Cameroun – Scène : Un berger parmi les « Zà » – 03/10/2014

Le jeune rappeur a fait la différence sur la scène de l’IFC – antenne de Douala, à l’ouverture officielle de ses activités de la saison 2014-2015. Un talent musical à suivre !

Lady sur la scène de l’IFC de Douala.
Lady sur la scène de l’IFC de Douala.

Le jour de la rentrée est un jour de joie. La plupart des temps, bien sûr. Moment de retrouvailles. Moment de partager un bonheur commun. A l’Institut français du Cameroun – antenne de Douala, c’est la musique qui a été l’élément fédérateur. Pour cela, il fallait une figure emblématique. Le dévolu a été jeté sur la chanteuse et rappeuse camerounaise Obounou Lady B, maîtresse de cet art depuis vingt ans au Bled. Un choix idoine pour un poids tout aussi lourd. Celui de rendre hommage aux « grands », aux « Zà » comme l’américaine Nina Simone (de son vrai nom Eunice Kathleen Waymon) et le français Léo Ferré. Peut-être la raison pour laquelle, elle était un peu sous pression personnelle. Car, moins décontractée sur la scène comme ses précédents spectacles suivis minutieusement depuis la sortie de son album « Ô pays des femmes sages », Vol.1 le 25 novembre 2013. Bien qu’ayant fait danser le public accroc présent, se faire accompagner par un chœur aurait été meilleur. Sur des chansons comme « Ngon mefan », « Ma yangue wa », « L’Afrique survivra »… on la sentait parfois en manque de soutien vocal sur la scène. L’interprétation des chansons de Nina Simone et Léo Ferre a été douloureuse pour « la belle esclave libre ». Entre lire le texte sur le pupitre et le rendre avec autant d’émotion comme leurs auteurs n’était pas facile. La bataille a été sinueuse jusqu’au bout. Des points positifs sont à relevés : la nouvelle configuration de spectacle qu’elle devrait encore peaufiner pour mieux se vendre à l’extérieur, les lumières et la sono de ce soir. C’était aussi une aubaine pour rendre un hommage bien mérité à « toutes ses femmes qui ont souffert, souffrent et qui continuent de souffrir pour le bonheur du monde », souligne Obounou Lady B.

Dans le pâturage du hip-hop

Il est venu en parfait inconnu du public. Puisque programmé pour faire la première partie d’Obounou Lady B. Finalement, c’est lui qui était la véritable star de la soirée. Dans son accoutrement de vrai berger : large chapeau sur la tête, sa petite cruche d’eau de fabrication locale accrochée sur lui, torse et pied nu, il n’a qu’une étoffe nouée autour des reins. Exactement comme ce cache-sexe de nos parents dans le temps. On replonge sans le vouloir dans l’histoire. Son accent confirme qu’il vient vraiment de la partie septentrionale camerounaise. Le Berger. C’est son nom d’artiste et il est venu paitre les hommes dans le pâturage du hip-hop, nouvelle version. Son bêlement comme une chèvre et son « Salam » passé à l’assistance en montant sur la scène a annoncé les couleurs de ce fils de la région de l’Adamaoua.

Danse campagnarde. Texte simples mais poignants posés sur les notes de guitare de Marsi Essomba. Ce dernier n’a pas le jazz qui le blase ce soir du 26 septembre 2014. Plutôt un jeu de guitare qui blase le public. Il y a de quoi applaudir. Et rire aussi car, Le Berger a aussi plein d’humour dans ses chansons. C’est ça sa particularité et son identité. Contrairement à bon nombre de rappeurs camerounais. Il est conscient que son « talent se repend plus vite qu’Ebola ». C’est pourquoi, il a opté pour la contagion des peuples d’Afrique et du monde afin qu’ils soient unis, qu’ils s’aiment comme il aime sa femme et qu’on lui passe le « micoro » (lisez micro) afin de répandre la bonne nouvelle. Son bref passage démontre que la créativité est encore possible dans ce monde musical où le copié-collé est de mise. Surtout qu’entre « all school et new school, je ne suis pas là, mais je chante ce que je suis » déclare-t-il.  Le Berger est un jeune artiste rappeur camerounais plein d’avenir s’il est bien encadré. Artiste à suivre !

© Camer Post – Frank William BATCHOU

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