Cameroun : le Nord-Ouest et le Sud-Ouest paralysées par une opération “villes mortes” (PAPIER GENERAL)

Des députés et sénateurs SDF et UPC manifestent dans les rues de Bamenda pour réclamer une conférence nationale sur la situation des anglophones. | Ph. © BBC Afrique / Illustration

Commerces fermés, écoles désertées : la tension reste vive dans le Nord-Ouest et le Sud-Ouest où un mouvement d’humeur lancé fin novembre par des avocats suivis des enseignants continue de paralyser les activités dans ces deux régions anglophones du Cameroun, alors que les autorités de Yaoundé ont engagé un dialogue avec les grévistes pour sortir de la crise.

Mercredi matin, une délégation conduite par le Premier ministre, Philemon Yang, a pris la route pour rencontrer les populations de Bamenda, la principale ville du Nord-Ouest et fief de Ni John Fru Ndi, le leader du Social Democratic Front (SDF) et principal opposant au régime du président Paul Biya.

La veille, cette délégation comprenant Jean Nkuété, le secrétaire général du comité central du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC) et d’autres hauts responsables du parti au pouvoir et du gouvernement, s’était rendue à Buea, dans le Sud-Ouest, pour une mobilisation en faveur de la défense de l’unité nationale et de l’intégrité territoriale du pays.

Ce déplacement initié par le pouvoir de Yaoundé fait suite à une manifestation organisée fin novembre par des étudiants de l’Université de cette ville pour protester contre le paiement de certains droits universitaires jugés irréguliers et ayant dégénéré en heurts violents avec les forces de l’ordre, dans un contexte déjà troublé par une grève des avocats couplée à une autre des enseignants.

Cette grève avait débuté le 22 novembre à Bamenda, par une marche d’avocats pour exprimer un sentiment de frustration face à la non prise en compte d’une vieille revendication de plus de quinze ans, concernant la mise à disposition par le pouvoir des textes réglementaires régissant le droit au Cameroun dans la langue anglaise.

HERITAGE COLONIAL

Héritage colonial lié à son administration pour une partie de son territoire par la France et pour l’autre par la Grande-Bretagne suite à un mandat de la Société des Nations (SDN, l’ancêtre de l’ONU) après la défaite de l’Allemagne, auquel il était assimilé par un statut de rotectorat, lors de la Première Guerre mondiale, le Cameroun compte le français et l’anglais comme ses deux langues officielles.

Sur les dix régions administratives, le Nord-Ouest et le Sud-Ouest ont d’obédience anglophone, tandis que le reste du territoire national est à dominante francophone.

A l’époque de l’administration coloniale britannique, ces deux régions avaient été rattachées au Nigeria, une des ex-colonies de la Grande-Bretagne en Afrique, avant de revenir dans leur pays d’origine après un référendum le 1er octobre 1961, soit un an après l’indépendance du Cameroun le 1er janvier 1960.

Au terme de cet événement, le pays fut dirigé par des institutions d’option fédéraliste, avec un président francophone et un vice-président anglophone. Ce mode de gestion du pouvoir est aboli en 1972 avec la proclamation de l’Etat unitaire, donc la réunification, qui constitue aujourd’hui le principal marqueur politique national adopté comme fête nationale le 20 mai de chaque année.

Cette unité célébrée est cependant remise en cause par les ressortissants des deux régions anglophones du Cameroun, qui disent se sentir marginalisés au sein d’un système institutionnel contrôlé par leurs compatriotes francophones de l’Adamaoua, du Centre, de l’Est, de l’Extrême-Nord, du Littoral, du Nord, de l’Ouest et du Sud, les huit autres régions du pays.

En 1990, la ville de Bamenda avait déjà servi de rampe de lancement du retour au multipartisme avec le lancement des activités du SDF après plusieurs mois de bras-de-fer sanglant avec le pouvoir de Paul Biya.

NEGOCIATIONS

Rejoints par les enseignants, les avocats à l’origine du mouvement d’humeur du 22 novembre ont inconsciemment et consciemment ouvert la brèche d’une vague de remous sociaux qui, après avoir gagné l’autre région anglophone du Sud-Ouest, tend à déborder sur d’autres parties du pays, puisque des syndicats d’enseignants ont tenté d’entrer en grève à leur tour lundi à Yaoundé, la capitale.

Prises de court, les autorités avaient déployé des forces de l’ordre dans la ville frondeuse en vue de préserver l’ordre public. Des heurts avaient éclaté, tuant un civil selon un bilan officiel contre trois selon les manifestants.

La tension était devenue vive, obligeant le gouvernement à ouvrir des négociations avec les deux corporations professionnelles grévistes pour un retour au calme.

Entre l’effectivité de la mise à disposition de règlements régissant le droit et l’annonce du recrutement d’une vague d’enseignants puis de la tenue d’un forum national pour examiner les problèmes liés à ce corps de métier en 2017, les pouvoirs publics camerounais ont fait des concessions, mais ces mesures n’ont pas réussi à calmer les ardeurs des grévistes.

Fin novembre, le Premier ministre, lui-même originaire du Nord-Ouest, s’était déjà rendu à Bamenda. Mais son appel au calme est resté sans effet.

“Le problème, c’est que le Premier ministre n’est pas représentatif du pouvoir. Il n’est que le quatrième personnage de l’Etat [après le chef de l’Etat, le président de l’Assemblée nationale et le président du Sénat, NDLR]”, a soufflé à Xinhua mercredi un ressortissant à Yaoundé, pour justifier l’accueil tiède réservé au chef du gouvernement.

Déterminés à mettre en difficulté le pouvoir pour des motifs qui semblent se confondre désormais avec des arrière-pensées politiques, les grévistes ont durci leur mouvement d’humeur en le transformant en une opération “villes mortes”.

Loin de Bamenda, l’activité économique est au ralenti dans d’autres localités du Nord-Ouest, comme par exemple à Loh, un village reculé de l’arrondissement de Ndu, a confié mercredi à Xinhua une source locale.

Les commerces sont fermés, y compris les écoles.

“Depuis trois semaines, les enfants ne vont pas à l’école dans le Nord-Ouest”, a précisé cette source. C’est la même situation à Buea et d’autres localités du Sud-Ouest, apprend-on en outre.

INTRANSIGEANCE

Face à cette intransigeance, le pouvoir de Yaoundé dénonce de manière implicite une tentative de déstabilisation ourdie par des forces établies hors du pays.

Après les violences à l’Université de Buea au cours desquelles plus d’une centaine d’étudiants avaient été arrêtés, selon des sources concordantes, le département d’Etat américain avait publié un communiqué dans lequel il avait condamné des atteintes aux libertés individuelles et appelé au respect des droits de l’Homme.

Dans une réaction à la presse, le ministre de la Communication, Issa Tchiroma Bakary, s’était insurgé au nom du gouvernement contre ce qu’il avait qualifié d’allégations sans fondement de l’administration Obama.

Lors de la finale de la 10e Coupe d’Afrique des nations de football féminin samedi au stade Omnisports de la capitale, des mesures de sécurité exceptionnelles avaient été prises.

Autour du chef de l’Etat lui-même, la sécurité, déjà connue pour être impressionnante, avait encore été renforcée.

Pour désamorcer la crise, le régime incite les autorités traditionnelles qui pour la plupart émargent au budget de l’Etat à faire pression sur leurs communautés pour les ramener à la raison.

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  • Gerard kenfack

    Quand Bush pulvirisait l’irack pour des motifs falacieux etc…., le partement d’etat americain etait mort. Pauvre de nous.