Cameroun : Guerres de mots et de positions au sein du gouvernement

Guerres de mots et de positions au sein du gouvernement | © SPM/Illustration
Guerres de mots et de positions au sein du gouvernement | © SPM/Illustration

Depuis peu, l’actualité est marquée par des désamours entre membres de l’équipe Yang II. Revue simplifiée de ces désaccords.

Partisans enthousiaste et opposants farouches de la politique de gouvernance en place au Cameroun s’affrontent à coup de sorties médiatiques.  La dissonance, la plus récente est la tribune du Dr Jean Paul Ayina, Ministre plénipotentiaire, parue dans le journal « Essingan » ce mardi 04 octobre 2016. Dans les colonnes de nos confrères, l’enseignant à l’Institut des relations extérieures (Iric) et Consultant indépendant en International business Management s’en prend au ministre de l’Economie, de la planification et de l’Aménagement du territoire, Louis Paul Motaze. La discorde provient de la tribune libre du Minepat du 16 septembre dernier publiée par Le Quotidien de l’Economie, portant sur la vision du développement à long terme pour l’émergence du pays. La première « correction » de l’enseignant et diplomate porte sur la croissance économique du pays. En effet, Jean Paul Ayina souligne que Louis Paul Motaze est très loin de la vérité en assurant que celle-ci est « pleine de vigueur ». « Il faut reconnaitre que ce taux de croissance n’est pas encore robuste bien que légèrement au-dessus du taux prévu dans le DSCE pour la période 2010-2020à à savoir (5.5%)… au regard du potentiel économique du pays) déclare-t-il.

Un autre argument en défaveur du Minepat que brandi le ministre plénipotentiaire est son inscription en porte-à-faux quant à la tentative du pays de se positionner comme un « Etat stratège ». « Le Minepat a voulu démontrer que l’Etat du Cameroun opère désormais comme un Etat stratège c’est-à-dire, entre autres, un Etat qui a une vision, des objectifs clairs à atteindre et une stratégie pour ce faire. Mais l’Etat stratège doit être sous-tendu et soutenu par la bonne gouvernance politique et économique … Et la bonne gouvernance, comme socle de la croissance économique soutenue et du développement durable est encore la grande faiblesse du Cameroun ».

Penda Ekoka et l’équipe Yang II

Cette prise de parole publique critique à l’endroit du Louis Paul Motaze vient s’inscrire dans un espace public déjà agité par plusieurs sorties médiatiques critiques à l’endroit du gouvernement. Le passage du Conseiller technique du Président de la République, Christian Penda Ekoka sur le plateau de la Grande Interview (Canal2) reste dans les mémoires. Christian Penda Ekoka s’était de fait « attaqué » à Jacques Fame Ndongo en critiquant le projet de 500.000 ordinateurs défendu bec et ongles par le Ministre de l’Enseignement supérieur (Minesup). « C’est la bonne intention avec le mauvais cadeau. La bonne intention c’est celle du président et le mauvais cadeau c’est ceux qui lui ont suggéré cette affaire… », a-t-il déclaré.

Un autre secteur qui a fait les frais de la sortie du Conseiller à la Présidence de la République se souvient-on est l’hydroélectrique. Les projets structurants y relatifs. « Les besoins en énergie du Cameroun sont importants… il y a des projets comme Hydro-Mekin que je n’approuve pas du tout parce que non seulement ils sont très petits, 15 Mégawatt qui va nous coûter plus de 40 milliards FCFA. Il n’était pas un projet absolument innovant et absolument nécessaire ». A ces points l’on peut ajouter la gestion des entreprises parapubliques et l’endettement du Cameroun. « On s’endette souvent pour n’importe quoi et à n’importe quel moment. Vous ne voyez plus les priorités d’urgence et de hiérarchie dans l’endettement. C’est surtout ça qui doit être inquiétant », avait affirmé le Conseiller de Paul Biya.

Edgard Alain Mebe Ngo’o et Mefiro Oumarou

Le ministre des Transports Edgard Alain Mebe Ngo’o et son ministre délégué également président du Conseil d’administration de la Camair-Co, Mefiro Oumarou sont également une preuve parfaite de désamour au sein du gouvernement. En août dernier, le Mintransport avait remonté les bretelles à Mefiro Oumarou pour ses sorties médiatiques à la Cameroon radio and television (Crtv) (les émissions Actualités Hebdo et Inside the Presidency). « Au cas où vous l’aurez perdu de vue, en vos qualités respectives de Ministre Délégué auprès du Ministre des Transports et de PCA de Camair-Co, vous demeurez placé sous l’autorité du Ministre, en vertu de mon double statut de chef de département des Transports et de tutelle technique de la compagnie aérienne nationale. Et à ce titre, toutes vos sorties médiatiques doivent être subordonnées à mon autorisation préalable » avait tonné l’ancien Ministre de la Défense.

Au-delà de ces prises de tête entre membres du gouvernement, l’on peut noter des différents dans les sociétés publiques et Parapubliques. Le récent clash entre le Président du conseil d’administration de la Camwater Jérôme Obi Eta et son Directeur général Alphonse Ondoa Akoa (suspendu pour le moment) est une illustration.

Source : © La Nouvelle Expression

Par Ben Christy Moudio