Cameroun – Mondiaux de volley-ball: Pourquoi Lions et Lionnes (in)domptables ont été dévorés ? – 01/10/2014

Par ici la sortie ! Présentées comme les nouveaux ambassadeurs du mouvement sportif camerounais, les sélections nationales dames et messieurs sont revenues bredouilles des championnats du monde avec en prime, l’avilissant statut de derniers de leurs classes respectives.

Equipe nationale de volley-ball du Cameroun - Image par camerounsport
Equipe nationale de volley-ball du Cameroun. Photo : © Camerounsport

Par ici la sortie ! Présentées comme les nouveaux ambassadeurs du mouvement sportif camerounais, les sélections nationales dames et messieurs sont revenues bredouilles des championnats du monde avec en prime, l’avilissant  statut de derniers de leurs classes respectives. Entre batailles de leadership à la tête de la Fédération camerounaise de volley-ball, préparation en dents de scie, vieillissement des effectifs, nonrespect du cahier des charges modifié et remodifié par le tandem fédération-ministère et payement au rabais des primes, tout était réuni pour cette débâcle historique.

1-Tels Lions, telles Lionnes…honte et déshonneur

Arrêtez le massacre ! C’est par la petite porte que l’équipe nationale de volley-ball est sortie dimanche dernier du championnat du monde qui a cours en Italie depuis le 23 septembre. Les pouliches de Jean-René Akono, n’auront pas mis plus de temps dans la compétition. En tout cas, pas plus que les hommes qui se sont faits éliminés il y a quelques semaines au premier tour du championnat du monde en Pologne. Les Lionnes indomptables de qui on attendait au moins un exploit pour sauver l’honneur, ont été balayées au premier tour du tournoi après cinq sorties sans la moindre victoire, terminant dernières de la poule B où étaient aussi logés le Brésil, la Serbie, la Turquie, la Bulgarie et le Canada. Pour couronner le tout, elles s’en sortent avec un cinglant zéro pointé au compteur.  Impuissantes, déboussolées, désordonnées sur le plan tactique et incapables de tenir tête à leurs différentes adversaires, elles s’en sortent avec un seul set gagné inespérément d’entrée face au Canada. Le reste est une succession de défaites, les unes plus honteuses que les autres.

Photo : © Afriksport.com
Photo : © Afriksport.com

Les Lions eux, ont réussi à arracher trois sets respectivement face au Venezuela, face à la Pologne et face à la Serbie lors de leur séjour en Pologne. Mais trop insignifiant pour espérer réaliser l’exploit de 2010 lorsqu’ils étaient passés héroïquement au deuxième tour du championnat du monde italien.  Cette fois, la force de la nature et le cycle de la vie qui exige renaissance et restructuration en toute chose, a fatalement eu raison des poulains de Peter Nonembroich. Elle est bien révolue la belle époque de Abbas Malloum, Robert Samo, Yves-Marcel Ndaki ou Ivan Solomon désormais surnommés « les reliques » du volley-ball. Même si la jeune garde  constituée de Sem Dologombaï, Ahmed Awal, Dominique Tchiélébou, Ivan Kody et les autres, adossés sur quelques vieux restes du mondial italien que sont Nathan Wounembaina, Jean-Patrice Ndaki, Olivier Nongny dit «Zonzon» ou encore Fossi Kamto n’ont pas réussi à trouver la formule magique pour « dévorer » leurs proies.

2-Impuissance béate ou le set de l’impréparation ?

Pourtant, avant le début de chacune de ces compétitions, Serge Julien Abouem A Boull, le président de la Fédération camerounaise de volleyball (Fcvb), s’est montré plus qu’optimiste. Dans chacune de ses sorties, Camerounais et observateurs du volleyball africain imaginaient déjà les fauves tout au moins au second tour. Pour celui qu’on surnomme affectueusement « le président de la refondation », le « gouvernement a pris toutes les dispositions afin que les Lions indomptables se préparent dans d’excellentes conditions. » Une telle assurance, greffée sur la longueur du stage et un « calme » au sein de la délégation laissaient présager quelque chose de bon. C’était sans compter que nos sélections dames et messieurs étaient comparables à tout point de vue, à une omelette norvégienne dont le dessus est froid et le fond bien chaud.

Equipe nationale de volley-ball du Cameroun. Photo : © Camerounsport
Equipe nationale de volley-ball du Cameroun. Photo : © Camerounsport

Partis du Cameroun le 26 mai à destination de la Tunisie, Patrice Ndaki Mboulet et ses camarades y ont passé un mois de stage, avec en prime quatre matches amicaux qu’ils ont remportés haut la main. En juin, la délégation a déposé les valises en Slovénie, base régulière des Lions pour leur stage. Au total, 25 matches amicaux joués contre des équipes et sélections de bon niveau : Autriche, une sélection chinoise, une sélection américaine, l’équipe junior de Slovénie, Arch (championne de la Slovénie qui s’est classée 4ème lors de la dernière ligue des champions européenne Ndlr). S’en suit le Qatar où le Cameroun joue trois matches contre la sélection militaire et l’équipe nationale en stage pour le championnat asiatique. Au total, six matches contre des formations Qataris au niveau appréciable. De manière générale, les Camerounais ont fait 32 matches amicaux durant les 107 jours de stage.

Que dire des Lionnes qui avaient par ailleurs connu une préparation mieux encadrée et relativement meilleure que celle des garçons. Mais qui, à quelques jours de la compétition, se sont vues amputer leur encadreur technique –Joseph Nane Eone- avec qui elles s’étaient habituées depuis plusieurs années et avaient travaillé à obtenir la qualification pour «Italie 2014» ? Ce dernier relégué au rang d’assistant a été remplacé par Jean-René Akono, qui a eu comme défi ponctuel le championnat du monde italien. Toujours est-il qu’il n’est pas parvenu à garantir à son pays une 17e place comme celle obtenu par le Cameroun lors de sa dernière participation au mondial en 2006. Avec ce bilan…catastrophique, craint notre confrère Yannick Kenné, « les Lionnes sont bien parties pour terminer 24ès sur 24, bien que la compétition ne soit pas encore arrivée à son terme ».

 

3-Quand le démon des primes monte aux filets

Photo : © Afriksport.com
Photo : © Afriksport.com

Le 29 août 2014 à 13h, les Lions foulent le sol polonais. A 16h, au moment d’entamer les entraînements, les joueurs annoncent à travers leur capitaine, Ndaki Mboulet, qu’ils ne joueront pas si les primes ne sont pas payées. Malgré l’insistance de Nonnenbroich, rien n’est fait. Le technicien allemand se voit alors contraint de sortir de la salle. C’est donc en ce moment que les joueurs démarrent les entraînements sous le contrôle de Blaise Mayam, entraîneur adjoint. Un mouvement d’humeur qui montre bien qu’il y ait  malaise dans la tanière. Contrairement aux précédentes compétitions, les pouvoirs publics ont donné un million Fcfa à chacun, dès leur arrivée en Tunisie, au titre de la prime de stage.

De même, « ils ont reçu en Slovénie la prime olympique de 5000 par jour de stage. De la prime de participation, les joueurs avaient demandé 10 millions. Compte tenu de la tension de trésorerie, le gouvernement a consenti à donner 7 millions, ce qui a d’ailleurs été fait à la veille de la troisième rencontre », confie sous cape un membre de la délégation camerounaise. Appelé à la rescousse, le Secrétaire général du ministère des sports et de l’éducation physique (Minsep) Emmanuel Wonyu qui conduit la délégation, va d’ailleurs privilégier le payement des primes des joueurs et encadreurs au détriment des frais de mission. Sans doute une volonté de mettre en confiance les « grévistes ».

Quant aux autres primes, elles sont liées à la performance. Pas de prime de match gagné, mais des primes de passage au second tour etc. Celle-ci a été arrêtée à 3 millions Fcfa. « Les tensions sont nées du fait que l’entraîneur principal, de manière normale, a perçu le double de la prime des joueurs. Il en a été de même pour son adjoint Blaise Mayam. Quant aux autres membres les montants variaient selon la tête du client », apprend-on. Le Team manager, William Kemfan, ne perçoit pas la totalité de sa prime, et ceci pour des raisons non encore élucidées.

 

4-Abouem ou la refondation périmée ?

Autre pomme de discorde, le conflit de génération. Le président de la Fcvb a bien entamé son olympiade sous le slogan « la refondation ». Ceci voudrait dire rajeunissement. Seulement, tout au long du stage, Patrice Ndaki, Moussa et les autres anciens joueurs n’ont pas accepté le transfert de compétences, le passage du témoin. L’aveu est de Sandeau Nlomtiti, directeur de publication de la gazette olympique sur le plateau de la Crtv Tv lors d’une édition de « Espace Olympic » qu’il partage en sa posture d’invité avec l’entraîneur adjoint Blaise Mayam. Lui qui reconnaît par des mots à peine voilés que les rapports étaient tendus entre l’entraîneur principal et lui. Suffisant pour comprendre que le résultat obtenu par les Camerounais est la conséquence du climat au sein de la tanière, mais aussi du niveau réel du volleyball et de ses joueurs.

Photo : © Afriksport.com
Photo : © Afriksport.com

Il est difficilement compréhensible que le championnat national ne soit pas lancé, qu’on mise sur les joueurs professionnels dont 90% d’entre eux jouent des championnats de 3ème et 4ème division en France, pour dire le moins. Les causes de ces deux débâcles des équipes nationales fanions puisent en partie leur origine dans les résolutions de l’Assemblée générale élective d’avril 2013 où un nouvel exécutif a pris les commandes de la Fcv. Une nouvelle ère considérée comme un hold-up par les uns et comme un soulagement pour ceux qui condamnaient le long bail de Louis Majoré Timba. L’on s’attendait alors à la refondation du volleyball camerounais sous l’onction de Serges Julien Abouem. Lui qui a été trésorier de la Fcvb pendant deux olympiades et premier vice-président lors de la dernière. C’est dire que cet homme rigoureux et visionnaire a eu le temps de prendre de la graine aux côtés de son prédécesseur.

Seulement, à l’observation, il transpire que c’est la rupture totale. Les clichés sont là pour le démontrer : délocalisation du siège, guerre latente contre Timba. Bien plus, chasse aux sorcières contre ceux qui se réclament proche de l’ancien président. Le premier à en payer les frais n’est autre que Bello Bourdanne, le vice-président de la fédération. S’en est suivie la suspension de Dang, secrétaire général pourtant élu avec pour intention la nomination d’un Sg qui sera rémunéré. S’il est reconnu de tous que Abouem nourrit de bonnes intentions dans le développement du volleyball camerounais, tous les acteurs s’accordent à dire qu’il n’a pas l’expertise nécessaire autour de lui. Certains pour l’accabler disent de lui qu’il est devenu l’homme à tout faire. N’a-t-il pas imposé la présence de Cyrille Ongolo dans le groupe, convoqué le conseil d’administration de la Fcvb à Ngaoundéré à l’insu du secrétaire général élu qui a été invité à l’emporte-pièce ? Le même Abouem a nommé Jean-René Akono comme entraîneur de la sélection dames, mettant le ministre des sports devant le fait accomplis. On le voit, cette hyper activité du président ne peut qu’avoir des incidences négatives dans le groupe.

 

6-Les vieilles gloires aux oubliettes…

Photo d'archives
Photo d’archives

Pire, il est surprenant que l’on parle de volleyball au Cameroun sans véritablement impliquer des monuments de cette discipline tels Bowen Roger, Gérard Sadey et toutes les autres anciennes gloires. Pourtant, lors de la campagne, tout ce beau monde a soutenu Abouem. Qu’est-ce qui a mis le ver dans le fruit ? Il serait certainement important pour le président, faute d’expertise dans son entourage, d’aller la chercher auprès des autres volleyeurs. Comment comprendre qu’il soit en froid avec Dr Matip Elias, seul médecin camerounais reconnu à la Fédération internationale de volleyball (Fivb) et membre de la Commission médicale de la Confédération africaine de volleyball (Cavb) ? Que dire de la guerre latente entretenue contre Bello Bourdanne, premier vice-président, président de la ligue du Littoral et membre de la Commission marketing de la Cavb ? Ou encore Lavoisier Yendé, cofondateur de Bafia et directeur technique de zone IV Afrique, Albert Benga, Boumtéké Essomè Ander, Marthe Eyikè tous arbitres internationaux ? La liste est bien longue.

 

7-L’urgence de préparer la relève        

Photo d'archives
Photo d’archives

Il est donc plus que jamais temps de taire les querelles de clochers, les polémiques abjectes et autres conflits d’on ne sait quoi pour rassembler (enfin) les forces et les expertises et  redonner vie au volley-ball camerounais. Mieux, intensifier le programme de refondation articulé autour de l’inauguration d’au moins une dizaine de centres de volleyball dans les écoles dans les départements, pour environ 2000 apprenants âgés de 9 à 11 ans à terme, comme promis par le nouvel exécutif. Tout comme la construction des aires de jeu par la Fcvb inscrit dans le cadre de cette fameuse convention de partenariat signé entre le ministère de l’Education de base et la fédération en octobre 2008, en faveur du développement de la pratique de cette discipline au sein des établissements scolaires. L’article 2 de cette convention précise d’ailleurs la nécessité de mettre sur pied un programme d’exercice y relatif, de renforcement des capacités psychomotrices des enfants, de la formation aux gestes de techniques de base et la tactique. Cela s’appelle préparer la relève. Question de patriotisme et d’honneur.

Source : © Le Messager

Par Christian TCHAPMI

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Francisca Mboe

pas facile

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