Cameroun – lutte contre le sida : De milliers de « pairs éducateurs » se battent pour sensibiliser les jeunes

Les 15 à 24 ans représentent un quart des nouvelles infections des adultes en Afrique subsaharienne. Mais les convaincre de se protéger contre le VIH n'est pas facile.

Les pairs éducateurs se mobilisent pour lutter contre le sida. © Valérie HIRSCH

« Les zones en rose identifient les points chauds, comme les bars, les boîtes de nuit, les chambres de passe et les endroits où les jeunes se retrouvent dans la rue», explique Félicité Kataka, en montrant une grande carte sur un mur du « Centre des jeunes pour la lutte contre le sida » à Guider, une ville de 65 000 habitants au nord du Cameroun.

Une majorité de filles

Cette étudiante est l’une des cinq « pairs éducateurs » formés sur place par l’Unicef. «On va dans les points chauds pour sensibiliser les jeunes. C’est difficile. Dans notre culture, on ne parle pas de sexualité ouvertement. On essaie aussi d’aider les jeunes séropositifs, mais ils ont honte et il faut du temps pour gagner leur confiance. Dans les familles, on se heurte à l’hostilité des parents. Parfois, ils nous chassent de chez eux. »

Au Cameroun, 2,9 % des jeunes filles de 15 à 24 ans et 1,1 % des garçons seraient séropositifs, selon les estimations 2016 du Conseil national de lutte contre le sida. D’où la mobilisation de milliers de « pairs éducateurs » dans le cadre de l’initiative « All in ». Des dépistages sont même organisés dans les écoles.

Tati, 19 ans, a été testée en novembre dernier dans son lycée de Garoua. « On a dit à mes camarades qu’ils n’étaient pas infectés. Moi, on m’a donné un papier qu’il ne fallait pas montrer aux autres. Je l’ai lu en rentrant chez moi et j’ai pleuré, j’ai pensé que ma vie était finie. Mes parents étaient furieux. Je leur ai dit que je n’avais pas eu de rapports sexuels et que j’avais peut-être été contaminée lors d’une opération à l’hôpital ou par mes deux cousines et mon oncle séropositifs. »

Soutenue par sa famille, elle a repris courage. « J’ai été la première à dire, devant toute ma classe, que j’avais le VIH. Les élèves se sont moqués de moi, en disant que j’avais fait le désordre avec les garçons. Certains m’évitent et refusent de manger à côté de moi. D’autres se sont rendu compte que je restais forte et sont venus me demander des conseils. Certains, séropositifs, se sont confiés à moi. »

Éviter les points chauds

Les pairs éducateurs prêchent l’abstinence, la fidélité et l’usage de préservatifs. Mais certains clichés ont la vie dure. « L’abstinence est mieux pour les femmes, plus susceptibles de contracter le virus, affirme Boris Samuel. L’homme a sa partie à jouer mais le premier péché est passé par la femme. » Le message de l’abstinence a du mal à passer, même chez les filles : « Elles disent : qui va me payer l’huile de soin, le savon, comme si elles se nourrissaient de l’argent des garçons », déplore Tizi, un autre éducateur.

Le coût des préservatifs est aussi un obstacle, même à 100 francs CFA la boîte de trois (15 centimes). « Certains jeunes préfèrent acheter un petit pain et un oeuf pour le même prix », constate Gertrude Mangele, du ministère de la Jeunesse. « Mais les cartes des points chauds nous aident à faire de la prévention. Dans les lieux où les jeunes se retrouvent pour se droguer, on a mis de l’éclairage urbain. »

Source : Ouest France par Valérie HIRSCH

Poster un Commentaire

Soyez le premier à commenter !

Me notifier des
wpDiscuz