Cameroun  – Julius Baer, Cotecna, Aborescence Capital, Novaday et Cie : ce que les entreprises suisses et françaises recherchent – 01/10/2014

Il y a un an, en octobre 2013, lors du 9ème forum Ema Invest à Genève, Emmanuel Nganou Djoumessi, le ministre camerounais en charge de l’Economie déclarait aux investisseurs suisses : « Notre participation à ce forum résulte de la détermination du président de la République à aller à la recherche des capitaux pour asseoir les investissements qu’emporte son vaste programme des “Grandes réalisations”. Il s’agit de saisir les opportunités qu’offre la place de Genève, pour transformer notre potentiel immense en résultats de développement tangibles ».

Emmanuel Nganou Djoumessi, Ministre de l’Economie de la Planification et de l’Aménagement du Territoire.
Emmanuel Nganou Djoumessi, Ministre de l’Economie de la Planification et de l’Aménagement du Territoire.

Un an plus tard, ce sont ces entreprises suisses et françaises qui ont effectué une visite au Cameroun non pas pour rechercher des capitaux, mais pour rechercher des opportunités d’investissements dont regorge non seulement le programme d’investissements élaboré par le gouvernement, mais aussi les projets portés par des acteurs du secteur privé.

La Fondation Ema Invest, organisatrice de la rencontre d’octobre 2013, et le comité de suivi de ce forum ont conduit du 24 au 27 septembre 2014 au Cameroun une quinzaine d’entreprises suisses et françaises. Et c’est avec plaisir qu’Emmanuel Nganou Djoumessi les a accueilli le 26 septembre afin d’évaluer le bilan de leur visite de prospection. « Le Cameroun est fier de vous accueillir », a-t-il lancé aux investisseurs étrangers en leur promettant la disponibilité permanente des autorités publiques camerounaises à leur accorder un accueil favorable. Tout comme il leur a rappelé que « nous avons un pays assez stable, nous avons des besoins de financements énormes et nous payons régulièrement nos dettes ».

Parmi ces entreprises étrangères, l’on peut citer le fonds d’investissement français Arborescence Capital, l’entreprise suisse SGS, les banques privées suisses Julius Baer et UBP (Union bancaire privé), le suisse Cotecna, le français Novaday, le groupe français IOA, la société suisse Perfect spécialisée dans la sécurisation des vignettes et passeports ou encore l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne.

Novaday

De manière générale, les entreprises qui ont effectué le déplacement de Yaoundé ont indiqué avoir réellement pris la température des affaires au Cameroun et dans le secteur d’activité qui les intéresse plus spécifiquement. D’autres entreprises comme Novaday ont d’ailleurs décidé de rester au Cameroun pendant une semaine encore pour approfondir les échanges et les contacts. Jocelyn Bertignon, son représentant, explique pourquoi : « J’ai rencontré des gens pleins de bonne volonté. Le mot qui revient sans cesse c’est efficacité, parce qu’on a toujours cette volonté d’afficher l’avancée et la concrétiser en même temps. Je suis encore là pour deux semaines pour pouvoir enchaîner et proroger tous ces bons contacts. De la lumière dans tous les ministères, dans toutes les activités, on en a besoin. Et l’efficacité énergétique que l’on propose c’est de diviser la facture d’électricité par quatre, de réduire les équipements par dix en augmentation pour une maintenance nulle. C’est très difficile à faire expliquer comme cela. Il va falloir expliquer. Je vais devoir repasser comme mes collègues pour expliquer, concrétiser et valider cela. Nous avons les certifications, les recommandations et les réalisations pour pouvoir afficher cette efficacité », explique-t-il.

Avec d’autres entreprises, Jocelyn Bertignon a visité le centre de formation et de recherche sur l’énergie et la santé mis sur pied à l’Ecole nationale Polytechnique de Yaoundé par l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL). Cette dernière était elle aussi présente au forum d’Octobre dernier. Une visite conduite par le Dr Nicolas Crettenaud, le chargé de mission de l’EPFL à Yaoundé. Cette visite a à nouveau inspiré Novaday. « Nous réfléchissons également à faire la formation. Nous voyons comment proposer une formation diplômante auprès des écoles publiques ou privées. Nous sommes allés à l’Ecole supérieure polytechnique de Yaoundé et nous avons eu des échanges et un certain nombre de constats qui ne font que renforcer notre position. C’est d’avoir du savoir-faire disponible qualifié et qui ne soit pas transféré de lieu. Créer cette source sur place est quelque chose d’unique », a-t-il promis.

Arborescence Capital

Le français Arborescence Capital, lui, est très satisfait de cette visite. Déjà présent au Cameroun, il a obtenu des signes d’ouverture des autorités camerounaises. « Le MOU (Memorandum of Understanding ) que nous attendons pour notre projet est en cours de signature. J’ai obtenu un rendez-vous ferme pour vendredi (03 octobre 2014 avec le ministère de l’Energie et de l’Eau, ndlr). Le projet est porté par le consortium composé du fonds d’investissement Arborescence capital et de Générale solaire, la deuxième société française de concession de centrale solaire. C’est une centrale solaire de 20 Megawatts située à 15 km de Ngaoundéré et estimée à 20 milliards de francs CFa. La première phase du développement du projet a débuté. Nous avons commencé un stade de développement du projet. Nous attendons la signature du MOU. Cela va se faire sûrement dans les jours qui suivent. L’étape la plus importante c’est la signature du PTA qui est le contrat d’achat. Il est associé à une garantie d’achat. Ce sera l’apothéose du projet. Le PTA est signé avec Eneo (Ex-Aes Sonel), le concessionnaire du service public de l’électricité au Cameroun. Avec Eneo nous avons déjà une garantie écrite d’achat. C’est un document bancaire qui permet de sécuriser les financements », explique-t-il.

Groupe IOA

Au rang des investisseurs qui souhaitent revenir au Cameroun au plus vite figure le groupe IOA qui voit son activité en Europe se ralentir au fil du temps. « Notre domaine c’est la construction des infrastructures et cette visite m’a permis de comprendre l’ambition du développement du réseau des infrastructures du pays, explique William Larrieu, l’Export Sales Manager du groupe. Nous avons eu des discussions avec différents camerounais sur les ambitions de développement à court terme des infrastructures. Ces discussions m’ont permis d’avoir les volontés de priorisation de tel ou tel autre projet et d’avoir une vision immédiate des besoins d’infrastructures. C’est une terre d’opportunités énorme pour une entreprise telle que la nôtre qui a développé des infrastructures en Europe et qui aujourd’hui se trouve un peu sans activité dans l’Union européenne, parce que les infrastructures aujourd’hui en Europe sont suffisamment matures. Mon ambition c’est de revenir le plutôt possible. En novembre probablement. L’ambition est de faire venir des investisseurs pour reproduire ce qu’on a pu produire dans d’autres pays. »

Cotecna

Le suisse Cotecna n’est pas en reste. Il arrive d’ailleurs au Cameroun au moment où le port de Douala enregistre quelques problèmes de décongestion et de sécurité. Et c’est tout naturellement qu’il a proposé ses solutions au ministère des Finances et à la direction générale des Douanes. Son projet, dit-il, est estimé à un investissement de 12 millions d’euros (7 871 484 000 F.Cfa) avec à la clé la création de 100 emplois directs au Cameroun. « Dans l’ensemble, les discussions et les échanges ont été intéressants. Cette visite nous a permis de rencontrer les interlocuteurs et les parties prenantes d’un projet que nous avons commencé à soumettre au gouvernement du Cameroun. C’est un projet qui demande un investissement. C’est un projet qui demande un partenariat avec l’Etat. Nous apportons l’aide aux gouvernements pour la facilitation du commerce et l’amélioration des équipements portuaires pour faciliter et décongestionner les ports et améliorer la sécurité qui est une préoccupation majeure aujourd’hui », confie David Koechlin, le vice-président de Cotecna Inspection SA.

« Depuis 40 ans, nous sommes présents dans de nombreux pays en Afrique. Nous sommes leaders dans l’installation des systèmes électroniques de suivi des conteneurs. Nous avons fait des propositions au gouvernement du Cameroun dans ce sens. Notamment pour améliorer la sécurité au port de Douala. Cette visite, nous a permis de rencontrer également d’autres interlocuteurs que nous ne connaissions pas. C’était tout à fait intéressant et cela nous incite plus que jamais à poursuivre avec enthousiasme ce projet et de venir investir au Cameroun », a expliqué David Koechlin à l’agence Ecofin.

Julius Baer Groupe SA et UBP

Des banques privées et de gestion de fortune étaient également présentes dans la délégation des investisseurs suisses venus au Cameroun. C’est le cas de la banque Julius Baer, l’une des plus importantes banques privées de la Suisse. A fin juin 2014, le total des avoirs de la clientèle de Julius Baer s’élevait à CHF 372 milliards (environ 202 124 309 753 000 F.CFA), dont CHF 274 milliards d’actifs sous gestion. La banque Julius Baer & Cie SA avec des origines remontant à 1890, est l’unité opérationnelle principale de Julius Baer Groupe SA, dont les actions sont cotées à la SIX Swiss Exchange (symbole boursier: BAER) et font partie du Swiss Market Index (SMI), l’indice des 20 titres suisses les plus importants et les plus liquides.

Judith Hilfilker, la directrice adjointe de Julius Baer & Cie, a expliqué à Gilbert Didier Edoa, le secrétaire général du ministère de l’Economie, son plaisir d’être à nouveau au Cameroun : « J’apprécie énormément l’accueil chaleureux du gouvernement. Je suis en train de découvrir votre pays. C’est la deuxième fois que je viens à Yaoundé. Je travaille pour Julius Baër, une banque privée. Je suis là pour découvrir l’Afrique francophone. Il y a encore beaucoup de choses à faire. Je m’en suis rendu compte. Il y a plusieurs personnes qui ont plein de projets et il est nécessaire de revenir plusieurs fois encore pour connaitre en fait les besoins que les Camerounais ont par rapport à notre pays la Suisse. J’espère une collaboration fructueuse », a-t-elle déclaré.

Dans ce segment de la banque privée et de la gestion de fortune, l’Union bancaire privée (UBP) était également présente à Yaoundé. Fondée en 1969 par Edgar de Picciotto, l’UBP est spécialisée dans les activités de private banking et de gestion d’actif s. Au 30 juin 2014, elle a dégagé un bénéfice net de CHF 82 millions (44 549 817 664 F.CFA), en hausse de 6,2% par rapport à fin juin 2013 (CHF 77,2 millions). La masse sous gestion s’élevait à CHF 94,8 milliards au 30 juin 2014, en augmentation de 8% par rapport à décembre 2013 (CHF 87,7 milliards). Cyrille Garolle, le Dg de l’UHNWI Group de l’UBP, a vanté les qualités de la Suisse avant de dire pourquoi il a effectué le voyage du Cameroun. « La place suisse est une place internationale. Et en termes de diversification, c’est une place très solide avec une monnaie forte. L’objectif de ce voyage était de prolonger les contacts obtenus lors du 9ème forum Ema Invest. L’un des objectifs était également de rencontrer les acteurs économiques, notamment des gens qui sont dans le secteur bancaire pour des partenariats afin d’apporter le savoir-faire qui est le nôtre en termes de services. C’était en fait une visite de découverte », a-t-il expliqué au gouvernement.

SGS

L’entreprise suisse SGS, déjà active au Cameroun dans l’offre des services d’inspection, de vérification et de certification, est venue accompagner les entrepreneurs suisses et français. Elle était représentée par le Suisse d’origine camerounaise Roger Kamguaing, vice-président exécutif de SGS chargé des services aux gouvernements et aux institutions. « Cette visite est la prolongation de ce que nous avons commencé au forum Ema Invest en octobre 2013 à Genève. Je n’y étais pas personnellement, mais la SGS était représentée. C’était logique que nous poursuivions avec la visite au Cameroun. Nous sommes déjà présents au Cameroun, et c’était pour montrer aux autres investisseurs suisses que nous avons confiance en ce pays et d’accompagner d’autres investisseurs, leur montrer que l’on peut travailler correctement au Cameroun et que, contrairement à une certaine idée reçu, il y a une qualité économique à travailler au Cameroun », a confié Roger Kamguaing à l’agence Ecofin.

Pour Claude Altermatt, l’ambassadeur de la Suisse au Cameroun, cet intérêt des entreprises helvètes au Cameroun, combiné à la visite de la vice-présidente de la confédération suisse, Simonetta Sommaruga, traduit la volonté des deux pays à travailler ensemble et à densifier leur coopération. « C’est dans notre intérêt que des échanges commerciaux et des investissements se fassent entre le Cameroun et la Suisse. Pour moi, c’est un bon signe que nous pouvons avoir un développement positif. Actuellement, les choses ne vont pas très bien en Europe, mais la Suisse se porte encore bien. Pourvu que cela dure. Evidemment, nous restons dépendant de notre environnement économique. L’Afrique est un continent en émergence et a ses risques, mais également ses chances. Cela fait partie de ma responsabilité de pouvoir expliquer aux Suisses et au gouvernement quels sont les risques et les chances des pays que je contrôle depuis Yaoundé. Ce voyage du comité de suivi du Forum Ema Invest est un signal fort », pense Claude Altermatt.

Fondation Ema Invest

Occasion pour la présidente de la Fondation Ema Invest, Yasmine Bahri-Domon, de se féliciter du bilan de cette visite au Cameroun. « Maintenant, ces entreprises ont revisité exactement les besoins du Cameroun. C’est une très bonne chose. La société Novaday par exemple est en train d’étudier la possibilité d’installer une usine de production en Afrique centrale, pourquoi pas le Cameroun ? Ils sont en train de discuter avec d’autres pays et on leur a dit de venir voir le Cameroun. De manière générale, je pense que nous avons tenu nos engagements vis-à-vis du gouvernement camerounais et de nous-mêmes. Il y a un an, lors du forum Ema Invest à Genève, on s’était donné rendez-vous ici au Cameroun avec les chefs d’entreprises suisses qui s’intéressaient au Cameroun. On y est. Le bilan est plutôt très positif », conclût-elle.

Seulement, au chapitre des attentes des entreprises camerounaises, tout n’a pas été rose comme l’explique Marthe Angeline Minja, la Dg de l’Agence de promotion des investissements, qui a également planifié des rencontres B2B à cet effet. « Les entreprises camerounaises venues participer aux rencontres B2B ont sollicité davantage des informations et des partenaires sur l’habitat social ou sur les établissements de microfinance. Seulement, ces secteurs d’activité n’étaient pas représentés. D’où l’appel lancé à l’endroit de madame Yasmine Bahri-Domon à penser prochainement à intégrer les entreprises suisses actives dans le domaine de l’habitat social. C’est considéré comme un secteur prioritaire pour notre pays. Face à ce problème, nous nous sommes rapprochés de madame Domon qui nous a donné un certain nombre de cartes de visite à remettre à ces entrepreneurs camerounais et a promis qu’elle pourrait gérer leur cas à partir de Genève via courrier électronique », a expliqué la Dg de l’API. L’ensemble de ces entreprises ont achevé leur visite au Cameroun avec un échange avec la presse.

Reste à présent que ces entreprises entament concrètement leurs différents projets au Cameroun ou les poursuivent sereinement (pour celles qui sont implémentées ou en cours d’implantation) avec l’appui effectif du gouvernement comme l’a promis Emmanuel Nganou Djoumessi, le ministre de l’Economie, de la Planification et de l’Aménagement du territoire.

Source : Investir Au Cameroun

Par Beaugas-Orain Djoyum

« Nous attendons l’aboutissement de toutes ces démarches entre la Suisse et le Cameroun »

L’ambassadeur du Cameroun en Suisse, SE Léonard H. BINDZI, par ailleurs président du comité de suivi du 9ème forum Ema Invest tenu en octobre 2013 en Suisse, se dit satisfait.

« Le bilan de la visite des entreprises suisses au Cameroun est très positif. Les rendez-vous sollicités auprès des responsables camerounais au niveau gouvernemental, avec les chefs de département ministériel, ont été obtenus et ont eu lieu pour la plupart. Ainsi que plusieurs rencontres B2B entre entrepreneurs suisses et les chefs d’entreprises camerounais. Cela a permis à nos partenaires de s’informer sur la réalité camerounaise. Maintenant, nous attendons l’aboutissement de toutes ces démarches pour pouvoir dire que cela baigne entre la Suisse et le Cameroun.
Réussir à faire venir les entreprises suisses au Cameroun, c’est déjà une bonne chose. Pour moi, c’est un point très positif quand on connait le peuple suisse. Ils ne sont pas les gens très portés à venir au sud du Sahara pour faire les affaires. Le volume des affaires entre la Suisse et le continent africain est de 2%. Et sur les 2%, l’Afrique du Sud accapare 1,9%. Chercher à s’installer dans notre pays constitue déjà un point positif. »

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