Cameroun : Les fonds attendus non débloqués pour la mise en place du Fonds monétaire africain – 10/07/2015

Les fonds attendus non débloqués pour la mise en place du Fonds monétaire africain | DR
Les fonds attendus non débloqués pour la mise en place du Fonds monétaire africain | DR

Plus d’un an après l’adoption des statuts par les dirigeants du continent réunis en sommet en juin 2014 à Malabo en Guinée équatoriale, le projet d’opérationnalisation du Fonds monétaire africain (FMA) est à l’arrêt à son siège désigné de Yaoundé, les bureaux ayant été fermés après le départ des membres du comité de pilotage pour des raisons financières.

Sous l’impulsion de l’Union africaine (UA) et avec l’appui des autorités du Cameroun, ce groupe de travail avait pris fonction en 2009. A sa tête, Jean-Marie Gankou, statisticien chevronné et ex- ministre camerounais délégué à l’Economie et aux Finances, assisté de cinq experts de nationalité éthiopienne, ivoirienne, malienne, nigériane et tunisienne.

Avec son équipe, l’ancien membre du gouvernement camerounais s’était mis à l’œuvre pour exécuter le mandat confié par l’UA et consistant à préparer la mise en service effective du FMA, un vieux projet datant des indépendances. Ce comité a à cet effet joué un rôle important dans la rédaction des textes organiques de l’institution validés à Malabo,au terme d’un processus long et laborieux.

Pour cette phase pilote, “l’Etat [camerounais] a dépensé au moins 600 millions [de francs CFA, 1,2 million de dollars] pour les infrastructures et pour faire fonctionner le comité de pilotage”, a rapporté à Xinhua M. Gankou.

Pendant environ deux ans, la prise en charge salariale avait été assurée par la Commission de l’UA, qui s’était déclarée incapable à renouveler les mandats des experts en raison de ” contraintes financières”, selon une lettre adressée par Jean Ping, alors dirigeant de cette instance de l’organisation panafricaine, au Premier ministre camerounais Philemon Yang en octobre 2011.

Dans la même correspondance, le gouvernement camerounais était sollicité pour prendre le relais de cet engagement, mais cette fois pour une équipe réduite, limitée au président du comité de pilotage et son assistante.

Avant cela, le chef du gouvernement camerounais avait prescrit à l’issue d’une réunion interministérielle tenue le 8 février 2010, au ministre des Finances, à l’époque Essimi Menye, de “dégager pour une durée d’un an, les ressources nécessaires devant renforcer la mise en oeuvre des activités dudit Comité”, d’après un document officiel dont Xinhua a pu procurer copie.

La même instruction a été donnée à Alamine Ousmane Mey, le remplaçant d’Essimi Menye à la tête du ministère des Finances depuis l’élection présidentielle de 2011. Jusqu’à présent, elle n’a pas été suivie d’effet. Résultat : depuis 2013, les bureaux du FMA sont officiellement fermés à Yaoundé et c’est depuis sa résidence privée que Jean-Marie Gankou essaie de faire bouger les choses.

“C’est une situation très difficile à vivre, pour une affaire aussi importante que celle-là, qui devrait apporter un plus à l’économie africaine. C’est vraiment regrettable que ça ne bouge pas du tout. L’impression que j’ai est que les Africains n’ont pas pris la mesure de l’enjeu, de l’importance et de la portée de ce projet”, se désole l’ancien ministre.

C’est un dossier en gestation depuis les indépendances, “que les chefs d’Etat fondateurs de l’OUA [Organisation de l’unité africaine, l’ancêtre de l’UA] avaient pensé mettre en place dès 1963. Nkrumah, Ahidjo, Sékou Touré, Bourguiba, Nasser, Selassié… avaient compris que pour consolider l’indépendance de l’Afrique, il fallait une institution comme ça. Près de 60 ans après, ce n’est pas opérationnel!” Pour devenir opérationnel, le Fonds monétaire africain doit franchir une autre étape, celle de la ratification de ses statuts par au moins 15 des 54 pays membres de l’Union africaine. Ce mécanisme encore non enclenché requiert des autorités du Cameroun, compte tenu du statut de siège de l’institution, de mener une opération de lobbying diplomatique, selon des sources à l’UA.

“Le Cameroun, observe l’une d’elles, a tout intérêt à faire aboutir ce projet. Voyez ce que l’Ethiopie gagne, en termes d’emplois et d’entrées de devises, avec la présence sur sol du siège de l’Union africaine et d’autres institutions comme la Commission économique des Nations Unies pour l’Afrique ! Le pouvoir ivoirien l’a compris, en manœuvrant pour le retour de la Banque africaine de développement à Abidjan”.

En attendant, le sommet de Malabo de juin 2014 avait recommandé la mise en place d’une “structure provisoire de gestion du Fonds”. Rien n’a non plus avancé dans l’exécution de cette résolution, qui ferait appel à un besoin de financement mensuel de près de 15.000 dollars à fournir par le gouvernement camerounais, à en croire une source proche du dossier ayant requis l’anonymat.

Doté d’un capital social de 22 milliards de dollars, le FMA a pour vocation de contribuer à la stabilité économique et à la gestion des crises financières en Afrique, en favorisant la croissance macroéconomique et le développement commercial par la promotion du commerce intra-africain, estimé pour l’heure à 12% du total des échanges du continent.

Une réponse au diktat occidental, cette institution est censée permettre la création d’un marché commun africain programmée pour 2017 et doter à terme le continent d’une monnaie unique en vue d’ une meilleure intégration économique régionale paralysée pour l’ heure par l’existence d’une multitude de monnaies (une cinquantaine) non convertibles les unes envers les autres.

Sa création est associée à celle de la Banque centrafricaine (BCA)à Abuja au Nigeria et de la Banque africaine de l’ investissement (BAI)à Tripoli en Libye, qui sont également caractérisées par une mise en place lente, aujourd’hui attribuée pour certains à la mort de l’ex-dirigeant libyen Mouammar Kadhafi, qui passait pour être très actif pour la réalisation des trois projets.

Source : © Agence de presse Xinhua

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