Cameroun : fragilisé par le choc pétrolier et le péril terroriste, le pays en quête de nouveaux investissements

S.E. Paul Biya, Président de la République du Cameroun, à l’ouverture de la Conférence économique internationale de Yaoundé | © PRC
S.E. Paul Biya, Président de la République du Cameroun, à l’ouverture de la Conférence économique internationale de Yaoundé | © PRC

Poids lourd de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC), le Cameroun a organisé mardi et mercredi à Yaoundé, sous l’instigation de son chef d’Etat, une conférence internationale dans le but d’attirer de nouveaux investissements pour rebooster son économie fragilisée par la baisse des prix du pétrole et la menace terroriste due à Boko Haram.

Sous le thème “Investir au Cameroun, terre d’attractivités”, la conférence de Yaoundé se veut un rendez-vous majeur de l’agenda des événements marquant la matérialisation de la politique dite des “grandes réalisations” du septennat en cours depuis 2011 du président Paul Biya et caractérisée par la réalisation d’une série de projets structurants visant à booster l’économie nationale.

Comme c’est la mode, la liste des invités met en exergue la participation de personnalités de renom comme l’ex-directeur général de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) Pascal Lamy, l’ex-président de la Commission européenne et ex-chef du gouvernement portugais José Manuel Barroso, ou encore l’ex-président de la Banque africaine de développement (BAD) Donald Kaberuka.

Prévues d’être ouvertes par le chef de l’Etat en personne, ces assises reçoivent aussi l’ex-Premier ministre sud-coréen Chung Un-Chan, le représentant de la compagnie chinoise Huawei pour l’Afrique de l’Ouest et centrale, Li Jiguang, le patron du groupe bancaire africain Ecobank, Ade Ayeyemi, avec ses collègues Emeke Iweriebor de UBA (Nigeria) et Mohamed El Kettani d’Attijariwafa (Maroc), révèle le programme officiel.

Avec Huawei, leader mondial des nouvelles technologies de l’information et de la communication, ces trois institutions bancaires bien connues en Afrique ont une forte présence au Cameroun où elles se positionnent comme quelques-uns des partenaires de premier rang pour le financement de l’économie.

C’est le cas du financement du Plan triennal d’accélération de la croissance, un important programme d’investissements prioritaires, d’un coût de 925 milliards de francs CFA (environ 1,850 milliard de dollars), lancé fin 2014 pour consolider l’activité et surmonter deux grands écueils liés à la baisse des prix du pétrole et l’insécurité causée par la secte islamiste nigériane Boko Haram.

Pays au sous-sol riche et première économie de la zone CEMAC (environ 40% du PIB régional), le Cameroun peine à décoller véritablement.

En 2009, le gouvernement s’est doté d’un Document de tratégie pour la croissance et l’emploi (DSCE) ayant pour principal objectif de permettre de porter la croissance économique à une moyenne annuelle de 5,5% entre 2010 et 2020.

AMBITION PRESIDENTIELLE

Pour les autorités, cette performance recherchée sert à asseoir les bases de la concrétisation de l’ambition présidentielle de transformation de ce pays en développement en une économie émergente à l’horizon 2035.

Or, frappé de plein fouet par la crise financière et économique mondiale de 2008-2009 qui avait entraîné une baisse de la demande préjudiciable aux pays pourvoyeurs de matières premières comme lui, le Cameroun a dû attendre 2013 pour franchir le cap fixé, en réalisant une croissance de 5,6%, avant d’enchaîner par un taux de 5,9% les deux années d’après, à en croire les estimations officielles.

Un des principaux producteurs de pétrole (4,9 millions de tonnes de production annuelle en 2015 et près de 40% de recettes d’exportations selon les estimations) de son espace communautaire, il a réussi grâce à sa diversification économique à subir un impact limité de la chute des prix du pétrole.

Mais pour 2016, les perspectives semblent peu favorables, au regard des projections de la Banque des Etats de l’Afrique centrale (BEAC) qui font état d’un léger repli de cette croissance à 5,2%.

D’une population estimée à 26,27 millions d’habitants, le pays d’Afrique centrale peut cependant se prévaloir d’une augmentation croissante de son PIB, chiffré à 17.844,9 milliards de francs CFA (environ 35,689 milliards de dollars) en 2016, contre 16.804,7 milliards (33,609 milliards de dollars) en 2015 et 15.846,5 milliards (31,693 milliards de dollars) en 2014.

Dans le cadre de la politique présidentielle des “grandes réalisations”, un certain nombre de projets d’infrastructures voient le jour, à l’instar du port en eau profonde de Kribi, construit avec l’aide de la Chine, devenue premier partenaire commercial du pays avec un volume des échanges estimé en ce moment à 2,6 milliards de dollars.

Confronté à un énorme déficit énergétique, le gouvernement s’est engagé à accroître l’offre pour satisfaire autant les besoins des ménages que ceux des industries, en lançant la construction de lusieurs ouvrages de production dont le moindre n’est pas le barrage hydroélectrique de Memve’ele (211 mégawatts), lui aussi financé avec l’appui de la coopération chinoise.

Très importante pour l’exécution de ces chantiers, l’offre du ciment s’est à son tour accrue suite à l’installation à Douala, la métropole économique camerounaise, de trois nouvelles usines, dont une à capitaux nigérians (Dangote Cement), une autre à capitaux marocains Ciments d’Afrique) et la dernière favorisée par un investissement turc.

Ces projets, qui ne sont pas les seuls, car une deuxième cimenterie de Dangote et un investissement coréen sont aussi en cours d’exécution à Yaoundé, la capitale, et Limbe (Sud-ouest), ont sonné la fin du monopole détenu depuis l’indépendance par les Cimenteries du Cameroun (CIMENCAM), filiale locale du groupe français Lafarge.

Après sa réélection pour un cinquième mandat consécutif dont deux septennats en octobre 2011, le président Paul Biya, au pouvoir depuis 1982, avait promis que son pays serait un “immense chantier” dès l’année d’après.

L’Agence de promotion des investissements (API) créée en 2005 et opérationnel depuis seulement 2010 annonce avoir permis la signature de 66 conventions pour un montant d’investissements total de près 900 milliards de francs CFA (environ 1,8 milliard de dollars).

Pour défendre ces résultats, l’organisme à capitaux publics met en avant la mise en œuvre par les pouvoirs publics d’une Charte des investissements votée par l’Assemblée nationale en 2004 pour faciliter l’investissement privé.

INERTIE

Mais ce que les dirigeants de l’API ne disent pas est que l’environnement des affaires est miné au Cameroun par la corruption et des lourdeurs administratives, de sorte que pointé au 172e rang sur 186 économies évaluées dans le monde au récent classement Doeing Business publié par la Banque mondiale, il fait piètre figure pour l’attractivité économique en Afrique.

Maintes fois, le chef de l’Etat a lui-même fustigé l'”inertie” qui paralyse l’appareil administratif et empêche de réaliser des progrès plus significatifs pour faire avancer le pays.

Après l’adoption d’un Code minier en 2003, les autorités ont délivré pour la première fois à la compagnie américaine Geovic un permis minier pour la valorisation d’un gisement de cobalt-nickel-manganèse à l’Est, suite d’un autre dix ans plus tard pour l’exploitation d’un minerai de fer, dans la même région, au profit de l’australien Sundance…

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