Cameroun: Le plan de redressement de Camair-Co hypothéqué – 30/05/2014

Cinq mois après sa date de lancement, le plan de redressement de la Camair-Co n’est toujours pas exécuté. La procédure initiale de relance approuvée par le conseil d’administration, la direction générale et la présidence de la République est rejetée par le directeur général. La procédure choisie par le directeur général achoppe sur les garanties bancaires exigées.

Frédéric Mbotto Edimo, directeur général de Camair-Co.
Frédéric Mbotto Edimo, directeur général de Camair-Co.

L’échec du plan de redressement de la Cameroon Airlines corporation (Camair-Co) est-il consommé? Au sein des employés de la compagnie aérienne camerounaise, le doute s’installe. Pour les syndicats des personnels qui ont adressé une lettre de mise en garde au directeur général, Frédéric Mbotto Edimo, le franchissement de la ligne rouge n’est plus qu’une question de temps. C’est que, au lendemain de la nomination des nouveaux membres du conseil d’administration de cette structure, un plan de redressement avait été conjointement élaboré entre le conseil d’administration et la direction générale. Le document signé et acheminé à la présidence de la République se fixe pour objectif à court terme, de rendre la Camair-Co plus compétitive. Le plan d’action cosigné du directeur général, Frédéric Mbotto Edimo et du président du conseil d’administration, Edouard Akame Mfoumou se fixe pour objectif d’apurer la dette de l’entreprise estimée à 15 milliards FCfa, renforcer la flotte par l’acquisition de trois nouveaux avions dont un Boeing 767-300 pour les vols long courrier ainsi que deux avions de type Bombardier et Embraer pour les vols régionaux. Dans la même veine, la feuille de route en vue du redressement de la Camair-Co entend tourner la page des subventions que lui octroie l’Etat depuis sa création. Une initiative ayant bénéficié de l’accord de la présidence de la République.

Pour son effectivité, le plan de route de Mbotto Edimo et Akame Mfoumou entendait recruter des cabinets spécialisés dans la mobilisation des fonds. Au terme de l’appel d’offre, quatre mandats sont remis à des cabinets. Les mandats remis le 24 janvier 2014, après approbation de la présidence de la République, indiquent alors que les caractéristiques pour la recherche et la mise en place du financement nécessaire au redressement de la Camair-Co doivent porter sur le fait que le montant du crédit recherché est de 23 millions 947 mille Francs Cfa. Un crédit à long terme (durée de dix ans) dont le taux d’intérêt approuvé par les différentes parties est estimé entre 5 et 6%. Le mandat donné aux quatre cabinets retenus le 24 janvier 2014 pour cette opération indique que le différé d’amortissement est de 18 mois tandis que la période de mise en place du crédit est fixée à la fin du mois de février 2014. Une échéance qui n’a pas été respectée à ce jour.

C’est que, au moment où les financements escomptés sont trouvés, la présidence de la République est saisie d’une correspondance émanant de la direction de la Camair-Co. La note adressée au président de la République indique que le directeur général de la Camair-Co n’a «jamais été associé à une quelconque procédure de sélection des consultants.» Dans la même veine, des présomptions sont émises sur d’éventuelles collusions entre le président du conseil d’administration et les cabinets retenus pour la mobilisation des fonds. Une attitude qui conduit à la suspension des mandats des consultants. Dans le même temps, la correspondance de la présidence de la République instruit au directeur général de la Camair-Co d’entreprendre des négociations «directes» avec Ecobank et la Banque internationale du Gabon et de la France (Bgfi) pour l’obtention de 30 milliards FCfa. Les accords faits entre le directeur général de Camair-Co et la Bgfi indiquent que la banque apporte la somme de 6 milliards FCfa à la Camair-Co tandis qu’elle s’engage également à rechercher 24 milliards FCfa auprès d’autres établissements bancaires. En sa qualité d’arrangeur d’affaire, la Bgfi exige des taux d’intérêt de 7,5% ainsi qu’une durée de remboursement de 5 ans. En termes de garantie, la banque exige aussi la caution souveraine de l’Etat et le nantissement de toutes les recettes de la compagnie. A la direction financière de Camair-Co, des sources indiquent que «dans cet arrangement, la Bgfi oblige également la Camair-Co à ne pas utiliser les fonds empruntés que pour les investissements et non pour rembourser une quelconque dette.» Tout comme les états financiers pour l’exercice 2012-2013 sont réclamés par la banque.

Source : © Le Messager

Par Joseph OLINGA N.

Focal: Jeux d’intérêts

Face aux accusations dont il fait l’objet, le directeur général de Camair-Co évoque les manœuvres de quelques lobbies tapis dans l’ombre. «Si les financements tardent à venir, c’est à cause des manœuvres de certains membres du conseil d’administration qui ne veulent pas me laisser travailler.» rapporte l’un de ses proches. Un argument que réfutent certains syndicats de personnels de la Camair-Co. Des personnels qui dénoncent des présomptions d’accaparement entre la direction générale et le conseil d’administration de la Camair-Co. Toutefois, au conseil d’administration l’on plaide «officiellement» pour la mise sur pied d’un comité de gestion des potentiels fonds mobilisés pour le redressement de l’entreprise. Dans les faits, des soupçons de détournement de cet «hypothétique» fonds sont évoqués de part et d’autres. Des raisons pour les syndicats de proposer que tout décaissement opéré dans le cadre de ces fonds soit cosigné du directeur général et d’un autre membre du comité de redressement de la Camair-Co. Dans la pratique, l’entreprise reste confrontée à l’amenuisement de son fonds de roulement tandis que le début d’exécution du budget 2014 et la mise en musique du plan d’action conjointement adoptés par la direction générale de Camair-Co et son conseil d’administration restent improbables cinq mois après leur adoption.

J.O.N.

Poster un Commentaire

Soyez le premier à commenter !

Me notifier des
wpDiscuz