Cameroun – Insécurité :  Qui sont les preneurs d’otages de l’Adamaoua ?

Des ex-séléka centrafricains dans une camionnette | Illustration/DR
Les ex-séléka centrafricains sont souvent accusés d’être les auteurs des prises d’otage dans l’Adamaoua | Illustration/DR

Enquête sur ces hommes qui sèment la terreur et la désolation dans cette partie du Cameron.  

Sur l’insécurité qui prévaut en ce moment dans la région de l’Adamaoua, toutes les sources sont concordantes sur un fait : l’origine des ravisseurs. Il s’agirait des Centrafricains. Leur Etat devenu néant a vécu des périodes les plus inacceptables sur le plan humain. Des éleveurs pris à partie par les belligérants ont été contraints de fuir abondaient tout, y compris leur cheptel.

 Pour certaines, comme Saibou Issa, le directeur de l’école normale de Maroua, et spécialiste des questions sécuritaires dans le Septentrion, « les pasteurs Mbororo du Cameroun et de Centrafrique présentent une image contrastée dans l’économie du banditisme contemporain. Ils en sont acteurs dans la mesure où nombre de groupes armés composés de Mbororo ont souvent été appréhendés par les forces de l’ordre, ou identifiés  comme tels par les victimes d’embuscades ou de raids dans les zones d’élevage. Ils sont cependant les principales victimes des enlèvements d’enfants et de bergers dans le nord-ouest de la Centrafrique et l’Adamaoua au Cameroun. Cette dualité de leur relation au crime organisé tire ses sources dans une longue histoire de marginalité tirant ses sources dans leur mode de vie, l’impact des crises écologiques sur leur système socio-culturel et l’exploitation dont ils sont l’objet ».

L’analyse de l’universitaire corrobore aux témoignages des ex-otages.  Ils affirment que  leurs ravisseurs ne voilent jamais leur visage. Ils jurent qu’ils  ne se rendraient jamais dans les villes ou les villages camerounais. Il s’agirait donc des anciens éleveurs qui auraient tout perdus avec la guerre en Rca et qui chercheraient par toutes les voies à se reconstituer. Malheureusement, cette situation n’est pas récente. Elle est aussi vieille que l’instabilité en Rca. Selon Saibou Issa, « le contexte du changement de régime en Centrafrique (…), a créé les conditions du renouveau de la criminalité transfrontalière, ouvert la voie à une nouvelle forme de financement de la lutte armée dans cette partie de l’Afrique Centrale et jeté les bases de la désagrégation de la société pastorale Mbororo. La crise centrafricaine corrobore l’idée selon laquelle en Afrique Centrale, il n’y a plus de crise nationale au sens strict du terme. Ce qui était vrai pour les Grands Lacs, l’est aujourd’hui pour la zone de la Communauté Economique et Monétaire de l’Afrique dont font partie le Cameroun, la Centrafrique et le Tchad. L’émergence des multinationales du banditisme transfrontalier, la militarisation du crime organisé, la criminalisation et la transnationalisation des rébellions érigent la régionalisation de l’insécurité en un problème de défense nationale pour tous les Etats concernés. Seulement, les prudences diplomatiques et les impératifs sécuritaires imposent d’abord le renforcement des moyens nationaux de répression plutôt que de reposer entièrement sur les stratégies sous-régionales de sécurisation transfrontalière dont la mise en pratique ne pourrait occulter les considérations politiques ».

Mais le phénomène des prises d’otages dans cette forme de criminalité est nouveau. Mais il a aussi une explication. « L’on assiste de plus en plus à ce qu’on appellerait les ”razzias d’otages” comme si les assaillants tentaient leur chance une fois pour toutes en enlevant de nombreuses personnes pour une rançon importante réinvestissable », ajoute l’universitaire.

 

© CAMERPOST par Ousmane Biri

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