Cameroun : Les fidèles doivent-ils éponger les dettes de l’archidiocèse de Yaoundé ? – 29/05/2014

Père Ludovic Lado
Père Ludovic Lado

On sait désormais que l’archidiocèse de Yaoundé est lourdement endetté. Et d’après de récentes informations relayées par les médias camerounais, une stratégie de remboursement a été mise sur pied par les autorités ecclésiales. Il est question pour les différentes paroisses du diocèse, en fonction du poids financier de chacune, de financer ladite dette.  Pourquoi pas ? Puisque tôt ou tard il faudra bien que l’archidiocèse paye ses dettes. Mais est-il moral de faire porter aux fidèles le poids d’une dette dont ils ignorent les tenants et les aboutissants ?  Si j’étais un fidèle de l’archidiocèse de Yaoundé, je ne participerai à un tel effort collectif qu’à une condition essentielle : l’obligation de transparence dans ses dimensions rétrospective et prospective.

Sur le plan rétrospectif, il est tout à fait normal pour un fidèle à qui on demande un effort pour éponger une dette d’une telle envergure d’exiger des explications sur ce qui s’est passé. Comment en sommes-nous arrivés là ?  Quelles sont les responsabilités des uns des autres.  Je me souviens, alors que j’étais aux études aux Etats-Unis en 2001, la question de la gestion des prêtres pédophiles par certains évêques commençait à agiter l’opinion publique dans l’archidiocèse de Boston. Un groupe de laïcs engagés qui exigeait des explications de leurs pasteurs s’est organisé pour faire pression sur les autorités du diocèse dans le sens de la transparence.

L’archevêque qui était un cardinal faisait la sourde oreille et a voulu faire valoir ses relations romaines pour faire taire les fidèles. Les fidèles ont organisé le boycott de la quête jusqu’à ce que le Vatican leur donne raison en obligeant l’archevêque en question à prendre une retraite anticipée. L’Eglise est en majorité laïque et il n’est pas normal qu’une poignée cléricale lui fasse porter le poids de ses turpitudes.

Cet état des choses doit radicalement changer. S’il est normal que les fidèles contribuent généreusement à la vie matérielle et spirituelle de leur Eglise, il est tout aussi normal qu’ils demandent des comptes de la gestion de leur argent.  L’argent de la quête n’est pas un bien privé du prêtre ou de l’évêque, mais un bien commun de toute la communauté paroissiale ou diocésaine. Il s’ensuit que si j’étais un fidèle de l’archidiocèse de Yaoundé, je ne contribuerai à un tel effort que si les autorités ecclésiales m’expliquent clairement comment on en est arrivé là. D’où vient la dette et à quoi a-t-elle servi ?

Sur le plan prospectif, c’est une chose de constater une gabegie consommée? C’est autre chose de mettre des gardes fous pour qu’elle ne se reproduise pas. Quand bien même les autorités ecclésiastiques m’auraient expliqué les tenants et les aboutissants de l’endettement, je ne contribuerai à l’effort de remboursement que si le nouveau dispositif de gestion inspire confiance. Dans un contexte où les Camerounais tirent le diable par la queue dans leur lutte pour la survie, il serait inadmissible de leur demander de se saigner sans s’assurer que le produit de leur effort sera sainement géré. En cette matière, le Pape François nous donne un exemple à suivre.

Depuis son élection, il a fait de la reforme des finances du Vatican une priorité. Il a fait de la transparence le maître mot de cette reforme et elles commencent à porter des fruits.   Les responsables des diocèses doivent l’imiter ! Mais surtout, les fidèles doivent pousser pour des reformes qui permettent qu’on leur rende compte en toute transparence des moyens matériels et financiers qu’ils mobilisent pour leurs Eglises locales. Quiconque sort un seul rond de sa poche pour l’Eglise a tout à fait le droit de savoir ce qu’on en a fait. Décidément, on ne peut pas servir Dieu et l’argent!

© Correspondance de P. Ludovic Lado