Cameroun – Lutte contre Boko Haram : l’Afrique centrale bande les muscles – 16/02/2015

Les présidents Deby ('Tchad), Boni (Bénin) et Biya (Cameroun) sont en pointe dans la lutte contre Boko Haram. | © Jim Watson / AFP
Les présidents Deby (‘Tchad), Boni (Bénin) et Biya (Cameroun) sont en pointe dans la lutte contre Boko Haram. | © Jim Watson / AFP

À en croire le ministre Issa Tchiroma Bakary, porte-parole du gouvernement camerounais, “la tenue de cette importante rencontre au sommet a été décidée à l’issue d’une concertation, le 31 janvier 2015, en marge du 24e sommet de l’Union africaine à Addis-Abeba”. Concrètement, elle est l’aboutissement d’un long processus de mobilisation à l’échelle mondiale amorcé au sommet de Paris du 17 mai 2014 avec comme objectif de susciter une mobilisation sous-régionale, régionale et internationale pour combattre la secte terroriste Boko Haram.

On se rappelle que le moment fort de cette première rencontre internationale aura été la déclaration de guerre officielle et unanime des participants contre ce groupe terroriste, avec l’engagement formel des dirigeants africains présents à cette rencontre d’éradiquer la menace que Boko Haram fait peser sur leurs pays respectifs. La rencontre au sommet de ce lundi dans la capitale camerounaise va donc concrétiser cette détermination à neutraliser définitivement ce groupe terroriste par l’adoption d’une stratégie de riposte collective. Au plan pratique, le sommet extraordinaire dit du COPAX regroupe à Yaoundé, les chefs d’État des dix pays membres de la CEEAC – l’Angola, le Burundi, le Cameroun, la Centrafrique, le Congo, le Gabon, la Guinée équatoriale, la République démocratique du Congo, Sao Tomé-et-Principe et le Tchad – ainsi que les délégations de haut niveau qui les accompagneront.

“À menace globale, riposte globale”

Pour le président camerounais Paul Biya, “telle devrait être la réponse de la communauté internationale et notamment de l’Union africaine et les organisations régionales. Nous ne devons pas nous bercer d’illusions. Bien qu’affaibli par les pertes qui lui ont été infligées, notre adversaire n’en reste pas moins capable de revenir à la charge. Ses coups de main au nord du Mali et ses attaques répétées contre notre territoire sont là pour nous en convaincre. Il faut que l’on sache que la distance qui peut séparer un pays des zones de combat n’est pas une assurance tout risque”. Le président Biya continue de croire que “la menace que représentent les djihadistes, Boko Haram et autres shebabs, ne pourra être levée que par une mobilisation au niveau international”.

Le Tchad en première ligne

Les réactions à l’appel lancé par le président camerounais ne se sont pas fait attendre. La mobilisation souhaitée a été globale et unanime. La première réponse à cet appel, assortie d’actes concrets, est venue de la République du Tchad le 14 janvier 2015. Dans un communiqué officiel, le Tchad a tenu à saluer la bravoure des forces de défense et de sécurité camerounaises, engagées sur le front de guerre contre Boko Haram depuis près d’un an. Les autorités tchadiennes ont ainsi annoncé que Ndjamena offrait son soutien actif à Yaoundé dans cette lutte acharnée. Ce soutien est devenu effectif quelques jours après, à travers la mise à disposition d’un important contingent de son armée et d’importants moyens militaires, pour apporter un appui à l’armée camerounaise.

Le 15 janvier 2015, le secrétaire général de la CEEAC, Ahmad Allam-Mi, est monté au créneau pour condamner avec la plus grande fermeté les actes d’agression dirigés contre le Cameroun. Il a par la suite exhorté les autres États membres de la communauté à manifester leur solidarité envers le Cameroun. Le 21 janvier 2015, il a été reçu au palais de l’Unité par le président Paul Biya.  Au cours de leur entretien, les deux personnalités ont planché sur la stratégie à mettre en place, dans la perspective d’une synergie des pays membres de la CEEAC pour combattre Boko Haram. Le 24 janvier 2015, le président du Bénin, Thomas Yayi Boni, au cours de la cérémonie de présentation des vœux au corps diplomatique, a annoncé le déploiement de 700 soldats aux côtés des troupes camerounaises et tchadiennes déjà au front. “La forte mobilisation de la communauté internationale à la suite de l’appel lancé par le président Paul Biya, il y a un mois, vise”, selon le ministre Issa Tchiroma, à “saluer la détermination endogène du Cameroun”, à “barrer la route aux individus sans foi ni loi de qui constitue le groupe terroriste Boko Haram et dont le dessein macabre est de propager la terreur, de semer la désolation et le chaos sur l’ensemble du continent africain”.

Déjà, un chapelet de rencontres anti-Boko Haram

De nombreuses autres rencontres pour mettre un terme aux exactions de Boko Haram se sont tenues à l’échelle tant internationale, régionale que sous-régionale.

À retenir, d’abord, la réunion ministérielle de Londres sur la sécurité au Nigeria du 12 juin 2014, en marge du sommet mondial sur les violences sexuelles en zone de conflit, et qui a regroupé les ministres des Affaires étrangères du Nigeria, du Cameroun, du Tchad, du Bénin et du Niger, ainsi que celui de la Grande-Bretagne, pour faire le point sur l’application des résolutions du sommet de Paris du 17 mai 2014 et envisager de nouvelles stratégies à mettre en œuvre pour combattre Boko Haram. La réunion des ministres de la Défense des pays membres de la Commission du bassin du lac Tchad (CBLT) et le sommet extraordinaire de la CBLT et du Bénin qui se sont tenus à Niamey les 6 et 7 octobre 2014, avec pour objectifs l’évaluation de la situation sécuritaire et l’élaboration d’une stratégie commune de lutte contre Boko Haram dans la région.

Il y a également la réunion des ministres des Affaires étrangères et de la Défense des pays membres de la CBLT et du Bénin le 13 octobre 2014 dans le but de préparer un projet de résolution à soumettre à l’Union africaine et au Conseil de sécurité de l’ONU en vue de la mise en place d’un cadre juridique approprié pour la lutte contre Boko Haram. Puis la conférence de Niamey du 20 janvier 2015 au cours de laquelle les participants, d’une part, ont évalué l’état de mise en œuvre des résolutions du sommet de Paris ainsi que celles de la rencontre des ministres des Affaires étrangères de Londres du 12 juin 2014 et d’Abuja au Nigeria du 3 novembre 2014, et d’autre part, ont réfléchi aux moyens nécessaires pour accélérer l’opérationnalisation des actions préconisées pour anéantir le péril Boko Haram.

S’est ensuivie la réunion du Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine du 29 janvier 2015 au cours de laquelle le Conseil a décidé d’autoriser le déploiement de la force multinationale mixte (la FMM), avec pour mission la sécurisation des régions affectées par les activités de Boko Haram.

À la suite du Conseil de paix et de sécurité, les experts des quatre pays membres de la CBLT – Cameroun, Niger, Nigeria et Tchad – se sont réunis à Yaoundé les 5, 6 et 7 février 2015 pour élaborer les documents opérationnels de la FMM pour la lutte contre Boko Haram. Ils ont été appuyés et assistés par les responsables et experts d’autres organisations internationales et régionales, notamment l’Union africaine, la Communauté économique des États de l’Afrique centrale (CEEAC), la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) et l’Organisation de la coopération islamique (OCI). Au terme de cette rencontre, il a été convenu d’adjoindre au contingent de 7 500 soldats déjà décidé à Addis-Abeba, le déploiement de 1 200 éléments supplémentaires dans le cadre de la force multinationale mixte, portant ainsi à 8 700 l’effectif de cette force régionale.

Après avoir condamné avec la plus grande fermeté les actes barbares et inacceptables perpétrés par le groupe terroriste Boko Haram contre les États du bassin du lac Tchad, le groupe de travail ainsi constitué s’est félicité des décisions de l’Union africaine d’autoriser le déploiement de la force multinationale mixte (FMM) et d’apporter tout le soutien multiforme nécessaire à la réussite de la mission de cette Force.

Source : © Le Point.fr