Cameroun : Justin Sugar Mills dénonce une cabale contre son projet sucrier de Batouri – 12/08/2014

Le consortium indo-camerounais, Justin Sugar Mills, qui conduit un projet de construction d’un complexe sucrier (usine de production, plantations de cannes à sucre et unité de production d’électricité à partir des déchets de l’usine) dans la ville de Batouri, région de l’Est du Cameroun, conteste le communiqué de presse signé le 26 juin 2014 par le ministre camerounais de l’Industrie, Emmanuel Bondé, annonçant la résiliation du protocole d’accord relatif à ce projet, signé le 13 avril 2012 entre cette entreprise et l’Etat du Cameroun.

Justin Sugar Mills veut construire un complexe sucrier dans la ville de Batouri, région de l’Est du Cameroun.
Justin Sugar Mills veut construire un complexe sucrier dans la ville de Batouri, région de l’Est du Cameroun.

«Justin Sugar Mills Cameroon SA n’a jamais été informé d’une quelconque décision de l’Etat du Cameroun pour arrêter un projet privé aussi important et à but collectif, vecteur de développement de la région de l’Est et espoir des jeunes chômeurs de tout un pays. Justin Sugar Mills considère que les opinions médiatisées, outre que celles de l’entreprise et de l’Etat du Cameroun, servent à manipuler, à décourager ou à saboter la réalisation de ce projet de développement communautaire et de lutte contre la pauvreté, qu’un lobby aux intérêts purement personnels s’évertue depuis des années à s’accaparer sans succès», peut-on lire dans une lettre de mise au point signée le 6 août 2014 par le Directeur financier et des investissements de Justin Sugar Mills, J. C. Geut.

A l’appui de son argumentaire, M. Geut révèle que le 26 juin 2014, date de la signature du communiqué du ministre Bondé annonçant la résiliation du protocole d’accord liant Justin Sugar Mills et l’Etat du Cameroun, une délégation de six investisseurs et d’experts de la société, qu’accompagnait le Haut-commissaire de Grande Bretagne au Cameroun, Brian Olley, a rencontré le Premier ministre camerounais, Philémon Yang, «pour discuter de l’évolution du projet» du complexe sucrier de Batouri.

D’accord avec le PM, en désaccord avec le ministre de l’Industrie

«Lors de cette réunion, le Premier ministre a exprimé la nécessité de la concurrence dans l’industrie sucrière camerounaise et a réaffirmé, comme d’habitude, le soutien total de l’Etat du Cameroun à notre projet, suivant le protocole d’accord signé le 13 avril 2012, qui accorde une exclusivité à la société Justin Sugar Mills Cameroon SA, pour réaliser le complexe sucrier dans l’interzone Bertoua-Batouri, pour ainsi garantir 17 500 emplois aux Camerounais», révèle le directeur financier de la société.

Dans le même temps, apprend-on, une autre réunion a eu lieu le 28 juin 2014 à Bertoua, la capitale régionale de l’Est, au cours de laquelle le gouverneur «a égalementexprimé son soutien au projet et les développements en cours». Fort de tout ce qui précède, et malgré le communiqué du ministre de l’Industrie indiquant, par ailleurs, que l’accès au site du projet a été aussitôt interdit à Justin Sugar Mills à la suite de la résiliation du protocole d’accord avec l’Etat, M. Geut affirme que «tous les travaux se poursuivent, certes lentement, mais surement, malgré les intimidations de certains individus qui ne se lassent d’accumuler des fortunes personnelles et qui salivent toujours de récupérer un projet qui appartient au peuple».

Le directeur financier de Justin Sugar Mills Cameroon SA précise d’ailleurs qu’une partie du terrain abritant le projet «a été régulièrement acquis» et la société détient «des titres fonciers», et que l’autre partie du site a été«officiellement transférée par le ministère des Domaines  et des Affaires foncières du Cameroun», transfert pour lequel Justin Sugar Mills, apprend-on, «a commencé à payer les droits de cession».

Un investissement de 60 milliards de FCfa en sursis ?

L’on apprend également dans la correspondance émanant de l’entreprise du projet, qui rappelle qu’elle est une «société privée unipersonnelle selon le droit Ohada», que cette dernière, qui est «en voie d’augmentation du capital», n’a jamais «été sujette à un audit, ni contactée par un tiers ou son conseil d’administration pour faire partie d’une pareille démarche». Justin Sugar Mills remet ainsi une fois de plus en cause l’argument du ministre camerounais de l’Industrie, qui, dans son communiqué du 26 juin 2014, précise que la résiliation du protocole d’accord entre l’entreprise et l’Etat du Cameroun est consécutive à «des dysfonctionnements relevés par le cabinet international d’audit Ernst & Young, dans l’application dudit protocole d’accord, de même que dans la réalisation du projet».

Investissement d’un montant total de 60 milliards de francs Cfa, le complexe sucrier de Batouri devait être opérationnel dès janvier 2014, n’eurent été les difficultés multiformes qui continuent d’émailler la conduite de ce projet, lequel est censé donner naissance au premier véritable concurrent du groupe français Vilgrain, dans la production du sucre au Cameroun. En effet, sa filiale locale de Vilgrain, Sosucam, est la seule à produire le sucre et sa matière première qu’est la canne. De ce fait, elle a des contrats de fourniture de matière première (sucre en poudre) aux agglomérées locales (transformateurs de sucre en poudre en carreaux), qui, malheureusement, se plaignent généralement de ne pas toujours pouvoir s’approvisionner auprès de ce fournisseur et se trouvent très souvent obligées d’importer. Ce qui augmente leurs coûts de production.

Dans la même veine que Sosucam, Justin Sugar Mills, qui est déjà présent dans l’industrie sucrière au Nigéria, en Tanzanie et en RD Congo, prévoit au Cameroun, dans un premier temps, la création de plantations de cannes à sucre sur 15 000 hectares, sur une superficie totale de 155 000 hectares attribuée à l’entreprise sur les sites de Tikondi et Bodongoué, dans l’arrondissement de Batouri. Avec son usine d’une capacité de production initiale de 60 000 tonnes par an, le complexe sucrier de Batouri ambitionne également de produire de l’énergie, pour son fonctionnement et l’électrification rurale, grâce aux déchets de canne à sucre.

Source : Agence Ecofin

Par Brice R. Mbodiam