Cameroun – Lutte contre Boko Haram : Les réalités de la défense populaire

Jacob Kodji, l’artilleur camerounais qui a amoindri Boko Haram | DR
Jacob Kodji, l’artilleur camerounais qui a amoindri Boko Haram | DR

Où en est-on avec la guerre contre Boko Haram après près de deux ans de combat ?

Certes, on déplore des attaques suicide sporadiques dans des localités camerounaises frontalières à l’Etat de Borno au Nigeria, sanctuaire de la secte Boko Haram. Kolofata, Fotokol… sont les villes les plus touchées. Mais, les responsables militaires, qui sont en première ligne du front, parlent de la maîtrise de la situation par nos forces de défense et de sécurité. Le général de brigade Jacob Kodji qui coordonne les deux opérations Emergence 4 et Alpha, en sa qualité de commandant de la quatrième région militiare interarmées (RMIA4), basée à Maroua, indique
que la guerre conventionnelle relève désormais du passé. De son côté, le gouverneur de la région de l’Extrême-Nord, Midjiyawa Bakari, salue les prouesses de nos forces en relevant que la situation est maintenant sous contrôle. Et, par conséquent, il a allégé les mesures contraignantes de sécurité jusque-là en vigueur sur l’étendue de la région de l’Extrême-Nord. Toutefois, le gouverneur indique qu’il n’est pas question de baisser la garde et les hommes en tenue doivent veiller pour que les populations passent des fêtes de fin d’année paisibles.

Nous disposons des moyens logistiques et militaires appropriés à cette menace asymétrique.

Ces propos des autorités administratives et responsables militaires sont proches de la réalité vécue sur le terrain. Selon des sources, la montée en puissance de nos forces est continuelle et épouse les mutations de l’ennemi qui ne s’avoue jamais vaincu, malgré les défaites et d’importantes pertes enregistrées dans ses rangs. Nos soldats, plus de six mille hommes, ont toujours su maintenir la pression depuis bientôt deux ans sur les assaillants de de la secte Boko Haram, qui se font désormais appeler représentants de l’Etat islamique en Afrique de l’Ouest. « Nous disposons des moyens logistiques et militaires appropriés à cette menace asymétrique. Nos hommes sont en place », relève le chef de bataillon, Beltus Kwene, commandant du Bataillon d’Intervention rapide (Bir), zone sud de l’opération Alpha, à Kolofata. C’est une stratégie gagnante : aucun centimètre de notre territoire n’est occupé par l’ennemi. La tentative de prendre la localité d’Achigachia dans le Mayo-Sava s’est soldée par une cuisante défaite de l’ennemi. A Fotokol dans le département du Logone et Chari qui a essuyé plusieurs attaques ; à Kolofata où des infiltrés, procèdent aux attaquessuicide, la concentration de nos forces est maximale. « Les attaques massives qu’on a connues au début de cette guerre sont rares », reconnaît Yanick Tchinda, soldat au front à Kidji-Matari.

Montée en puissance

Devant des attaques répétées et la guerre permanente, les populations ne sont pas restées les bras croisés. A Mabass, Fotokol, Afadé, Kerawa…, les comités de vigilance sont en activité depuis quelques mois. C’est la défense populaire dans toute la zone en conflit, puisque l’ennemi a changé de mode opératoire. On assiste aux attaques kamikazes à travers l’utilisation des jeunes filles et garçons comme des « bombes humaines ». « Les assaillants montrent des signes d’essoufflement : ils ne viennent pas nous attaquer comme avant. Comme ils ont perdu la guerre conventionnelle, ils ont infiltré leurs adeptes au sein des villages », précise Beltus Kwene. Ces assaillants ont alors opté pour la pose des mines, des engins explosifs, de fabrication artisanale, sur les routes et dans les localités frontalières. « Mais, nos fins limiers ont réussi à déminer la situation, à déjouer la menace », relève notre source. Sans jamais s’avouer vaincus, ces terroristes se sont récemment rabattus sur les attaques-suicide, en infiltrant les villages riverains, culturellement proches d’eux et partageant des affinités linguistiques. Cependant, les populations locales sont restées dans leurs villages respectifs, malgré cette menace. Et elles se sont constituées en comités de vigilance, sous la coordination étroite des autorités administratives, en vue de soutenir l’armée.

La peur a changé de camp. Ils sont en débandade. La victoire est proche

L’action de nos forces de défense est renforcée par l’opérationnalisation du premier secteur de la Force multinationale mixte, commandé par le général de brigade Bouba Dobékréo, basé à Mora. Les premières opérations de ratissage de cette force constituée de près de 2500 hommes, conjointement conduites par les
forces de défense camerounaises et nigérianes dans les villes frontalières du Mayo-Sava et de l’Etat de Borno, le 28 novembre dernier, ont permis de libérer près de deux mille otages. Et occasionné la mort des dizaines d’assaillants. La récupération d’instruments de propagande appartenant aux responsables de cette secte islamiste. Autre appui de taille : le déploiement en cours du contingent américain qui va collecter du renseignement sur les positions de l’ennemi. « La peur a changé de camp. Ils sont en débandade. La victoire est proche », se réjouit le gouverneur Midjiyawa Bakari. Cette guerre est-elle, pour autant, finie ? Non, l’ennemi est certes essoufflé. Nos soldats sont présents et tiennent leurs positions. La collaboration entre les forces de défense et les comités de vigilance est efficace. « Le plus dur est derrière nous », croit savoir un soldat au front. Mais, la vigilance reste de mise, parce que l’ennemi ne dort jamais.

Source : © Cameroon Tribune

Par Olivier LAMISSA KAIKAI,envoyé spécial à Kolofata et Amchidé

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