Cameroun: Fotokol traumatisée par Boko Haram – 11/02/2015

Le village de Fotokol a été attaqué la semaine dernière par Boko Haram. | © RFI/OR
Le village de Fotokol a été attaqué la semaine dernière par Boko Haram. | © RFI/OR

Il y a une semaine jour pour jour, Boko Haram lançait une attaque répressive sur la ville de Fotokol dans l’extrême nord du Cameroun. Cette attaque faisait suite à une offensive camerouno-tchadienne contre Boko Haram. Les assaillants sont venus de nuit à 5 heures du matin et ont tué 81 civils, dont 30 à la mosquée avant d’être repoussés par l’armée. Une semaine après les habitants restent sous le choc.

Un vent brûlant balaie les rues poussiéreuses de Fotokol, bourgade de 3 000 habitants, écrasée par la chaleur et le destin. Il y a une semaine, mercredi dernier à 5 heures du matin, les hommes de Boko Haram ont semé le chaos, tuant 81 civils avant d’être repoussés. L’attaque s’est produite alors que l’armée tchadienne avait quitté les positions qu’elle occupait de l’autre côté de la frontière, au Nigeria dans la ville de Gambaru.

Un manque de coordination plaide le chef de bataillon de l’armée camerounaise Beltus Kouéné. « Ce que je peux vous dire par rapport à l’attaque du 4, c’est que l’ennemi a certainement profité de la période de rodage qu’il faut lorsque deux forces s’installent en un même point pour assurer leur coordination, explique-t-il. Donc l’ennemi en a profité pour s’infiltrer entre les deux lignes et effectuer cette attaque. »

Les risques de la saison sèche

Depuis, Camerounais et Tchadiens travaillent de chaque côté du pont qui enjambe le fleuve El Beid et relie le Cameroun et le Nigeria. Mais les hommes de Boko Haram ne sont pas loin et si le fleuve limite les incursions, le capitaine Paul redoute le jour ou la chaleur aura eu raison de ses eaux. « Quand la saison sèche battra son plein, nous aurons beaucoup à faire ici, parce que le fleuve El Beid sera complètement desséché. D’ici maximum un mois, il y aura des points de passage, détaille-t-il. Donc on pourra subir des incursions tous azimuts des éléments de la secte islamiste Boko Haram. »

Dans le village, la mosquée de Fotokol porte encore les stigmates de l’attaque de mercredi dernier. Des impacts de balles ont laissé des trous par où passe une lumière qui n’a rien de divine. 30 hommes, venus prier, ont été massacrés à l’arme automatique. L’imam n’a pas été épargné.

Dans la mosquée en deuil, son adjoint souffre encore à l’évocation de ce souvenir. Il n’était pas présent au moment du drame. « Je me suis enfermé dans la chambre avec ma famille », explique-t-il. Quand l’attaque a été terminée, ils se sont rendus à la mosquée et ont trouvé les corps.

Infiltration de Boko Haram

L’adjoint au maire de Fotokol, lui non plus, ne s’est pas remis de cette attaque. Boko Haram harcelait la ville depuis des mois mais n’avait jamais lancé de véritable offensive. Aujourd’hui, le maire n’exclut pas que des sympathisants de la secte se soient mêlés aux 3 000 habitants de la localité. « Avec ce qui s’est passé, ça ne peut pas manquer. Parce que dès qu’ils ont su que la ville d’en face est libérée ils ont attaqué », commente-t-il.

Pour éviter les infiltrations, le préfet a mis sur pied des brigades de vigilance. Ce jeune homme en fait partie : « On n’est pas sûr que Boko Haram soit infiltré mais jusqu’à présent on est en train de se battre pour chercher les Boko Haram. »

Mais le meilleur rempart reste encore la présence du Bir – le bataillon d’action rapide – l’unité d’élite de l’armée camerounaise qui quadrille chaque secteur de la ville et ses environs. Des hommes aguerris qui savent qu’ils s’installent dans la région pour longtemps. Le combat contre Boko Haram est loin d’être terminé même si depuis l’attaque de mercredi plus aucun incident n’a été signalé.

Source : © RFI

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