Cameroun-Nigeria: Focus sur les bénéfices sécuritaires et économiques de la visite d’état de Paul Biya à Abuja

Muhammadu Buhari et Paul Biya au Nigeria | © PRC
Muhammadu Buhari et Paul Biya au Nigeria | © PRC

Le séjour que vient d’effectuer le président Paul Biya à Abuja est fortement rentable. Le Cameroun et le Nigeria rentrent ainsi dans une phase décisive de leur fraternité historique.

Dire qu’il y a quelques années, Abuja et Yaoundé n’arrivaient pas à accorder leurs violons sur la paternité de la péninsule de Bakassi. A l’époque, les deux armées, nigérianes et camerounaises se regardaient en chiens de faïence dans la mangrove de Bakassi. En peu de temps, les deux pays ont aplani leurs différends en se pliant volontiers au verdict de la Cours Internationale de Justice (CIJ) de La Haye et en respectant les accords de paix conduits sous les auspices des Nations Unies et quelques grandes puissances, à l’instar de l’accord historique de Greentree paraphé le 15 juin 2006 aux États-Unis. Aujourd’hui, grâce à une diplomatie discrète, réservée et efficace, les présidents camerounais et nigérians chevauchent main dans la main dans la lutte contre la secte terroriste Boko Haram, tout autant que depuis deux ans, les armées camerounaises et nigérianes combattent ensemble le même ennemi terroriste dans une guerre asymétrique. Et pas seulement ! Les présidents Muhammadu Buhari du Nigeria et Paul Biya du Cameroun ont davantage rapproché les deux pays dans une coopération bilatérale dynamique et perspicace. Il faut d’ailleurs s’en féliciter, dans l’intérêt des deux pays limitrophes, Yaoundé et Abuja n’ont jamais été aussi proches qu’ils le sont à présent.

La visite d’Amitié et de Travail que vient d’effectuer le président Paul Biya au Nigeria, les 3 et 4 mai 2016, confirme le bel élan pris il y a près d’un an, lorsque le président Muhammadu Buhari, séjourna à Yaoundé. La visite d’Etat que viennent d’effectuer Paul et Chantal Biya en République fédérale du Nigeria confirme l’étroitesse des relations entre les deux pays-frères qui ont l’avantage de partager ensemble une frontière longue de plus de 1200 Km. La récente visite de Paul Biya à Abuja s’inscrit dans le cadre du renforcement des excellentes relations historiques, d’amitié, de fraternité et de bon voisinage qui existent entre le Cameroun et le Nigeria depuis trois décennies.

Outre les questions économiques, le volet sécuritaire tient le primat dans de la visite de Paul Biya au Nigeria. Paul Biya et Muhammadu Buhari ont noté avec satisfaction les succès obtenus jusqu’à présent dans la lutte contre l’insurrection de Boko Haram et ont condamné les activités meurtrières perpétrées par ce groupe dans les deux pays et les autres pays du Bassin du lac Tchad. Cela dit, les deux Présidents ont salué les efforts déployés par les armées camerounaise et nigériane dans le cadre de la Force multinationale mixte, en particulier dans les deux opérations conjointes, couronnées de succès, menées récemment à Ngoshe et Kumshe, à l’intérieur du territoire nigérian et les opérations de déminage en cours menées par les militaires des deux pays, afin de mettre définitivement un terme aux activités meurtrières des terroristes. Toutefois, si les exactions des attentats suicides sont considérablement en berne, les deux pays ne doivent en aucun cas croire que la guerre est terminée. Boko Haram n’a pas officiellement prononcé sa reddition, de même que la secte n’a pas déposé les armes. Sur ce fait, Paul Biya et Muhammadu Buhari ont raison de ne pas baisser la garde, et les armées doivent maintenir la vigilance et le ratissage des zones infestées par le groupe terroriste. Il faut, par exemple, retrouver et libérer les 200 lycéennes enlevées à Chibock en 2013 par les djihadistes de la secte islamiste Boko Haram… C’est pour cette raison que Biya et Buhari ont également réaffirmé leur engagement à continuer à soutenir la Force multinationale mixte jusqu’à ce que le groupe terroriste Boko Haram soit entièrement éradiqué. En parfaits légalistes et en bons humanistes qu’ils sont, Paul Biya et Muhammadu Buhari n’usent pas de la loi du Talion, dent pour dent, œil pour œil. Ils n’exécutent pas les prisonniers de la secte Boko Haram, ils ont décidé de faire juger les membres présumés de Boko Haram arrêtés dans les deux pays et ont exprimé la nécessité, et surtout de mettre en place un cadre juridique qui leur garantira un procès équitable.

Un second Sommet sécuritaire à Abuja le 14 mai prochain

Last and not the least, les présidents Paul Biya et Muhammadu Buhari ont exprimé leur engagement par rapport à la deuxième session du Sommet sur la sécurité régionale prévue à Abuja, le 14 mai 2016, la première s’étant tenue le 17 mai 2014 à Paris, au cours de laquelle, le chef de l’Etat camerounais avait officiellement déclaré la guerre à Boko Haram. Dans la même sens, Paul Biya et Muhammadu Buhari ont promis de participer pleinement aux processus et de mettre en œuvre les résultats de la réunion afin d’assurer la paix et la sécurité dans les zones touchées du Bassin du lac Tchad. Le volet humanitaire de la guerre contre Boko Haram n’a pas été éludé durant les travaux d’Abuja. Bien au contraire. Les deux pays et le Haut Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés (HCR) doivent ainsi se rencontrer en juillet 2016 à Abuja, en vue de s’entendre sur un cadre pour le retour en toute sécurité au Nigéria des réfugiés nigérians, hébergés actuellement par le Cameroun.

Le volet économique de la visite

Comme tout le monde a pu le constater, Paul Biya et Muhammadu Buhari ne se sont pas essentiellement penchés sur les questions sécuritaires, à Abuja. Ils ont renforcé les relations économiques entre les deux pays. Les investisseurs des deux pays devront rentrer en action pour intensifier la prospérité économique du Cameroun et du Nigeria, perçus comme les locomotives des zones CEMAC (Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale) et UMOA (Union monétaire ouest-africaine). Pour s’en convaincre, notons au passage que les investisseurs nigérians s’installent progressivement au Cameroun, à l’instar du milliardaire Aliko Dangote, la première fortune africaine, qui a récemment ouvert, en avril 2015, la filiale de la cimenterie Dangote Cement Cameroon SA à Douala pour un coût d’investissement global de 90 milliards FCFA. L’inverse reste attendu, c’est-à-dire, le rêve de voir les investissements camerounais aller à la conquête d’un marché bénéfique de 150 millions de consommateurs que compte le Nigeria, le pays le plus peuplé du continent noir… Afin de faciliter des échanges commerciaux et la libre circulation des hommes et des biens entre les deux pays, les présidents Biya et Buhari ont posé les bases d’un le Forum des Affaires Nigeria-Cameroun, ainsi que les jalons et modalités diplomatiques pour la construction d’un pont sur la rivière Mayo-Tiel devant relier la localités de Belel au Nigeria et Demsa au Cameroun ainsi que les infrastructures connexes tout le long du corridor commercial Jabbi Lamba-Garoua. Seule la signature du Protocole d’accord et les Termes de Référence sont attendus pour le démarrage du projet dudit pont. Bien plus, ce pont est la passerelle symbolique devant relier directement le Cameroun, en route pour l’émergence, et la première puissance économique d’Afrique. Une aubaine ! Le président Paul Biya n’est donc pas allé au Nigeria pour un safari d’agrément. Cette visite d’amitié marque le tournant décisif de la franche collaboration diplomatique et économique qui s‘ouvre entre Abuja et Yaoundé.

Par Michael Chitsou Fruka, à Bamenda.

Correspondance particulière

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