Cameroun : L’angoisse des familles des otages de l’Est

Le Maire de Lagdo, Mama Abakai | Archives/DR
Le Maire de Lagdo, Mama Abakai | Archives/DR

Enlevés depuis mars 2015, les 15 Camerounais dont le maire de Lagdo sont toujours entre les mains de leurs ravisseurs. Leurs familles vivent la mort dans l’âme.

Parmi les otages enlevés dans la région de l’Est dans la nuit du 19 au 20 mars 2015, il y a un chef traditionnel. Dans le département de Lagdo, région du Nord, il porte le titre de « Ardo ».  Camerpost a rencontré sa famille à Yaoundé. Hamidou, son neveu a accepté de s’ouvrir sous le regard gendarme de sa tante. « Nous sommes dévastés », commence-t-il. Sa tante, émotive écrase une larme à l’aide de son pagne. « Notre village s’appelle Wouro Doukoudjé dans le Nord », poursuit notre source en précisant que Ardo est le plus âgé du groupe. A l’entendre parler, il craint que le pire arrive à son oncle. « Sa santé est fragile. Il est diabétique. Il souffre aussi de typhoïde. Pourra-t-il avoir ses comprimés, pourra-t-il boire de l’eau potable qu’exige sa santé ? Pas sûre, son âge aidant, je m’inquiète », dit-il en tournant le visage, comme pour chasser cette probabilité.

Hamidou pense que même si « Ardoe » et ses compagnons de misère viennent à être libérés, il faut le préparer psychologiquement pour pouvoir faire face à la réalité qu’il va retrouver dans sa famille. En effet, quelques jours après cette nuit fatidique du 20 mars, sa grand-sœur Ramatou, qui vivait dans son domicile est décédée. « Elle était très affectée par la nouvelle », regrette notre source. Son frère ainé, Sambo Bakary qui assurait l’intérim est aussi mort. En ce moment, et selon les témoignages de la famille, c’est son petit-frère, Iya Garou Abdoulaye qui est à la tête de la chefferie. Ses trois épouses et ses 17 enfants vivent la peur dans le ventre.

Depuis cet enlèvement aucune famille n’a reçu un quelconque soutien du gouvernement. Face à ce silence, les membres de familles se sont manifestés à maintes reprises. Lors d’une visite à Lagdo, fin août 2015, Dr Taiga, le ministre de l’Elevage, des Pêches et des industries animales a été accueilli par une banderole sur laquelle, on peut lire : « Nous les enfants, épouses et époux des otages de Lagdo, demandons au gouvernement de faire quelque chose pour la libération de nos parents et époux pris en otage depuis le 19 mars 2015 ».

Plus tard ces familles passent à l’étape supérieure en saisissant le Président de la République au travers d’une lettre anonyme. Selon un extrait publié par nos concrètes de l’œil du sahel, on peut lire : « Excellence, nous vous saisissons pour que lumière soit faite sur la situation de ces otages après sept mois de captivité entre les mains des ravisseurs, avec des conditions de vie médiocre. Nous voulons savoir s’ils vivent ou pas et quel est le sort qui leur est réservé. Excellence, si rien n’est fait d’ici là, nous serons obligés de nous faire entendre. Nous entrerons en brousse nous-mêmes à la recherche de nos otages avec tous les risques que cela comportera ». En rappel, ces 15 Camerounais ont été enlevés non loin de Garoua Bouali dans la région de l’Est du Cameroun alors qu’ils renteraient d’une cérémonie de levée de corps à Bertoua. L’on ne connaît pas avec exactitude l’identité de leurs ravisseurs, ni leurs revendications.

© CAMERPOST par Ben Moussa

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1 Commentaire sur "Cameroun : L’angoisse des familles des otages de l’Est"

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Jesus

Si c’était un blanc le gouvernement camerounais allait déjà débourser les milliard.

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