Cameroun –  Hausse du prix de la bière : surenchère des barmen, résistance des clients – 18/02/2015

Surenchère des barmen et résistance des clients suite à la hausse du prix de la bière. | Photo d'illustration
Surenchère des barmen et résistance des clients suite à la hausse du prix de la bière. | Photo d’illustration

Les distributeurs respectent difficilement les nouveaux prix, les clients ne démordent pas.

Au snack bar dénommé Jet set au quartier Nkol-Ewoué ce soir du 15 février 2015, un groupe de jeunes hommes et femmes s’est retrouvé pour s’abreuver et danser. En ingurgitant les nombreuses bouteilles de bière qui sont servies sur leurs tables, ils fredonnent plusieurs chansons que le disc-jockey envoie, alors que, sur le grand écran du snack, des images des attaques de Boko Haram défilent. Ces images semblent avoir peu d’intérêt pour cette bande d’adolescents. Dans l’une des chansons que ces jeunes reprennent, le chanteur lance : « La bière c’est combien ici ; 700, 800 900, 1000 francs ?».

Comme pour répondre à l’acte des ministres des Finances et du Commerce qui ont arrêté que les prix des boissons devaient augmenter, les adolescents rétorquent : « Augmentez le prix, on va toujours boire ! » Cette affirmation est traduite sur les tables, qui sont pleines.

Surenchère

Et même que la modification des prix à Jet set n’a pas attendu que les ministres arrêtent l’augmentation la semaine dernière. Dès son ouverture l’année dernière, les propriétaires de la vente avaient décidé que la bière coûterait 800 FCfa. Elle est même passée de 800 FCfa à 1. 000 Fcfa, sans que les clients n’arrêtent de venir. Bien au contraire, plusieurs personnes approchées se plaisent à visiter. « Vous savez, je préfère aller boire ma bière là où elle coûte chère, parce que, lorsque je bois ici, je suis sûr que je ne vais pas me frotter à n’importe qui. Je ne veux pas avoir près de moi des gens qui sont par exemple malpropres ou mal vêtus », confie Estelle Ngambi, l’une des visiteuses habituelles du bar. Il en est ainsi dans plusieurs autres snacks à Nkol-Ewoué et ailleurs.

Partout où les propriétaires ont investi de fortes sommes pour s’installer, personne ne respecte les prix arrêtés par le ministère du Commerce et le ministère des Finances. « Vous savez, personne ne peut accepter d’importer le matériel d’Europe pour que son snack vende comme dans des bars où les gens ne prennent rien au sérieux », s’est justifiée, hier, la propriétaire du Snack bar Le Point final à Nkol-Ewoué. Apalooza est un simple bar situé au lieudit Carrefour Anguissa. Rendu à cet endroit hier, on s’est rendu compte que les prix ont été changés, dès que l’information sur les arrêtés des ministres des Finances et du Commerce a filtré. « Sans problème, nous appliquons les prix fixés par les arrêtés du ministère des Finances et du Commerce. Je dois quand même dire que les clients rouspètent de temps en temps », nous a dit, hier, « Gabonais », le gérant de ce bistrot. En effet, hier, pendant notre passage, une dispute a éclaté entre l’une des serveuses du bar et un client, qui ne comprenait pas que la bière ait changé de prix « tout d’un coup ». Comme lui, d’autres clients ont menacé de ne plus jamais venir ici, si la bière ne revenait pas aux prix habituels.

A Stade Malien bar, une gargote non loin du Stade Malien de Nkol-Ewoué, Yannick Mbida, le propriétaire n’a pas non plus attendu pour augmenter les prix. Sur place, la « 33 export », coûte 600 FCfa. Il en est de même pour la Mützig, la Booster, la Castel Beer, etc. Approché, Yannick Mbida est serein : « Nous n’allons pas chercher à nous justifier, mais, les gens doivent savoir que nous ne pouvons pas faire autrement. Nous ne sommes pas responsables de cette hausse des prix de la bière. Alors, nous ne faisons qu’appliquer ce qui nous est demandé ». On ne peut pas dire que l’homme ne profite pas de cette situation, lui qui fait de fortes recettes tous les week-ends, avec tous les sportifs qui passent par son bistrot.

Mais, l’attitude de ce barman emmène Emmanuel Mbesse, un de ses fidèles clients à faire des observations. « Il est certain que c’est le consommateur qui souffre, parce que c’est lui qui paye tous les prix. Les propriétaires de débits de boissons vont énormément en profiter, dans la mesure où ils vont fixer les prix selon leurs intérêts. Ce qui est plus grave c’est qu’aucun contrôleur ne viendra vérifier si les prix sont respectés. Et, même si des contrôleurs viennent, les propriétaires vont les corrompre », a dit l’homme. Il ne semble pas se tromper, quand il dit que tout va reposer sur le consommateur.

Source : © Le Jour

Par Ateba Biwolé