Cameroun – Infrastructures sportives : Un quasi retour au moyen âge

Pas de banc de touche lors de rencontres officielles | © CAMERPOST / ONE
Pas de banc de touche lors de rencontres officielles | © CAMERPOST / ONE

Le football est une réalité au Cameroun. Le pays jouit d’une solide réputation internationale, mais sur le plan local il demeure nain de par ses infrastructures.

Des cris stridents se font entendre non loin de la caserne des Sapeurs-pompiers située au quartier mimboman, dans la ville de Yaoundé. La clameur intrigue Patrice, jeune homme de passage au pays de Samuel Eto’o. Aucun incendie en vue ! pas d’attroupement suspect ! C’est juste une rencontre de football qui draine des foules. Ouf !

Footballeur baignant dans son sang, à même la poussière | © CAMERPOST / ONE
Footballeur baignant dans son sang, à même la poussière | © CAMERPOST / ONE

La rencontre de football se déroule sur l’aire de jeu attenante au Quartier Général des soldats du feu. C’est le Stade des sapeurs-pompiers, l’un des plus célèbres de Yaoundé la capitale du Cameroun. Le match est une opposition entre deux clubs de la Ligue régionale de football du Centre. Le vainqueur déclaré Champion régional, est d’office qualifié pour le tournoi d’accession en Ligue 2. Il s’agit donc de la rencontre la plus importante de la saison 2014/2015 dans la Région du Centre. Patrice ne résiste pas à la tentation et fait son entrée dans le stade. Surprise ! il peut bien entendre des voix et deviner des formes en mouvement sur l’aire de jeu. Difficile toutefois d’en savoir plus, car l’aire de jeu est enveloppée par un épais nuage de poussière. N’y étant pas accoutumé, Patrice ne parvient pas à respirer et est secoué par des crises d’éternuements et des quintes de toux. Il lui faut attendre quelques instants pour voir plus clair et s’habituer à la poussière qui ne cesse de se soulever. En fait la moindre action des 22 acteurs produit un véritable tourbillon. Mais comment font-ils pour jouer dans ces conditions ? se demande Patrice.

Faute de vestiaires il faut s'habiller à l'air libre | © CAMERPOST / ONE
Faute de vestiaires il faut s’habiller à l’air libre | © CAMERPOST / ONE

Le jeune expatrié n’est pas au bout de ses surprises. Après s’être accoutumé à cette atmosphère polluée, Patrice peut voir à présent ce qui fait office de Stade de football. C’est un espace nu, poussiéreux et protégé par un muret. Seules les lignes de buts garnies de filets montrent qu’il s’agit bien d’un stade de football. Le terrain est irrégulier et impropre à la pratique du sport. Un détail pour les 22 acteurs qui offrent un beau spectacle au public ! La troisième surprise est l’attitude des spectateurs. Ces derniers se massent le long de la ligne de touche, menaçant dangereusement l’aire de jeu. Les juges de touche sont obligés outre le contrôle du match, de les faire reculer continuellement. En ce cela ils sont aidés par des hommes en tenue. Ce n’est pas toujours le cas, souffle un voisin auquel Patrice se confie. Et d’ajouter, Ce n’est pas tous les jours que l’on peut avoir des hommes en tenue pour mettre de l’ordre.

Footballeurs pris à partie par des populations en colère | © CAMERPOST / ONE
Footballeurs pris à partie par des populations en colère | © CAMERPOST / ONE

La rencontre est très heurtée, d’où les multiples interruptions observées. L’équipe des soigneurs constituée en majorité de jeunes filles négligemment vêtues est au four et au moulin. Voir ces jeunes femmes courir vers les blessés est amusant. En réalité c’est leur tenue indécente qui attire davantage les regards et suggère les commentaires les plus obscènes aux spectateurs. Les secouristes sont confrontés à des cas assez sérieux. Tel est le cas de ce défenseur qui perd connaissance sur le terrain après un choc violent. Les soigneuses doivent empêcher ce dernier d’avaler sa langue, tout en apposant des points de suture à une plaie béante sur son menton. L’infortuné baigne dans une mare de sang. Le pire est cependant évité. Ouf ! Le malheureux retrouve ses esprits mais est contraint de céder sa place. Il faut souligner que ces opérations de sauvetage sont effectuées à même la poussière !

Secouristes contraints de refermer une blessure profonde à même le sol | © CAMERPOST / ONE
Secouristes contraints de refermer une blessure profonde à même le sol | © CAMERPOST / ONE

La pause intervient, joueurs et entraineurs prennent la direction des…vestiaires. Une autre surprise attend le jeune Patrice. En fait de vestiaires les 22 acteurs et leurs encadreurs n’ont droit qu’à un coin de stade recouvert de broussaille, pour la plus chanceuse des deux équipes. L’équipe adverse se contente de s’asseoir à même la poussière. Le stade n’est pas doté de vestiaires ! Les consignes de l’encadrement technique sont données en présence de spectateurs et de curieux. Difficile d’envisager une certaine intimité.  Les remplaçants appelés à entrer en jeu sont priés de se changer à l’air libre, tout comme les onze titulaires en début de rencontre. Cela Patrice ne l’a pas vécu. Il s’en retourne au terme du match pensant avoir tout vu. Il aurait par exemple crié au scandale en voyant la séance d’échauffement d’avant match, à même la poussière ! Le coup d’envoi de la partie a en effet été donné avec des joueurs sales de la tête aux pieds.

La poussière est le lot des footballeurs camerounais | © CAMERPOST / ONE
La poussière est le lot des footballeurs camerounais | © CAMERPOST / ONE

Les manquements relevés par Patrice le sont également sur la plupart des aires de jeu du pays. Ils ne constituent toutefois pas un tableau exhaustif de la pratique du football au Cameroun. Le jeune homme l’ignore, mais les footballeurs vivent en plus dans l’insécurité. Beaucoup sont victimes d’actes d’agression pendant les rencontres officielles, ou lors des séances d’entrainement. Ces faits et bien d’autres ternissent l’image du football camerounais. Le Championnat camerounais se dit pourtant professionnel depuis trois saisons déjà. La nouvelle saison de football débute le 9 janvier 2016. Ce sera à coup sûr avec les mêmes insuffisances.

© CAMERPOST par Olivier Ndema Epo