Cameroun – Importations de sucre raffiné: La décision controversée de Ferdinand Ngoh Ngoh – 29/09/2014

Alors que la Sosucam est incapable de  juguler le déficit national qui tourne  autour de 40 000 tonnes, le Sg/Pr demande d’arrêter les importations sans concertation avec les acteurs et les autorités publiques qui gèrent le secteur, augmentant du coup les risques d’inflation.

Ferdinand Ngoh Ngoh, secrétaire général de la présidence de la République.
Ferdinand Ngoh Ngoh, secrétaire général de la présidence de la République.

Dans une correspondance le 21 août 2014, Ferdinand Ngoh Ngoh, secrétaire général de la présidence de la République, qui agirait en «exécution des très hautes instructions du chef de l’Etat», demande au Premier ministre, chef du gouvernement, de bien vouloir instruire les ministres respectivement en charge des Finances et du Commerce de suspendre, jusqu’à nouvel ordre, la délivrance des autorisations d’importations de sucre raffiné et de ciment. La mesure fait actuellement des remous dans la filière sucre. Et pour cause, beaucoup d’acteurs soupçonnent derrière cette mesure de Ferdinand Ngoh Ngoh, la main cachée de la Sosucam, l’entreprise locale qui n’arrive pourtant pas à approvisionner le marché national en quantité suffisante (ce qui est le cas du ciment).

Le 23 septembre 2013 déjà, au cours d’une réunion de concertation  avec le ministre du Commerce, Luc-Magloire Mbarga Atangana, les responsables de Sosucam, prenant appui sur 10 milliards Fcfa de pertes sur le chiffre d’affaires, pertes selon eux causées par la contrebande et des importations massives de sucre autorisées par le gouvernement demandaient au ministre du Commerce de suspendre purement et simplement les importations de sucre sur le marché camerounais. Selon eux, c’est le seul moyen de sauver 3500 emplois sur les 7000 que procure la Sosucam dans ses usines de Mbandjock et de Nkoteng dans la région du Centre. L’entreprise étant, apprend-on, dans l’impossibilité de faire fonctionner les deux usines au cours de la prochaine campagne qui s’ouvrait le 25 octobre 2013. Ceci, à cause de la mévente du sucre Sosucam, soutenaient les responsables de cette entreprise agro-industrielle.

Une requête plutôt surprenante déjà à l’époque, selon le ministre camerounais du Commerce. «La Sosucam a demandé une autorisation d’importations pour 25 000 tonnes de sucre cette année. Elle a obtenu le OK pour 21 000 tonnes et a déjà importé 15 000 tonnes. Je ne comprends pas ce qui pose problème», révélait alors Luc-Magloire Mbarga Atangana au Quotidien gouvernemental, Cameroon-tribune. A la réalité, le reproche fait au gouvernement par la direction générale de Sosucam aura toujours été d’avoir autorisé une quantité trop élevée (85 000 tonnes, Ndlr) des importations de sucre dans le pays pour juguler le déficit de sucre qui tourne souvent autour de 40 000 tonnes chaque année.


Le SG/PR induit en erreur ?

Sosucam a-t-elle frappé plus haut après les réserves pertinentes du ministre du Commerce ? Tout porte à le croire, puisque la décision du Ferdinand Ngoh Ngoh a superbement ignoré l’avis technique des départements ministériels des Finances et du Commerce. Par quel processus a-t-on abouti à cette décision ? Pourtant la production de la Sosucam ne comble pas les besoins du marché national. Le déficit est évalué à environ 40 000 tonnes par an. Comment va-t-on le combler si on suspend les importations ? Ne risque-t-on pas plutôt de créer la surenchère avec une offre qui serait inférieure à la demande ? Du fait des mauvaises passes, la Sosucam est très souvent contrainte de continuer à fonctionner avec sa seule usine de Nkoteng qui produit en moyenne chaque année 77 000 tonnes de sucre, contre 50 000 tonnes pour l’usine de Mbandjock.

Quelle mouche a donc piqué Ferdinand Ngoh Ngoh ? Pour certains responsables de l’administration publique, ce n’est pas cette autorisation spéciale d’importations de sucre qui plomberait les activités de la Sosucam ainsi que le constatait déjà Le Messager dans ses précédentes éditions. C’est plutôt le management de l’entreprise qui est pointé du doigt. «En fait, l’entreprise aurait dû prendre des mesures managériales et commerciales pour faire face à la concurrence et pouvoir écouler ses produits», reproche une source autorisée à la délégation régionale du Commerce pour le Littoral.  «Elle n’a qu’à s’en prendre à elle-même», fustige une  source au ministère des Finances. Qui estime que, s’agissant des importations massives, l’entreprise ne joue pas franc jeu car il y aurait autour d’elle des personnes qui importent frauduleusement du sucre. Ferdinand Ngoh Ngoh a-t-il donc été sciemment induit en erreur ? Tout porte à le croire…

Source : © Le Messager

Par B-P.D.

Filière sucre: L’approvisionnement du marché préoccupe

Le ministre du Commerce reçoit ce jour les acteurs de ce secteur pour s’enquérir de la situation dans un contexte où les opérateurs se plaignent de l’interdiction des importations décidée par le président de la République récemment.

Une vue de la plantation sucrière de Nkoteng. Photo d'archives
Une vue de la plantation sucrière de Nkoteng. Photo d’archives

Luc-Magloire Mbarga Atangana, ministre camerounais du Commerce, reçoit les opérateurs de la filière sucre cette après-midi, dans la salle de conférence de son département ministériel. Au menu de cette énième concertation entre l’administration et les acteurs de la filière sucre, l’examen des perspectives du marché à court et moyen termes. Clairement, il s’agira de voir si le marché du sucre est suffisamment approvisionné et dans le cas contraire, de comprendre ce qui se passe.

Le Messager a pu apprendre, de source autorisée, que cette réunion fait suite à une certaine « grogne » des opérateurs de la filière après la décision du président de la République de suspendre les importations de sucre au Cameroun. En effet, Paul Biya a récemment instruit la suspension de l’importation de cette denrée très consommée dans le pays. La lettre signée du secrétaire général de la présidence de la République, Ferdinand Ngoh Ngoh, demande au Premier ministre, Philémon Yang, de « bien vouloir instruire les ministres respectivement en charge des Finances et du Commerce de suspendre, jusqu’à nouvel ordre, la délivrance des autorisations d’importations de sucre raffiné ».

Combler le déficit

Une mesure qui, semble-t-il, pose le problème de la couverture du marché local faite par les importateurs de sucre et la Société sucrière du Cameroun (Sosucam). Selon un cadre du ministère du Commerce, cité parLe Quotidien de l’Economie, le Cameroun produit à travers cette entreprise 130 000 tonnes de sucre par an. Or, la demande locale est de 300 000 tonnes. Ce qui fait un gap à combler d’au moins 150 000 tonnes de sucre chaque année. « Depuis les émeutes de 2008, le ministère du Commerce avait pu trouver une solution, jusqu’ici pérenne, au problème de l’inflation des prix de cette denrée. En suspendant les importations du sucre, la question est de savoir comment on va combler ce déficit jusqu’ici couvert par l’importation », s’interroge la source citée plus haut.

L’interdiction des importations du sucre pourrait en effet laisser place à des situations comme la pénurie organisée, qui conduira immanquablement à la spéculation et à une hausse des prix de ce produit sur le marché. Dans tous les cas, on perçoit parfaitement l’inquiétude des importateurs qui font un chiffre d’affaires conséquent dans cette filière. Le gouvernement devra, pour sa part, trouver une solution afin de stabiliser les prix, mais surtout de combler le déficit en sucre au Cameroun.

Source : © Le Messager

Par Alain NOAH AWANA

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