Cameroun : l’Etat doit cesser d’emprunter pour ses entreprises – 27/11/2014

Un camion-citerne de la Camwater ravitaillant les habitants du quartier Nkolndongo à Yaoundé. © Menphil
Un camion-citerne de la Camwater ravitaillant les habitants du quartier Nkolndongo à Yaoundé. © Menphil/Illustration

La Commission des Marchés Financiers au Cameroun a invité le gouvernement à ne plus utiliser le produits ses emprunts obligataires pour apporter des concours financiers aux sociétés du secteur industriel ou productif, qu’elles aient un statut de société mixte, privée ou parapublique, a-t-on appris de la note d’information sur la dernière opération en cours actuellement dans le pays.

« Une telle approche financièrement peu orthodoxe est d’autant plus inopportune, qu’elle contredit la volonté de l’Etat, promoteur du marché financier camerounais, de développer ce marché par un enrichissement de la cote de la Douala Stock Exchange », a fait remarquer la CMF invitant le gouvernement à pousser celles des entreprises qui auraient besoin de financement, à « s’adresser elles-mêmes directement au marché financier, en faisant appel public à l’épargne ».

Sur les deux dernier emprunts effectués par le Cameroun, les affectations des fonds collectés ont  permis de financer directement certaines entreprises comme la compagnie nationale aérienne (Camair-Co), l’opérateur minier Geovic, l’opérateur national des télécommunications (Camtel) pour son projet de fibre optique, l’entreprise en charge de la construction des infrastructures de distribution d’eau (Camwater), ou encore l’entreprise en charge de la construction du barrage de Mem’vele et celle en charge de la gestion de la centrale à gaz de Kribi (KPDC).

Pour 2014, les entreprises concernées sont une fois encore la Camair-Co, Electricité du Cameroun, la Sodecoton, le Matgénie et la Cicam. Les raisons qui justifient l’implication de l’Etat dans ces entreprises, qui pourtant sont supposées générer de la trésorerie, ne sont pas toujours clairement exprimées.

Pourtant les voir arriver elles-mêmes sur le marché des capitaux risque de ne pas être pour le court ou le moyen terme. Aller sur le marché des capitaux solliciter le financement des investisseurs supposent avoir une notation financière indépendante à laquelle seule s’est soumise aujourd’hui la Cameroon Telecommunication (Camtel). Les autres entreprises n’ont jamais fait l’objet de notation et leurs états financiers ne font pas très souvent l’objet de diffusion publique. Après avoir reçu déjà près de 20 milliards de FCFA pour son lancement, Camair-Co tarde encore à être rentable (d’où le soutien de l’État), et pourtant on ignore encore beaucoup de chose de la façon dont a été utilisé l’allocation initiale.

L’autre contrainte à laquelle font face ces entreprises est associée à la première, c’est le coût d’une telle initiative. En raison de l’environnement difficile, l’absence d’informations financières et la présomption forte d’une rentabilité faible ou inexistante de ces entreprises, les coûts d’accès au marché risquent d’être bien plus importants que ceux du gouvernement. En plus de cela, il faut compter avec les propres défis de la Douala Stock Exchange en terme, non seulement de coûts, mais également de procédures, toute chose qui pourrait rendre complexe la gestion d’un appel public à l’épargne par ces entreprises

Dans un contexte où les banques disposent d’excédents de liquidités, les entreprises ont encore la possibilité de se faire financier via des prêts syndiqués, qui présentent l’avantage de garantir les niveaux de mobilisation souhaités, dans un maximum de discrétion, et avec une meilleure diligence. L’autre possibilité est celle de faire appel à des fonds d’investissements tels que cela est le cas pour Actis qui est rentré dans le capital de la Société Nationale d’Électricité.

Source : Agence Ecofin

Par Idriss Linge

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