Cameroun – Kassav : Le rendez-vous du 20 décembre 2016 à Douala renvoyé à mars 2017

Kassav | Ph. © Xavier Dollin

Prévu à Douala et à Yaoundé l’événement est reporté pour « fin mars 2017 ».

Des affiches placardées sur des panneaux dans les rues de Douala et de Yaoundé. Des spots télé diffusés sur des chaînes locales et sur des chaînes étrangères. Des annonces dans les journaux et les radios. La course au ticket dans les points de vente. Tenez samedi dernier un couple ivoirien qui prenait part à la cérémonie d’une compagnie de téléphonie mobile à l’Hôtel Sawa de Douala a profité pour y acheter des tickets pour eux même et pour des amis camerounais afin de ne pas manquer le rendez-vous du 20 décembre 2016 avec les Kassav au Sawa.

Peine perdue. Annoncé au Cameroun depuis plus de trois mois, le groupe antillais Kassav ne viendra plus au Cameroun cette année. Dans un communiqué publié hier, Freddy Etame, le promoteur de Sa’aIi Africa, l’organisateur des concerts des Kassav au Cameroun annonce au public leur report « pour le mois de mars 2017 ». Ledit communiqué précise qu’il s’agit d’une décision conjointement prise par les deux parties, appuyées par le ministère des Arts et de la Culture, parrain de l’événement. Il va même plus loin et évoque le non-respect des engagements du partenaire du secteur aérien.

« Ce dernier n’ayant pas pu assurer les quatre dernières réservations restantes sur les dix-neuf prévues 10 jours avant l’événement tel que précisé dans le cahier de charges ». Du coup, mille et une questions se posent. Que faire des mélomanes qui avaient déjà acheté leurs billets ? Pourquoi avoir organisé depuis le 1er novembre 2016 des conférences de presse à grand renfort de publicité alors que toutes les conditions n’étaient pas réunies ? Plus important, l’image du Cameroun qui prend un coup. Christine Ande, une mélomane qui était au dernier concert du groupe Kassav en 1998 s’est dit très déçu par un tel report. « J’ai acheté dix billets et je comptais m’y rendre avec ma famille. Qu’est-ce que je fais des billets ? »

« Le véritable problème est celui de la sincérité. Il faut d’abord interroger le contrat ! Normalement, il doit prendre en charge le transport du groupe Kassav, leur hébergement, le transport du matériel. Ce qu’il (Freddy Etame, Ndlr) dit est plausible mais la solution aurait consisté à annuler l’étape de Douala. Ce qui gêne c’est que c’est à trois jours qu’il reporte son événement sans préciser le jour exact en mars. C’est un gars que je connais bien. Il n’est pas sérieux. Il ne tient pas ses engagements. De même, pour l’image du Cameroun, ce n’est pas bon car plusieurs entreprises éviteront désormais de faire confiance à d’autres jeunes ou de sponsoriser certains événements organisés par eux», a indiqué un spécialiste du marketing.

Des journalistes dénoncent l’improvisation et des querelles de leadership entre les organisateurs. 7 000 billets étaient en vente dans la sous-région Afrique centrale pour ce qui était jusqu’alors considéré comme l’évènement artistique de l’année. Joint au téléphone hier, Freddy Etame affirme : « C’est juste un problème de timing au niveau des billets d’avions par rapport à notre partenaire aérien. Le partenaire m’a lâché et il fallait prendre rapidement une décision. Ce n’est pas de la faute du groupe Kassav. Je vais mettre sur pied une nouvelle équipe pour mieux préparer le concert de mars ».

A propos de la critique sur sa moralité, l’entrepreneur culturel dit ne pas la comprendre. « J’ai déjà organisé trois spectacles, c’est vrai que j’ai encore à apprendre mais j’assume toute la responsabilité. Ce sont les aléas du métier. Il ne s’agit pas d’une annulation mais d’un report. Ce concert aura lieu dans trois mois et je dois dire qu’une production pareille nécessite beaucoup d’investissement. Malheureusement, il y en a qui ont déjà des billets. Je voudrais les rassurer que le spectacle aura lieu en mars ».

Sur les démissions de certains de ses collaborateurs, Freddy Etame pense que les désagréments se règlent en interne. « On ne peut pas empêcher aux gens de dire ce qu’ils veulent. Je suis un entrepreneur camerounais à Paris, je ne peux venir escroquer mes compatriotes », a-t-il déclaré. Toujours est-il moult interrogations demeurent.

Est-ce professionnel de s’engager dans une vaste production sans moyens ? Le moins que l’on puisse dire, c’est que la structure Sa’ali Africa espérait engranger des dividendes afin d’assurer ses charges. Le groupe Kassav était attendu au Cameroun ce 16 décembre.

Source : © Le Jour

Par Jean-Philippe Nguemeta

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