Cameroun : L’économie durement affectée par les menées de Boko Haram – 07/03/2015

Emmanuel Nganou Djoumessi, le ministre de l’Economie, de la planification et de l’aménagement du territoire (Minepat).
Emmanuel Nganou Djoumessi, le ministre de l’Economie, de la planification et de l’aménagement du territoire (Minepat).

La crise sécuritaire due à la secte islamiste nigériane Boko Haram dans la partie septentrionale mais aussi les tensions politiques en Centrafrique, avec leurs répercussions dans la région de l’Est, impactent sérieusement et négativement sur l’activité économique du Cameroun, selon un rapport publié vendredi par le ministère de l’Economie, du Plan et de l’Aménagement du territoire (MINEPAT).

Dans la région de l’Extrême-Nord, qui abrite 13% des sites touristiques de l’ensemble du territoire et près de 7% de capacité d’accueil hôtelière nationale, l’enquête signale la fermeture de la quasi-totalité des entreprises de tourisme (les tours opérateurs).

Selon ce rapport dont APA a pu obtenir copie, le taux d’occupation des hôtels est passé de près de 50% avant le début de la crise à environ 10% actuellement.

Ce repli de la fréquentation des hôtels s’explique par l’annulation complète des réservations faites par les expatriés, et qui a conduit à une baisse du chiffre d’affaires de près de 16% en glissement annuel alors que, au même moment, on assiste à une forte baisse des activités des établissements de loisirs.

Dans la région de l’Est, en raison de l’afflux des réfugiés et de l’arrivée du personnel d’encadrement des organismes internationaux, les services d’hébergement et de restauration ont par contre connu un surcroît d’activité qui a aussi entraîné une prolifération des établissements hôteliers clandestins.

S’agissant du secteur des transports, le rapport du MINEPAT fait état d’une baisse de l’ordre de 45% des immatriculations des nouveaux véhicules dans la région de l’Extrême-Nord, du fait de l’arrêt des importations en provenance d’Afrique de l’ouest et transitant par le Nigeria.

En ce qui concerne le transport transfrontalier, l’activité est pratiquement à l’arrêt du fait de la fermeture des frontières avec le Nigeria.

Par contre, dans la région de l’Est, l’activité du transport demeure relativement stable avec un trafic en progression de 1,7% en glissement annuel, essentiellement dû à la hausse du trafic lié à la logistique humanitaire qui a compensé la baisse du trafic lié aux échanges commerciaux avec la République centrafricaine.

Au plan du commerce, l’enquête du MINEPAT signale la raréfaction des produits en provenance du Nigeria ainsi que des difficultés à écouler certains produits à destination du marché régional, mais également l’aggravation du déficit des capacités de transformation, des pertes de crédits en marchandises accordés à certains clients tombés en faillite ou décédés, suite aux affrontements armés.

Le secteur de l’élevage, de la pêche et des industries animales pâtit de la même insécurité avec la recrudescence des conflits agriculteurs-éleveurs et éleveurs-éleveurs, l’accroissement du risque de transmission des maladies bovines, le retour de certaines maladies bovines déjà éradiquées au Cameroun, le surpâturage créé par l’accroissement sensible du cheptel dans les localités frontalières, l’occupation des espaces protégés ainsi que le vol du bétail.

Dans le registre de la production agricole, plusieurs exploitations sont aujourd’hui abandonnées par les agriculteurs, qui connaissent aussi la destruction de leurs exploitations par l’afflux du bétail avec, en sus, des difficultés d’accompagnement et de suivi des producteurs.

L’impact de l’insécurité n’est pas plus réjouissant sur l’exécution des dépenses budgétaires 2014, plusieurs entreprises du bâtiment et des travaux publics s’étant démobilisées du fait de l’impossibilité d’effectuer des travaux dans les zones concernées, où plusieurs marchés publics sont menacés de forclusion.

A l’Est aussi, les entreprises doivent face à d’énormes difficultés d’approvisionnement et de sécurité des travailleurs, une situation qui a conduit notamment à la renonciation de l’exécution de certains marchés, à l’arrêt ou au ralentissement de certains travaux routiers et à des dépenses imprévues liées à la prise en charge des forces de défense.

En termes de recettes fiscales, le ralentissement de l’activité économique résultant de l’insécurité a entraîné la diminution du potentiel fiscal des régions affectées, mais également la réduction des contrôles fiscaux pour éviter des tensions sociales, toute chose qui obère l’efficacité des administrations fiscales et la montée de la contrebande de produits de première nécessité.

Les effets de cette situation se font lourdement ressentir sur les prix avec une hausse découlant de la baisse de l’approvisionnement des produits en provenance du Nigeria, l’impossibilité d’exporter les produits locaux avec des effets dévastateurs sur les emplois directs et indirects dans les secteurs agricoles, du tourisme, de l’hôtellerie, du transport, du commerce, des travaux publics et les emplois.

Le rapport du MINEPAT note ainsi des licenciements massifs, des abandons de poste, des accumulations d’arriérés de salaire et des mises en chômage technique dans les localités affectées par l’insécurité transfrontalière.

Face au péril qui se profile, le gouvernement vient d’annoncer la mise en œuvre d’un Programme d’aménagement du territoire fondé sur une stratégie de résilience et de relèvement immédiat.

© CamerPost avec © APA

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