendraient les trois religieux, pourrait avoir tout son sens. D’autant plus que jusqu’à ce jour, Abubakar Shekau, grand patron de la secte, n’a toujours pas revendiqué au nom de son groupe l’enlèvement des trois religieux, le 05 avril 2014 à Tchéré. Quand on voit la rapidité avec laquelle elle jubile ses coups d’éclats comme l’attentat d’Abuja du 14 avril 2014 qui a fait 75 morts, difficile de croire qu’elle déteste la publicité.

Tout laisse donc à penser que Abubakar Shekau n’exercerait pas encore un contrôle direct sur les otages… Pour le reste, et quel que soit le sérieux des propositions des uns et des autres, la constance est que Alhadji Moustapha et son comparse ont le ventre trop plein. Et qu’il y a des personnes qui ont intérêt à ce qu’ils ne restent pas trop longtemps à l’ombre pour livrer quelques secrets gênants. Le chef de la bande qui détient une carte d’identité camerounaise, mais qui est d’origine nigériane, pourrait bien faire perdre le sommeil à plus d’un.

Source : © L’Oeil du Sahel

Par GUIBAÏ GATAMA