Cameroun: La leçon du Pape François à l’épiscopat – 11/09/2014

Les évêques du Cameroun en visite Ad Limina au Vatican, ont été reçus en audience par le successeur de Saint Pierre. Celui-ci leur a délivré un message portant sur les réalités spirituelles et sociopolitiques vécues par l’Eglise catholique qui est au Cameroun.

Visite Ad Limina - Photo d'illustration.
Visite Ad Limina – Photo d’illustration.

Depuis qu’elle existe, la conférence des évêques du Cameroun a toujours organisé de manière commune tous les cinq ans la visite Ad Limina des évêques du Cameroun. C’est encore le cas de cette récente visite qui a pris fin dimanche dernier. Avec comme sommet, l’audience du Pape François accordée aux évêques du Cameroun le 6 septembre 2014. Pour les différents ordinaires du Cameroun, ce fut la première rencontre avec le successeur de Benoit XVI. Comme il est de tradition, avant l’audience qu’il se doit d’accorder à chaque évêque comme le stipule le canon 400, il y a d’abord eu une audience générale, au cours de laquelle, le Pape a fait la connaissance de toute la conférence épiscopale du Cameroun. Il faut dire qu’avant cela, le Pape François avait déjà eu une idée précise de la vitalité de l’Eglise catholique qui est au Cameroun, et du contexte du pays de Paul Biya.

Ceci évidemment à travers un rapport que lui a envoyé bien avant son ambassadeur au Cameroun, qui n’est autre que le Nonce apostolique au Cameroun et en Guinée équatoriale, avec résidence à Yaoundé. Et comme il fallait s’y attendre, tous les problèmes qui minent l’Eglise catholique qui est au Cameroun sont revenus dans le propos du Pape. Ces problèmes sont entre autres, pour les plus profonds, le tribalisme accentué et développé au sein de l’Eglise et parfois jusque dans les communautés de base, et l’indiscipline ecclésiastique qui scandalise la foi des petits chrétiens.

Unité et diversité

Parlant de tribalisme qui constitue selon tous les témoignages des théologiens ecclésiaux l’une des grandes faiblesses de l’Eglise catholique qui est au Cameroun, l’universalité de l’Eglise n’est pas encore bien comprise au Cameroun aussi bien chez les hommes d’Eglise que les laïcs. Beaucoup de chrétiens sont encore attachés à la tribu. Dans un passé récent on a vu naître des conflits lorsque l’Eglise a nommé un évêque loin de son diocèse d’origine. Le nouvel évêque a très souvent été accueilli avec des préjugés. Personne, (certainement pas le Pape François) n’a oublié les douloureuses affaires de la lettre des prêtres bassa’a de l’archidiocèse de Douala rédigée contre la nomination d’un évêque auxiliaire bamiléké à Douala en 1987. Ou encore les bruyantes manifestations des autochtones d’Ongola contre la nomination de feu Monseigneur André Wouking au siège épiscopal de Yaoundé à la fin des années 90. A Ce niveau, face aux évêques du Cameroun, le Pape François a été formel : «pour que l’Evangile touche et convertisse les cœurs en profondeur, nous devons nous rappeler que c’est seulement en étant unis dans l’amour que nous pouvons rendre témoignage de manière authentique et efficace. Unité et diversité sont pour vous des réalités à maintenir fermement liées pour faire droit à la richesse humaine et spirituelle de vos diocèses qui s’exprime de multiples façons».

Parlant de l’indiscipline ecclésiale, qui se manifeste par de nombreux contre témoignages des hommes d’Eglise, prêtres comme évêques, et autres laïcs engagés, que l’on retrouve assez constamment dans le vice dans nos quartiers, le Pape François, de sa voix touchante, a exhorté les évêques du Cameroun en leur indiquant qu’«il est par ailleurs essentiel que le clergé rende le témoignage d’une vie habitée par le Seigneur, cohérente avec les exigences et les principes de l’Evangile. Votre action évangélisatrice sera rendue d’autant plus efficace que l’Evangile sera réellement vécu par ceux qui l’ont reçu et le professent. Là se trouve le moyen d’attirer au Christ ceux qui ne le connaissent pas encore, en leur montrant la puissance de son amour capable de transformer et d’illuminer la vie des hommes”.

Accord-cadre

L’Eglise catholique qui est au Cameroun vit dans un Etat et une société. Il y a encore une décennie, cette Eglise était reconnue par l’Etat du Cameroun sur la base de la même loi qui autorise les associations privées. Le Pape a évoqué devant les évêques du Cameroun le récent accord-cadre entre le Saint-Siège et le Cameroun, il a invité ses hôtes à le mettre en œuvre concrètement. «Car la reconnaissance juridique de nombreuses institutions ecclésiales leur donnera un plus grand rayonnement, au bénéfice non seulement de l’Eglise, mais de toute la société». Et poursuivant dans le même esprit, le Saint Père a demandé aux évêques du Cameroun de poursuivre auprès de l’Etat du Cameroun le travail social par l’éducation, les soins de santé et l’assistance. « Cet engagement considérable dans un grand nombre d’œuvres sociales doit être l’occasion d’une féconde collaboration entre l’Etat et l’Eglise, dans le respect de la pleine liberté de celle-ci. L’engagement dans l’éducation, la santé ou l’assistance fait partie intégrante de l’évangélisation, car il existe une connexion intime entre évangélisation et promotion humaine. Celle-ci doit s’exprimer et se développer dans toute l’action évangélisatrice », a indiqué le Pape François.
Le Saint Père n’a pas oublié que dans beaucoup de diocèses du Cameroun, il y a une forte présence de musulmans qui, dans certains pays proches du Cameroun, est très souvent source de conflits. A ce propos le Pape François a lancé un message fort aux évêques du Cameroun : « C’est une invitation pressante à témoigner courageusement et joyeusement de la foi au Christ ressuscité. Développer le dialogue de la vie avec les musulmans, dans un esprit de confiance mutuelle, est aujourd’hui indispensable pour maintenir un climat de cohabitation pacifique, et décourager le développement de la violence dont les chrétiens sont les victimes dans certaines régions du continent».

Réconciliation

Le Saint Père a aussi attiré l’attention des évêques du Cameroun sur l’encouragement de la vie chrétienne dans les familles qui font face à des dures épreuves telles que la pauvreté, l’insécurité, les déplacements forcés. Ou encore la tentation qui consiste à revenir à la vie païenne, ou encore à intégrer les sectes diaboliques qui montent sans cesse au Cameroun. Le Pape François a par la suite recommandé aux évêques du Cameroun de se mettre loin de ces choses du monde et de toutes actions qui peuvent mettre à mal leur unité. « En particulier celles du pouvoir, des honneurs et de l’argent. Sur ce dernier point, le contre témoignage qui pourrait être donné par une mauvaise gestion des biens, l’enrichissement personnel ou le gaspillage serait particulièrement scandaleux en une région ou beaucoup de personnes manquent du nécessaire». Et de poursuivre : « D’autre part, l’unité du clergé est un élément indispensable du témoignage rendu au Christ ressuscité…Qu’il s’agisse de l’unité des évêques, confrontés souvent aux mêmes défis et appelés à apporter des solutions communes et concertées, ou bien de l’unité du Presbyterium que le Seigneur appelle à construire chaque jour en dépassant les préjugés, notamment ethniques”.

Le Pape François a parlé de la vie consacrée, qui demande à être aussi “enracinée dans le Christ au service du Royaume, elle reste toujours un témoignage prophétique et un modèle en matière de réconciliation, de justice et de paix”. En conclusion, Le Saint Père recommande à l’épiscopat camerounais “de porter la Bonne Nouvelle à tous ceux qui l’attendent encore ou qui en ont le plus besoin”. Après l’audience générale, le Pape François a reçu en particulier chaque évêque du Cameroun accompagné pour certains de leurs prédécesseurs. C’est ainsi que par exemple, l’administrateur apostolique de l’archidiocèse de Yaoundé, Mgr Jean Mbarga a été reçu par le Saint Père en compagnie de son prédecesseur, Mgr Victor Tonye Bakot, très malade en ce moment.

Source : © Le Messager

Par Jean François CHANNON

D’après le Service d’Information du Vatican (VIS)

Focal: Comprendre la Visite Ad Limina

Les canons 395 et 400 déterminent l’opportunité d’une visite Ad Limina. Ainsi, selon l’esprit du canon 395 que nous paraphrasons, chaque évêque diocésain a l’obligation tous les cinq ans de présenter un rapport sur l’état de la vie spirituelle, pastorale et matérielle de son diocèse au souverain pontife. Une fois ce rapport envoyé, l’évêque diocésain est tenu de se rendre à Rome pour vénérer les tombes des apôtres Pierre et Paul, qui furent les fondateurs de l’Eglise. Après quoi, il doit se présenter au Pape qui, dans la tradition de l’Eglise catholique romaine, est non seulement le chef de l’Eglise, mais surtout le vicaire du Christ sur terre. Le canon 400 précise que l’évêque diocésain s’acquittera de ce devoir par lui-même tous les cinq ans. S’il est en état d’indisponibilité (maladie grave notamment), son coadjuteur (évêque désigné pour succéder à un titulaire qui doit aller bientôt en retraite une fois l’âge de 74 ans atteint) effectuera cette visite à sa place. A défaut, ce sera l’évêque auxiliaire qui seconde l’évêque titulaire à la tâche de gestion du diocèse. S’il n’y a pas d’évêque auxiliaire, l’évêque diocésain indisponible désignera son vicaire général, ou tout autre prêtre en qui il fait confiance. Pour être clair, la tradition de l’Eglise catholique romaine veut que chaque évêque dépende directement de Rome. Les évêques qui sont tous des apôtres ne rendent compte qu’au Pape qui les nomme et qui leur confie respectivement pour gestion, une partie de la « vigne du Seigneur» qu’on appelle diocèse. Cependant, les diocèses sont établis dans des pays et des Etats bien constitués. Les fidèles font partie d’une nation donnée. Le Vatican a donc institué des regroupements en terme notamment de provinces ecclésiastiques (chapeauté par les sièges des archidiocèses), et sur le plan national une conférence épiscopale de chaque pays.

J.F.C.

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Carine Emani

“… Il est par ailleurs essentiel que le clergé rende le témoignage d’une vie habitée par le Seigneur, COHERENTE avec les exigences et les principes de l’Evangile. Votre action évangélisatrice sera rendue d’autant plus efficace que l’Evangile sera réellement vécu par ceux qui l’ont reçu et le professent. Là se trouve le moyen d’attirer au Christ ceux qui ne le connaissent pas encore, en leur montrant la puissance de son amour capable de transformer et d’illuminer la vie des hommes ».

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