Cameroun – Kufee Lande : « Henri Dikongue m’a fait jeter mon piano… » – 21/10/2014

Kufee Lande, artiste.
Kufee Lande, artiste.

Jeune artiste musicien camerounais né en 1986, il est passionné de musique sa tendre enfance. En dépit de ses études à l’Institut supérieur de technologie d’Afrique centrale au Congo Brazzaville, il n’a pas abandonné sa passion. De son véritable nom Eric Bernard Suffeu De Talla, Kufee Lande a présenté à quelques hommes de la presse locale, son premier single « Visage de rêve » qui annonce son premier album dans les mois à venir. Il nous en parle dans cette interview.

Kufee est-il un amoureux timide ?

C’est le phénomène de la sauce pimentée. Tu la dégustes mais il y a du piment. Ce piment dans cette chanson est le temps que le personnage central a passé à vivre, dans ses rêves, la femme idéale. Si vous avez de l’argent et qu’avec cela vous ne pouvez nourrir personne, cet argent ne sert à rien. Il s’agit donc de quelqu’un qui s’est toujours senti abandonné sans la présence de quelqu’une à ses côtés. Et du jour au lendemain, il tombe sur une femme et est convaincu que c’est la personne idéale dont-il cherchait depuis tant d’années.

« Visage de rêve » est-elle une chanson pour valoriser le mariage ?

Oui. Cette chanson valorise le mariage. Quand un homme se marie, cela signifie qu’il a atteint la fin de la conception de la femme idéale dont-il avait en tête ; celle avait qui il imaginait être.

En s’arrêtant sur votre nom d’artiste qui signifie « Le conteur s’est marié », on comprend que vous êtes déjà marié…

(Hésitation et rire). Ne prenez pas cette définition au sens premier du terme. C’est un peu de fiction. Un artiste c’est celui là qui imagine et crée. C’est un rêve qui se réalise en quelque sorte pour moi. Donc, mon mariage c’est avec la musique.

Cette chanson « Visage de rêve » est entièrement acoustique. Parlons un peu des conditions d’enregistrement. Comment cela s’est fait ?

Nous l’avons entièrement enregistré en live au studio Believe Records sous la coordination du grand-frère Bill Nyame. On a fait intervenir un pianiste, un percussionniste, une choriste et j’ai joué à la guitare. Toute une équipe pour m’accompagner contrairement à la première maquette que j’avais faite tout seul. C’était simplement merveilleux de voir d’autres personnes participer à la chanson que j’ai passé plusieurs années à mimer tout seul. Aujourd’hui, ce n’est plus mon affaire à moi tout seul mais celle d’un groupe.

Vous avez flirté avec le groupe Lawal Band à un moment donné. A quel niveau vous a-t-il influencé ?

Il faut dire que le leader du groupe, Lawal Tengsi, est un grand-frère. Comme je dis toujours, j’ai grandi avec un esprit musical. A un moment donné, j’ai écouté du Etienne Mbappé, Richard bona, Henri Dikongue… mais je n’avais jamais pensé ou imaginé quelqu’un pratiquer ce genre de musique en ma langue maternelle (Le « Nguemba » parlé dans les Haut-Plateaux de l’ouest, Ndlr). Un soir, à bord d’un véhicule, je tombe sur le cd du groupe. J’ai tout fait pour avoir son contact et je l’ai rencontré une semaine plus-tard. A l’époque, je jouais un semblant de piano en chantant. C’est Lawal qui m’encourage et m’apprends à plaquer mes premières notes et accords de guitare.

Après deux ans, tu réussis aussi facilement à faire toute une chanson sans te faire accompagner à la guitare. Y a-t-il eu un approfondissement de la formation après celle du « maître » ?

Evidemment, je ne me suis pas limité au travail du « maître ». Une fois qu’on a commencé la musique, ça nous poursuit. Surtout quand on est passionné. Et là, on ne s’arrête pas. A chaque fois qu’on a une petite pause, on prend la guitare pour grincer. Et chaque jour, on essaie de s’améliorer.

Vous avez fait l’école supérieure de technologie du Congo. Avez-vous arrêté pour vous consacrer uniquement à la musique qui est très jalouse ?

Pour l’instant, je fais encore les deux. Je vous avoue que c’est assez difficile parce que je dois passer des nuits blanches. En journée, j’ai des activités purement industrielles que je fais en journée et dans la soirée, je passe la nuit à m’entraîner ou je vais dans un cabaret, comme c’est souvent le cas. Ce qui fait que j’ai entre 4 et 5h de sommeil par jour.

Le Congo c’est la Rumba et le Ndombolo. De retour au Cameroun, vous avez opté pour autre chose. Est-ce à dire que ce passage congolais ne vous a guerre influencé.

Le Congo m’a beaucoup apporté sur le plan instrumental. Je ne pouvais pas adopter la rumba parce que j’avais déjà des racines bien solides. Depuis l’enfance, j’écoute du Donny Elwood, Georges Brassens, Ottou Marcellin… bref, c’est le genre de musique dans lequel j’ai grandi avec un père qui aimait beaucoup la musique et des grand-frères qui écoutaient beaucoup ce style musical. J’ai donc été influencé par ça. En plus, j’arrive au Congo à l’âge de 19 ans et il est impossible de couper les racines que j’avais déjà. Ce qui m’a impressionné là-bas c’est que pratiquement tout le monde joue à un instrument. Même les tous petits. Ça m’a vraiment motivé parce qu’à l’époque, je composais et interprétais mais je ne savais jouer à aucun instrument musical. J’ai donc intégré un club guitare mais je n’ai pas pu jouer même une seule note. J’ignore si c’était un problème d’âge. C’était tellement difficile. Mes doigts n’étaient pas souples pour plaquer ou passer d’un accord à un autre. J’ai trouvé le piano un peu plus facile et je m’y suis mis. Malgré tout ça, je ne me sens pas allaise. De retour au Cameroun, j’ai fais des kermesses où je chantais en jouant au piano mais sans être satisfait. J’ai abandonné définitivement le piano en voyant Henri Dikongue jouer sur un plateau du Yafé à Yaoundé. Il m’a encore marqué ce jour parce que je m’étais toujours imaginé entrain de faire du live sur une scène avec de la guitare. Dieu merci, Lawal m’a aidé à le réaliser.

Ce single annonce à coup sûr un album. Et si on en parlait.

Effectivement, cette chanson annonce mon album à venir. C’est vrai que le chemin est encore long pour arriver à l’album. Il y a un planning qui est établi par mon équipe managériale. C’est ce planning qu’on suivra jusqu’à la sortie de cet album donc je préfère taire le nom pour le moment.

Quels thèmes y seront développés ?

En dehors du mariage (aspect positif et péjoratif), on parlera de l’exode rural au vu des conséquences que cela engendre, on parlera des richesses culturelles du Cameroun, on parlera aussi de l’anticolonialisme et bien d’autres que les mélomanes auront l’occasion de découvrir.

© CamerPost – Propos recueillis par Frank William BATCHOU

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