Cameroun – Lejeune Mbella Mbella : « Notre pays entretient d’excellentes relations avec l’OIF »

Lejeune Mbella Mbella, ministre camerounais des Relations extérieures(MINREX) | Ph. © CT

De concert avec d’autres Nations, le Cameroun célèbre ce jour à Yaoundé, le 47e anniversaire de la Francophonie sur le thème : « J’aime, je partage mon 20 mars ». Cette commémoration a été précédée par une intense semaine d’activités plurielles, organisée par le ministre des Relations extérieures (MINREX), comme à l’accoutumée. Vendredi par exemple, le MINREX a abrité un atelier de sensibilisation et de formation sur les « opportunités d’emplois et procédures de recrutement de personnels civils au sein des opérations de maintien de la paix (OMP) ». À l’occasion, plusieurs cadres de l’administration publique, des personnels des professions libérales et de la société civile, ont été mobilisés. Aussi, Cameroon Tribune a-t-il saisi l’occasion pour donner la parole à Lejeune Mbella Mbella, qui revient sur des initiatives de promotion du vivre-ensemble et de lutte contre la corruption impulsée par l’Organisation internationale de la Francophonie.

Monsieur le ministre, la Journée internationale de la Francophonie se célèbre cette année sous un thème singulier, en l’occurrence : « J’aime, je partage mon 20 mars ». Que vous inspire-t-il ?

A l’évidence, ce thème rappelle la date du 20 mars qui fait référence aux premiers jalons de la Francophonie institutionnelle à travers la création de l’Agence de coopération culturelle et technique (ACCT) en 1970. Il met également en exergue deux valeurs, deux maximes universellement consacrées, à savoir l’amour et le partage. Dans un monde de plus en plus en proie à une montée vertigineuse des comportements haineux, des égoïsmes, des particularismes et des replis identitaires qui constituent le soubassement de périls sociaux actuels à l’instar des conflits armés et du terrorisme, l’allusion faite à l’amour et au partage dans la perspective d’un meilleur vivre-ensemble est d’une pertinence indéniable. L’espace francophone n’en est pas épargné. A titre d’exemple, notre pays reste confronté aux exactions de la secte terroriste Boko Haram, qui, grâce à la bravoure des contingents de la Force multinationale mixte et des comités locaux de vigilance, ont connu une nette régression. En guise de contre-offensive, il s’agit au cours de cette édition de célébrer une francophonie des valeurs ; une francophonie qui promeut non seulement l’amour et le partage, mais aussi la paix, la tolérance, la solidarité, l’éducation, la formation, la protection de l’environnement et la diversité culturelle et linguistique.
Le thème de cette édition, à savoir « J’aime, je partage mon 20 mars », se situe au carrefour des idéaux chers à la Francophonie et qui ont précisément vocation à être diffusées à grande échelle, notamment à travers les réseaux sociaux. En d’autres termes, il s’agit d’une interpellation particulière vis-à-vis des jeunes qui sont les principaux animateurs desdits réseaux. C’est dans le même esprit que la secrétaire générale de la Francophonie, S.E.M. Michaëlle Jean, a lancé le 10 mars 2016 l’initiative « Libres ensemble ».

Parlons justement de l’initiative « Libres ensemble ». Qu’en a-t-il été véritablement au Cameroun et quelles leçons pouvons-nous en tirer ?

De manière globale, l’initiative « Libres ensemble » a été lancée il y a un an par madame la secrétaire générale de la Francophonie sur la base d’un constat essentiel évoqué en amont, en l’occurrence l’émergence accrue d’antivaleurs tels que la haine, l’intolérance et les extrémismes qui sont actuellement les principaux facteurs des conflits et du terrorisme à l’échelle mondiale en général et francophone en particulier. Il s’agit, au moyen des outils numériques que sont l’internet et les réseaux sociaux, de faire résonner dans les esprits et dans les cœurs des peuples de l’espace francophone, les valeurs de paix, de concorde, de diversité, de tolérance, de liberté et de partage, dans l’optique de barrer la voie aux sirènes trompeuses des apôtres du chaos et de la division dont les cibles privilégiées sont les jeunes.
Dans cette lancée, le Cameroun, par le biais du ministère des Relations extérieures, a fait sienne cette initiative et c’est ainsi qu’entre les mois de septembre et de décembre 2016, a été organisée et déroulée la campagne nationale intitulée « Libres ensemble au Cameroun ». Elle visait, à travers des rencontres d’échanges, la jeunesse scolarisée et non scolarisée des métropoles régionales et villes universitaires de notre pays. A cet égard, je ne manquerai pas de saluer le concours multiforme de l’Organisation internationale de la francophonie et la collaboration des départements ministériels concernés qui ont été décisifs dans la concrétisation de ce projet que je qualifierai de réussi, au regard de l’engouement suscité et obtenu du public cible, à savoir nos jeunes concitoyens des dix régions. Nous osons espérer que ces derniers se sont bien appropriés les messages formulés à leur endroit, afin qu’ils puissent faire tache d’huile.
Monsieur le ministre, quelle spécificité peut-on dégager de la commémoration de la Journée Internationale de la Francophonie cette année ?
Nous pouvons relever que les activités au programme de ladite commémoration ont fait la part-belle à la réflexion et au pédagogique. La semaine y ayant été consacrée a été lancée le 14 mars par une conférence sur l’entrepreneuriat féminin, organisée avec le partenariat du MINPMEESA et du MINPROFF, ainsi que le partage d’expériences des pays francophones amis et la participation remarquable de l’Association des Bayam Sellam du Cameroun (ASBY). Dans le sillage de la Journée Internationale de la femme, nous avons une fois de plus, voulu honorer la femme dont les préoccupations en termes notamment d’autonomisation, d’éducation, d’insertion socioprofessionnelle et de leadership sont au centre des actions de madame la secrétaire générale de la Francophonie depuis le début de son mandat en 2015. Il n’en est pas moins de la mise en œuvre des politiques nationales y afférentes qui, sous la très haute impulsion du chef de l’Etat, S.E. Paul Biya, et du gouvernement de la République, place la femme comme un acteur incontournable du développement de notre pays.
Dans le même ordre d’idées, une rencontre de sensibilisation de l’opinion publique sur les opportunités d’emplois au sein des opérations de maintien de la paix a été organisée, afin de favoriser la participation des uns et des autres à ces mécanismes au service de la paix et de la sécurité internationale. En dernier ressort, le ministère des Relations extérieures a, durant cette période d’activités, officiellement installé des clubs Francophonie nouvellement créés dans quelques établissements d’enseignement secondaire du Cameroun, afin que ceux-ci, sous son accompagnement, assurent pleinement leur rôle de relai dans la promotion et la vulgarisation des idéaux incarnés par la Francophonie auprès de notre jeunesse dans son ensemble

Pour conclure, Monsieur le ministre, comment se porte la coopération entre le Cameroun et l’Organisation Internationale de la Francophonie et quelles en sont les perspectives ?

Notre pays entretient avec l’OIF d’excellentes relations de coopération. Au rang des indicateurs qui peuvent attester de ce bilan élogieux au cours des douze derniers mois, il convient de relever le positionnement de Camerounais au sein de l’attelage institutionnel de la Francophonie. En guise d’illustration, je citerai entre autres la nomination le 1er novembre 2016, de notre compatriote Emile Tanawa comme tout premier directeur de l’Institut de la Francophonie pour l’Education et la Formation (IFEF). Cet organe subsidiaire lancé en 2015 est la pierre angulaire de la Francophonie en matière d’expertise technique, de mise en œuvre, de suivi et d’évaluation des politiques éducatives dans son aire de compétence. De plus, nous pouvons mentionner la désignation de notre illustre concitoyen et musicien de renommée mondiale Manu Dibango, comme grand témoin de la Francophonie pour les Jeux olympiques et paralympiques de Rio 2016. Plus récemment encore, l’artiste-musicienne camerounaise Kareyce Fotso a été nommée ambassadrice de bonne volonté pour les 8èmes Jeux de la Francophonie qui se dérouleront à Abidjan en Côte d’Ivoire au mois de juillet 2017, avec pour missions de promouvoir la langue française, l’épanouissement de la jeunesse et l’égalité des sexes, et de valoriser la diversité culturelle.
Les perspectives sont toutes aussi encourageantes, avec en ligne de mire le lancement attendu de la 2e  phase du Programme francophone d’appui au développement local (PROFADEL) auquel le Cameroun est éligible. Par ailleurs, nous pouvons souligner la mise en œuvre escomptée du Programme de promotion de l’emploi par l’entrepreneuriat chez les femmes et les jeunes, dont l’Accord cadre a été signé en marge du Sommet d’Antananarivo en novembre dernier. Relativement audit programme, une autre convention a été signée le 1er février 2017 par l’OIF et le Réseau normalisation et francophonie, en vue de l’exécution en Afrique du Projet « Femmes, Jeunes et normalisation » pour laquelle notre pays fait partie des quatre champs d’expérimentation avec le Burkina Faso, le Sénégal et Madagascar. En outre, le Cameroun a été retenu parmi les bénéficiaires de l’Initiative pour la formation à distance des maîtres (IFADEM) pour la période 2016-2017, et se prépare également à prendre part aux 8èmes Jeux de la Francophonie à Abidjan en juillet prochain.

Source : © Cameroon Tribune

Par Jean Francis BELIBI

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