Cameroun – Livre : « L’oeuvre romanesque de Léonora Miano … » ou l’éloge de la gynécocratie – 01/07/2015

Alice Delphine Tang (Sous la direction de ) L’œuvre romanesque de Léonora Miano Fiction, mémoire et enjeux identitaires Harmattan-Cameroun 2014 322 pages
Alice Delphine Tang
(Sous la direction de ) L’œuvre romanesque de Léonora Miano Fiction, mémoire et enjeux identitaires Harmattan-Cameroun 2014
322 pages

Dans l’ouvrage collectif « L’oeuvre romanesque de Léonora Miano … », Alice Delphine Tang et al dévoilent l’intention littéraire de la Franco-camerounaise.

Cet ouvrage 18 contributions gravitant autour de l’ensemble des ouvrages produites par Léonora Miano, une romancière confirmée. Entre 2005 et 2013, elle a écrit plus d’une dizaine d’ouvrages et récolté de nombreux prix littéraires. Après les instances de légitimation internationales, les qualités de son écriture ne pouvaient que forcer de l’admiration des chercheurs nationaux. Et pour bien rendre honneur à celle qui a été consacrée par plusieurs prix prestigieux, dont le prix Femina, obtenu en 2013, Alice Delphine Tang qui est professeure titulaire à l’université de Yaoundé I et par ailleurs secrétaire générale de l’université de Douala a réuni autour d’elle, dix-huit contributeurs qui expose des sujets et thèmes divers sur les textes de Leonora.

Quelle que soit l’approche linguistique (syntaxe, énonciation, sociolinguistique, pragmatique, rhétorique) selon laquelle l’ouvrage est appréhendé, les différents articles démontrent que l’univers littéraire de Leonora Miano nous plonge dans l’écriture postcoloniale. Dès le premier chapitre, « La force du féminin dans la saison de l’ombre » de Christiane Chaulet-Achour célèbre les femmes, dans leur héroïsme, pendant la traite négrière.

Le voile sur la mémoire de l’esclavage est ainsi évoqué. Pierrette Bidjocka Fumba et Ambomo-Maurin Marie-Rose mettent également en évidence l’héroïsme féminin dans leurs textes. Il s’agit en fait de l’écriture de l’éveil féminin dans l’Afrique des villages. Rosine Paki Salé à travers « Configurations idéologiques dans l’esthétique romanesque de Leonora Miano : une lecture de l’intérieur de la nuit » insiste sur la répudiation de l’homme pour un retour à la gynécocratie. Le moins que l’on puisse dire à la lecture des textes, c’est que l’écriture de Miano est déconstructiviste, elle déconstruit les modèles rationnels entre les genres, les schèmes traditionnalistes et invite à la relecture critique de l’histoire de l’Afrique.

On peut questionner le nouvel ordre politique que l’écrivaine propose en chamboulant l’ancien ordre, étalant la nullité et la futilité de l’homme dans la communauté avec le personnage Eyoum. Ce dernier apparaît comme le parangon de la déchéance de la gent masculine. La néantisation de l’homme n’est pas totalement recevable vu la démarche inductiviste de Leonora Miano. Il y avait également des hommes courageux pendant la colonisation. Plusieurs autres thèmes relatifs à l’histoire de l’Afrique, la traite des esclaves et la colonisation, le retour aux valeurs ancestrales, l’enfant-soldat sont analysés.

La quête identitaire n’est pas en reste. Les contributions réunies par Alice Delphine Tang montrent que l’identité de l’Africain chez Miano n’est pas figée. Elle est le fruit de nombreuses rencontres et de l’hybridité. L’ouvrage est un itinéraire pour dévoiler l’univers littéraire de Leonora. L’étude place Miano parmi ces nombreux écrivains qui prouvent leur engagement profond dans l’histoire de leur temps.

© Le Jour : Jean-Philippe Nguemeta

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